Luttes sociales

Mutation des enseignants : la mobilisation s’organise

Réunion d’information vendredi 15 mai à Saint-Gilles

Témoignages.re / 18 mai 2015

Chaque année, des dizaines de postes d’enseignant échappent aux candidats Réunionnais qui sont mutés dans des Académies de France. L’association Nou lé Kapab et les enseignants pointent du doigt un système opaque et injuste. Le vendredi 15 mai dernier, une réunion publique d’informations a permis de définir une plate-forme de revendications et les actions à venir.

« Après plusieurs réunions de travail, l’association Nou Lé Kapab et les enseignants mobilisés ont organisé une réunion publique d’informations ce vendredi 15 mai. Objectif : se faire entendre et définir un plan d’action collectif. Une centaine de personnes ont répondu à l’invitation. Tous les parlementaires réunionnais ont été conviés. Seul le sénateur Paul Vergès a répondu présent. Ericka Bareigts et Jean-Claude Fruteau se sont excusés. Silence radio chez les autres.

L’association Nou lé kapab et les enseignants dénoncent aujourd’hui un système qui pénalise les réunionnais et fonctionne sur des règles opaques et injustes. Chaque année, des dizaines de lauréats au concours quittent leur île pour une académie de métropole alors que des postes restent vacants à La Réunion. 12 % des postes seraient disponibles dans les lycées professionnels selon nos informations.

Derrière les chiffres, c’est la situation sociale des personnes qui est occultée. « Les Réunionnais lauréats du concours mutés dans l’hexagone le sont obligatoirement dans les académies d’extension soit Paris, Créteil ou Versailles, là où personne ne veut aller », déplore Windy Lebon, porte parole des enseignants. Et d’ajouter : « Pour subvenir à leurs besoins (logement, transports), ils sont obligés d’effectuer des heures supplémentaires, qui sont autant d’emplois non occupés par d’autres fonctionnaires potentiels ». Windy Lebon a aussi dénoncé l’absence d’aides, de règles claires, le manque de transparence sur les postes disponibles et la non prise en compte des situations familiales.

Parmi les enseignants et CPE présents, des parents et amis de professeurs mutés ont tenu a exprimé leur désarroi face à la situation. La pression générée par le service public est telle que, trop souvent, des enseignants ont peur de témoigner, dénoncer et se mobiliser contre ce système. Les lauréats sont alors tentés de jouer au cas par cas, de mendier avec un politique ou un syndicaliste pour rester dans leur île. « Ce jeu pervers n’a fait qu’entretenir le système et continue à pénaliser le plus grand nombre. On manipule les enseignants et les jeunes mais on n’oublie qu’ils ne sont ni des chiffres, ni des matricules, qu’il y a un enjeu humain », regrette Gilles Leperlier, Président de l’association Nou lé kapab.

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Prenant la parole à la tribune, Gilles Leperlier, président de Nou Lé Kapab - AJFER.

500 jours après le rendu du rapport Lebreton sur la régionalisation de l’emploi et 9 mois après la venue du Président de la République dans notre île, aucune mesure concrète n’a été prise. En attendant les décisions du gouvernement, ce sont les Réunionnais qui subissent les dérives de ce système occulte.

Les revendications de Nou lé Kapab et des enseignants sont claires :

  • la transparence sur les chiffres et les procédures de révision
  • l’accompagnent des personnes mutées
  • la mise en place de CIMM mutation DOM

« Même si les 1000 points sont une bonne chose (1000 points sont attribués directement aux lauréats de La Réunion après examen de leur situation). Il existe aujourd’hui trop de dérives (faux PACS, fausse boite aux lettres, fausse entreprise) qui biaisent les procédures d’affectation. L’association propose de définir des CIMM avec des critères clairs et bonifiés qui ne pénalisent pas les Réunionnais et qui ne ferment pas la porte aux personnes de l’extérieur souhaitant s’investir à La Réunion », indique Gilles Leperlier.

Nou lé kapab et les enseignants sont au front. L’association et les enseignants seront reçus par le rectorat dans les jours à venir, demanderont une audience avec M. Lebreton, mobiliseront les élus en leur demandant de s’engager à leurs côtés, lanceront une pétition et entendent bien rencontrer le premier ministre et les ministres qui l’accompagneront lors de sa visite à La Réunion en juin prochain. L’injustice n’a que trop duré. « Il y a des besoins ? Nous restons ! Nou lé kapab d’enseigner à La Réunion ». »


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