Luttes sociales

Mobilisation massive contre une réforme injuste

Au cœur de la manifestation à Saint-Denis

Céline Tabou / 29 octobre 2010

En dépit du vote de la réforme des retraites par le Parlement, la mobilisation était représentative des différentes couches sociales et intergénérationnelles de la société réunionnaise. Parmi les nombreux manifestants, des élus de l’Alliance et du Parti communiste réunionnais, des militants associatifs, syndicaux ou politiques. Tous ont salué la présence de la jeunesse. Voici quelques réactions.

• Paul Vergès : « La lutte va continuer »
La démonstration d’aujourd’hui, à La Réunion et en France, après le vote montre que la bataille n’est pas terminée. A La Réunion, c’est le rôle de la jeunesse, surtout leur nombre et leur enthousiasme qui indiquent que l’avenir du pays est entre leur main. « Les jeunes ont choisi de se battre, et cela ne fait que commencer ».

• Brigitte Malet : « Les gens sont déterminés à faire plier le gouvernement »
La membre de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté a affirmé que la mobilisation pouvait prendre de l’ampleur dans les jours à venir, si le gouvernement n’entend pas la rue. « Je sens que les gens sont déterminés à faire plier le gouvernement. Nicolas Sarkozy doit discuter et négocier avec les syndicats ».

• Yolande Pausé : « C’est par la lutte qu’on sauvegardera le droit et la cohésion sociale »
La maire de Sainte-Suzanne a clairement indiqué qu’une loi se faisait, mais pouvait également se défaire. « Il y a beaucoup de jeunes, nous espérons que les prochains jours seront aussi combattifs qu’aujourd’hui. C’est par la lutte qu’on sauvegardera le droit et la cohésion sociale ».

• Béatrice Leperlier : « Si le gouvernement n’écoute pas le peuple, il se rebellera »
L’élue de l’Alliance a expliqué que le CPE avait été voté, mais face à la pression de la rue, la loi avait été abrogée. « Aujourd’hui, il est important de se mobiliser. On a répété durant des semaines que les jeunes ne se sentaient pas concernés par cette réforme, pourtant aujourd’hui, la mobilisation est en marche contre la réforme de la retraite, mais aussi contre l’ambiance qui règne dans le pays, et contre un gouvernement qui méprise les jeunes, et n’écoute pas le peuple. Si le gouvernement n’écoute pas le peuple, il se rebellera ».

• Marie-Patricia Coutandy : « La résistance finit toujours par l’emporter sur la durée »
La militante PCR indique que la mobilisation de la jeunesse est extraordinaire. Ils sont entrés dans le combat auprès des salariés et des retraités, la solidarité intergénérationnelle entre donc dans la lutte, parce que la réforme est injuste. « Devant toute forme de dictature, il y a toujours de l’espoir, la résistance finit toujours par l’emporter sur la durée ».

• Raymond Mollard : « Le Parlement a peut-être voté la réforme, mais Sarkozy peut ne pas la promulguer »
L’ancien élu à la Région a appelé Nicolas Sarkozy à ne pas promulguer la loi. « La démarche d’aujourd’hui est de dire à Nicolas Sarkozy de nous écouter, auquel cas il devra en prendre l’entière responsabilité, que ce soit maintenant ou demain, lors des prochaines élections cantonales, puis présidentielles ».

• Sylvie Mouniata : « La Réunion doit rester unie parce que ce problème de retraite nous concerne tous »
La militante et membre du PCR explique qu’« aujourd’hui, une fois de plus, la population est dans la rue. Je constate que les jeunes ont répondu présents, mais je suis très inquiète pour les générations futures, parce que la société va continuer à être scindée au détriment de notre jeunesse, et tout cela au profit de certains privilégiés de la société.
La Réunion aura beaucoup de soucis, de contraintes à se faire entendre, puisque, là aussi, malheureusement, il y a des responsables politiques qui méprissent ce second monde, c’est-à-dire les plus faibles, les plus démunis, et ceux qui n’arrivent pas à s’exprimer.
Moi, militante de terrain, je vois ça tous les jours, et quel que soit le gouvernement qui sera en place à Paris, tant que nous ici, nos élus ne mesurent pas l’ampleur de la gravité de la situation sociale de nombreuses familles réunionnaises, l’histoire en tirera les conséquences et ce sera eux qui mettront à mal la démocratie à La Réunion. Car je constate une volonté de certains de nier les problèmes de ces personnes, quoiqu’il arrive, La Réunion doit rester unie parce que ce problème de retraite nous concerne tous ».

• Rahiba Dubois : « Il faut une réforme juste, et adaptée à La Réunion »
L’élue d’Europe Écologie a expliqué que le gouvernement ne pouvait pas revenir sur les acquis sociaux combattus. Elle propose un cadre légal adapté à chaque situation, pour l’égalité et la solidarité envers les travailleurs.

• Pierre Vergès : « Le peuple peut donner une leçon à l’UMP qui cherche à dompter la Marianne de la République »
Le militant du PCR a indiqué que, malgré le vote du Parlement, il y a toujours un espoir. « Ce qui ne peut être fait au nom du respect républicain, car le gouvernement a décidé de passer en force, pourra être envisagé par une sanction attendue en 2012, mais aussi en 2011 ». « Le peuple peut donner une leçon à l’UMP qui cherche à dompter la Marianne de la République. Les jeunes ne sont pas entrés dans la grève de suite : peut-être parce qu’ils étaient préoccupés par leur avenir scolaire, mais à un moment donné, ils ont pris conscience et sont entrés dans la danse ».

• Éric Parlier : « Les retraités d’aujourd’hui sont sous le minimum vieillesse, qu’en sera-t-il des futurs retraités ? »
Le membre de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté a expliqué que la réforme concerne tous ces jeunes qui sont aujourd’hui dans la rue, et toute la population au niveau départemental, et national. Tout en sachant qu’on a un gouvernement sourd aux appels du peuple. « La réforme à La Réunion possède plus de répercutions, car on a plus de personnes au chômage que d’actifs, on se rend compte de l’impact de la réforme sur la population réunionnaise ».

• Maurice Gironcel : « L’avenir appartient à ceux qui luttent et aux jeunes aujourd’hui présents »
« Malgré le vote de la loi, les gens se sont mobilisés, beaucoup de jeunes, salariés, retraités, le problème des retraites concerne tout le monde. Ce n’est pas parce que la loi a été votée que l’on ne peut pas les pousser à la défaire. La population gardera en mémoire les élus qui ont trahi les Réunionnais, et qui paieront aux prochaines élections leur vote contre La Réunion. L’avenir appartient à ceux qui luttent et aux jeunes aujourd’hui présents ».

• Marie-Rose Gras : « La lutte reste la seule solution »
L’élue de la Mairie de Saint-Paul a appelé le gouvernement à ne pas promulguer la loi, comme ce fut le cas avec le CPE. « La mobilisation peut continuer. Il faut que la démocratie s’exprime, une réforme est nécessaire, mais la manière dont le gouvernement fait passer ses réformes est injuste et injustifiable ».

• Aline Murin-Hoarau : « Les Réunionnais sont dans la rue, ce sont eux qui commandent »
L’élue de l’Alliance au Conseil régional constate que les jeunes ont pris conscience de l’ampleur de la réforme, c’est pour cela qu’ils cantonnent : « Sarko, t’es foutu. Les jeunes sont dans la rue ». « C’est une belle manifestation qui aura des lendemains combattifs et qui montre que les réformes et la politique du gouvernement UMP sont sévèrement contestées. Hier on a profité du travail et des acquis de nos anciens, demain nous devons également donner des moyens dignes et responsables à des jeunes qui veulent concevoir un avenir serein ».

• Ary Yee Tchong Chi Kan : « La population a l’expérience de la lutte, on va faire reculer le gouvernement »
Le membre du secrétariat du PCR a expliqué que l’UMP et ses amis de la Droite qui ont voté cette loi sont des têtus. « Nous avons beaucoup d’exemples dans l’Histoire où les parlementaires ont été désavoués par la mobilisation du peuple ».
L’égalité sociale pour les Réunionnais du 19 mars 1946 a été refusée à ces derniers, parce que d’un coût financier trop élevé pour le gouvernement de droite. Il aura fallu 50 ans pour que la loi soit appliquée à La Réunion.
Plus récemment, le vote du CPE, là encore, un gouvernement réactionnaire vis-à-vis des jeunes avait voté la loi, comme aujourd’hui avec la majorité. « La Droite a imposé sa loi, mais c’est grâce à la lutte des jeunes et de leurs parents, soutenus par les partis politiques et syndicats, que le CPE a été retiré ».
En ce qui concerne la loi sur la suppression de la retraite à 60 ans, et l’allongement des cotisations, « son sort sera le même que pour les autres lois contre lesquelles nous nous sommes battus ». Si le gouvernement ne retire pas maintenant sa loi, la pression populaire de 2011 et 2012 remettra en cause le gouvernement. « Aujourd’hui, la population a l’expérience de la lutte, on va faire reculer le gouvernement ».

• Julie Pontalba : « Il s’agit de l’avenir de milliers de jeunes »
La militante du PCR a déclaré que la loi votée par le Parlement pouvait être changée, comme le CPE. « Même si les choses n’évoluent pas de suite, il y a encore les élections à venir, notamment les Cantonales et la Présidentielle. Le gouvernement est en train de plomber l’avenir de milliers de jeunes, qui sont les premiers concernés. Ils sont abandonnés par les adultes, donc ils se battent et entrent dans le mouvement afin de se faire entendre par les responsables politiques. Il est aujourd’hui nécessaire de les soutenir et de rester à côté d’eux, car ils vont travailler pour payer nos retraites.
Il existe des inégalités intergénérationnelles, les jeunes d’aujourd’hui entrent tardivement sur le marché du travail, et vont cotiser plus longtemps pour l’ancienne génération, c’est injuste et une réelle inégalité
 ».


Camille Maillot, présidente de l’UNEF-Réunion

« La mobilisation persistera jusqu’au retrait de la réforme »

« Nous resterons mobilisés jusqu’à ce que le gouvernement retire cette loi. Les campagnes d’information et de mobilisation vont continuer, le CPE a été retiré, cette réforme injuste des retraites peut être supprimée. Les jeunes ont pris conscience de l’impact de la réforme sur la jeunesse ».


Gilles Leperlier, président de l’AJFER

« Que la voix de la jeunesse soit écoutée par des politiques »

Gilles Leperlier a expliqué qu’il fallait se battre à court, moyen et long terme « pour que la voix de la jeunesse soit écoutée par des politiques qui ne prennent plus en compte les difficultés que les jeunes rencontrent ». Le président de l’AJFER a également appelé à la suppression de la réforme, et au retour des négociations avec les syndicats, comme cela aurait dû être le cas.


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