Luttes sociales

« Mêmes études, mêmes droits ! »

L’UNEF Réunion appelle à l’abrogation de la circulaire Guéant

Témoignages.re / 7 février 2012

L’UNEF-Réunion appelle au retrait de la circulaire Guéant et du décret imposant à un étudiant proche de chez nous d’être obligé de justifier d’avoir 7.680 euros sur son compte pour venir étudier à l’Université de La Réunion. L’UNEF-Réunion alerte également sur le quotidien difficile des étudiants des pays voisins, cibles de nombreuses discriminations.

Lors d’une conférence de presse vendredi, l’UNEF Réunion a appelé au retrait de la circulaire Guéant et à l’application du principe d’égalité : mêmes études, mêmes droits.
En France, l’UNEF, les présidents d’université et les chefs d’entreprise sont montés au créneau pour dénoncer cette circulaire Guéant. Suite de ces réactions, une complémentaire à la circulaire Guéant est entrée en vigueur. Pour l’UNEF-Réunion présidée par Stéphane Maillot, ce complément ne change pas le fond : « nous estimons que le renforcement des critères parus dans la circulaire et les consignes transmises aux préfectures ont rendu l’accès au statut de salarié impossible pour les étudiants étrangers ».
À La Réunion, l’effet de cette circulaire a lieu dans un contexte particulier, car les étudiants venant des pays les plus proches culturellement et géographiquement sont considérés comme des "étrangers" par la loi qui s’applique ici.
L’UNEF-Réunion réaffirme que « la circulaire du 31 mai est dangereuse, car elle associe le problème de chômage et la question de l’immigration ». « Cette idée tend à valider les théories dangereuses de l’extrême droite », déplore l’UNEF.
Les étudiants des îles voisines passent les mêmes examens, « nous sommes Égaux dans les amphis, mais inégaux face à la loi ». « Mêmes études, mêmes droits ! », telle est la revendication de l’UNEF-Réunion.

Action à la fin du mois

En parallèle aux nombreuses démarches administratives et à l’absence d’aides sociales, les étudiants étrangers qui ont témoigné ont fait part de la stigmatisation qu’ils subissent au quotidien : pas d’accompagnement à la Fac pour accueillir et suivre ces étudiants dans leur cursus, stigmatisation lorsqu’ils postulent pour un emploi. D’autres ont évoqué le quotidien difficile à assumer : difficultés à s’équiper pour travailler correctement, difficultés pour payer le loyer, et même pour manger.
« Nous devons rétablir l’égalité pour tous, sans critère de nationalité, et faire prendre conscience à chacun de la stigmatisation quotidienne dont sont victimes ces étudiants », ajoute l’UNEF, pour qui le maintien de cette circulaire, injuste et dangereuse, n’est pas acceptable.
« Nous tiendrons une conférence-débat fin février au sujet de la circulaire et sur les conditions d’entrée, d’accueil et de suivi des étudiants étrangers à l’Université de La Réunion », conclut le syndicat étudiant.
« Cette situation n’a que trop duré. Il est insupportable de voir vanter les mérites du rayonnement international de notre système d’enseignement supérieur lorsqu’il envoie un tel message de défiance aux étudiants du monde entier ».


Une pression constante

Cette circulaire ajoute un obstacle supplémentaire au parcours difficile qu’un étudiant d’un pays voisin doit accomplir pour pouvoir étudier dans notre île. « Après avoir payé les 140 euros nécessaires au CEF (Centre pour les études en France), passage obligé pour l’obtention d’un visa, il doit attendre l’avis du consulat », explique l’UNEF. Et même si l’étudiant est admis à l’Université de La Réunion, un consulat peut refuser le visa de manière « arbitraire ».
Tous les ans, l’étudiant doit renouveler son visa, « bulletins de note à l’appui, et multiplier les aller-retour à la préfecture pour espérer décrocher le sésame qui autorise de passer un an de plus dans une université ».
« À ces obstacles s’ajoute le non-droit à l’erreur », précise l’UNEF, « un redoublement, une absence, une réorientation ou un manque soudain de ressources pourraient être jugés par le préfet comme un critère réel et sérieux d’un refus de renouvellement ».
Signe de la pression subie par les étudiants venus des pays voisins, aucun n’est venu témoigner vendredi à visage découvert de ses difficultés. L’UNEF a mené une enquête, et les résultats sont très inquiétants : « 80% des étudiants n’ont pas accès aux aides sociales et pourtant il faut mettre la main à la poche pour avoir le droit aux études. Depuis le 6 septembre dernier, ce n’est pas moins de 7.680 euros qu’il faut récolter et justifier sur son compte en banque pour être éligible à un titre de séjour... d’un an. Même si l’étudiant remplit les critères déjà très restrictifs d’autorisation d’entrée sur le territoire, ce n’est pas suffisant pour avoir le droit de suivre un cursus universitaire jusqu’au bout ».
« Bien que la loi prévoit une délivrance d’un titre de séjour permettant de couvrir l’ensemble de la période de formation (3 ans pour un étudiant de Licence, 2 ans pour un étudiant de Master, 4 ans pour un doctorant), les titres délivrés ne sont valables que pour une année »,
précise l’UNEF Réunion.


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