Luttes sociales

Ne tombez plus malade

Arrêts maladie : un jour de carence ajouté

Témoignages.re / 17 novembre 2011

Le gouvernement français se lance dans la chasse aux arrêts maladie dits « abusifs ». Pour cela, l’instauration d’un quatrième jour de carence pour les salariés du privé a été annoncée ce mardi 15 novembre 2011 par le président de la République Nicolas Sarkozy et votée dans la nuit par la majorité UMP à l’Assemblée nationale. Un jour de carence sera également créé pour les fonctionnaires.

Force est de constater que suite au déremboursement de certains médicaments et à la hausse des complémentaires santé, le domaine de la santé est une nouvelle fois mis à mal par cette nouvelle mesure. Ce qui, notent les syndicats, conforte l’idée que la population n’a plus vraiment le droit de tomber malade, sous peine de devoir payer.

La mesure du gouvernement pour modifier le mode de calcul des indemnités en cas d’arrêt maladie suscite la colère chez les syndicats. À compter du 1er janvier 2012, les salariés du privé se verront imposer un quatrième jour de carence en cas d’arrêt maladie, contre trois actuellement. En clair, sans accord d’entreprise spécifique, un salarié qui tombe malade dans le privé perdra quatre jours de salaire, ce qui équivaut à 15% de son revenu mensuel. Dans le même temps, un jour de carence sera également créé pour les salariés du secteur public. (…)
« … on ne peut plus tomber malade »

Jean-Pierre Rivière, secrétaire général de l’UIR-CFDT (Union interprofessionnelle de La Réunion, affiliée à la Confédération française démocratique du travail), surenchérit : « On remet en cause la compétence des médecins. Sous prétexte de mener une chasse à la fraude, le gouvernement veut en réalité faire des économies sur la santé des salariés, et continuer à casser la fonction publique. C’est inadmissible, on ne peut pas accepter ça ».

Pour sa part, le docteur Ivan Tcheng, médecin généraliste et président de l’Ordre départemental des médecins, insiste sur le fait que « lorsque les arrêts sont prescrits, c’est qu’ils sont justifiés ». « On nous accuse de complaisance. Cependant, quand un patient vient solliciter un arrêt, notre rôle est d’évaluer son dossier. Si la situation ne nécessite pas un arrêt, nous n’allons pas le fournir », affirme-t-il.

Christian Picard soutient par ailleurs que « dans l’enseignement, des contrôles réguliers sont effectués concernant les arrêts maladie, et dans 99,9% des cas, le diagnostic est confirmé ». « Aujourd’hui, on a presque le sentiment qu’on ne peut plus tomber malade », regrette le secrétaire départemental de la FSU. « Actuellement, je suis persuadé que beaucoup de salariés se refusent à prendre leurs jours d’arrêt maladie alors qu’ils y ont droit. On les culpabilise tellement qu’ils attendent d’être dans la pire des situations pour prendre quelques jours de congé maladie », assure-t-il.

Pour Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR (Confédération générale des travailleurs de La Réunion), « cette mesure, c’est une attaque de plus envers la population pauvre ». « Elle s’inscrit dans un vaste programme de rigueur qui vise un peu plus à culpabiliser les classes sociales les plus démunies. On parle d’arrêts de complaisance. (…). Je pense au contraire que les Français ont tendance à se soigner de moins en moins et que certains ne prennent même pas leurs congés maladie parce qu’ils ne peuvent pas compenser », ajoute Ivan Hoareau.
« Nous devons dire stop au gouvernement actuel »

« C’est une politique de lâche qui est menée en ce moment, avec des attaques multiples contre la société », lance le secrétaire général de la CGTR, pour qui « 2012 représentera un enjeu important ». Toutefois, il reste réaliste : « Je ne pense pas que les choses vont soudainement changer, mais nous devons dire stop au gouvernement actuel, car il est plus dévastateur que jamais ». La CGTR n’attendra pas l’année prochaine pour se battre et invite les salariés à se mobiliser. Pour rappel, une manifestation est prévue le mardi 29 novembre. (…)

Que ce soit dans le public ou le privé, avec les mesures annoncées, la santé semble devenir l’apanage des plus riches. « La fraude existe peut-être bien, mais je ne crois pas qu’en ajoutant des jours de carence, on réussira à la faire cesser. Ce n’est qu’un moyen de faire des économies sur le dos des salariés, de casser la fonction publique, et, au final, on a l’impression que l’on est puni parce qu’on tombe malade », conclut Jean-Pierre Rivière.

Samia Omarjee pour www.ipreunion.com


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