Luttes sociales

Négociations sur la baisse des prix : pourquoi avoir exclu l’ARCP ?

L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté écrit au préfet

Témoignages.re / 6 mars 2012

Dans une lettre adressée samedi au représentant de l’État, l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté demande à ce dernier de rendre publics les critères qui déterminent la représentativité d’une organisation. En effet, l’ARCP n’a pas été conviée aux discussions qui ont abouti à la sélection de 60 produits concernés par une baisse de prix. Voici le contenu de cette lettre au préfet.

« Monsieur le Préfet,
La Réunion traverse une crise sociale extrêmement grave ; sa population souffre énormément et le manque de pouvoir d’achat est une des causes principales de cette situation.
Les dernières manifestations nous ont montré combien il est primordial et urgent d’amplifier le dialogue social par la consultation des forces vives du pays.
Les récents événements découlent d’un protocole d’accord signé entre l’intersyndicale des transporteurs et nous ARCP, et, par la suite, avec la FNTR. Très rapidement, la population s’est emparée du contexte pour exprimer son ras-le-bol de la vie chère dans sa globalité, d’où les différents rassemblements pacifiques devant les mairies de l’île.
Nous souhaitons tout de même attirer votre attention sur certains dysfonctionnements en matière de dialogue social qui, à notre sens, doit être privilégié dans de telles situations.
Nous étayons nos dires en relatant les faits et en vous rappelant que, dès la première réunion, la Préfecture avait refusé de mettre à l’ordre du jour la fixation de la bouteille de gaz à 15 euros pour toute la population. Pourtant, Monsieur le Préfet, vous étiez au courant que ceci faisait partie de nos revendications. Face à cela et devant l’absence des représentants des deux grandes collectivités, après concertation, l’IPR et l’ARCP quittent la table des négociations.
Devant cela, une autre réunion est programmée dans l’après-midi même et nous assistons à un coup de théâtre : l’annonce faite de la validation de notre revendication sur la bonbonne de gaz.
Une seconde réunion est programmée pour le mardi suivant, 14 février, et là, un des deux membres de la délégation de l’ARCP est interdit d’entrer en salle de réunion. Le Président de l’ARCP se retrouve donc seul. Tout au long des discussions qui vont suivre, vous semblez ignorer délibérément ses prises de parole, au point qu’il quitte, pour un moment, la table des négociations suite à un dérapage d’un des membres de l’intersyndicale.

Au retour de notre représentant, le constat est cinglant, il n’y aura pas de baisse à la pompe pour tous les automobilistes, revendication portée par l’ARCP.
Lors de la brève rencontre du jeudi 16 février 2012 en Préfecture, vous déclarez en présence de plusieurs personnes à notre Président qu’il n’a pas le monopole de la population (ce qui est sûr), et montrant du doigt un élu de la Région, vous dites que ce dernier représente la population, ce qui est aussi vrai, en partie.
Le lundi 20 février, suite aux blocages de la SRPP et face à une expression populaire très forte, vous décidez de venir rencontrer les représentants de la FNTR, et là, vous programmez une réunion et vous exigez que les membres de l’ARCP n’y participent pas ; réunion qui a lieu « en misouk » quelque part dans la ville du Port, en présence des maires du Port et de Saint-Leu.
Dans la confusion, la FNTR accepte. Ce qui est pire, un protocole d’accord de suspension de la grève est signé, sans aucune avancée, et en dehors de la présence de l’alliée ARCP. De plus, un point très important figure sur le document stipulant que le problème de la vie chère sera abordé ultérieurement, notamment après une énième réunion proposée pour le vendredi 24 février 2012.
Devant ce constat, notre organisation décide de mener campagne dans l’opinion publique. Et ainsi, le responsable du SGAR nous reçoit le jeudi 23 février, la veille de la réunion de négociation, et nous indique clairement que la rencontre du vendredi 24 février 2012 portera sur l’unique question des carburants. Nous persistons sur la nécessité de traiter le problème de la vie chère, car c’est une demande de la population, et devant le refus de votre représentant, nous quittons la salle de réunion avec la ferme intention de faire entendre notre voix, car nous avons le net sentiment que l’objectif de la Préfecture est de nous éjecter des débats et qu’aucune de nos propositions, ni celles de la population sur la vie chère n’est prise en compte.
De rencontre en rencontre sur le terrain avec la FNTR, celle-ci comprend l’enjeu et annonce qu’elle ne participera pas à la prochaine réunion si, une fois de plus, l’ARCP n’est pas conviée. Le jour J, vendredi 24 février donc, à 15h00, face à la volonté populaire et au positionnement des professionnels de la route, vous acceptez de recevoir notre Président uniquement et non une délégation.
De plus, dans la précipitation, à la fin de la séance de travail, une annonce est faite pour une baisse des prix sur 40 produits, à partir du 1er mars 2012. Monsieur Ratenon Jean-Hugues, notre représentant, exprime aussitôt un désaccord et il demande à ce que les discussions continuent, car celles-ci ne correspondent pas à l’attente de la population. Vous persistez tout en garantissant que le débat n’est pas fermé et que dès le lendemain, des discussions vont se poursuivre. Vous disiez alors que l’ARCP serait conviée et que, par la même occasion, vous alliez dans vos déclarations de fin de réunion avec la presse aborder le problème de la prime de vie chère.

Premier constat, votre parole n’a pas été tenue concernant notre demande de prime de vie chère, est-ce un oubli ou une volonté d’écarter nos propositions des débats ?

Deuxième constat, vous n’avez pas convié notre organisation, comme cela avait été convenu, aux discussions sur le choix et l’orientation des baisses de prix. Ce qui conforte notre sentiment d’être « persona non grata », indésirables par le pouvoir représenté par vous.
Vos déclarations à ce sujet sont lourdes de sens. En effet, vous prétendez avoir consulté des organisations dites « REPRESENTATIVES » de la population.
Qu’entendez-vous par représentatif Monsieur le Préfet et comment pouvez-vous juger l’ARCP non représentative d’une partie de la population ? Sur quels critères vous basez-vous ?
Est-ce le résultat de certains propos « anti Ratenon » entendus par vos agents des RG dans la foule massée devant les grilles, à notre sortie de la Préfecture ce vendredi 24 février 2012 ?
Ou bien encore, est-ce les critiques à notre égard lues sur certains sites ou entendues sur certaines radios ?
Ces questions vous sont posées, M. le Préfet. Nous souhaitons fortement des réponses sur votre notion de la représentativité, car vous comprendrez bien, Monsieur, que pour nous, la lutte contre la cherté de la vie continue.

Pour le Conseil d’administration de l’ARCP
La Secrétaire
Brigitte Malet
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