Luttes sociales

« Nous devons nous battre pour garder ce que nous avons acquis dans la douleur »

Jacky Balmine, CGTR-BTP

Témoignages.re / 1er décembre 2011

Nombreux étaient les travailleurs à avoir répondu à l’appel de la CGTR à la grève et au rassemblement mardi devant la Préfecture. C’est la mobilisation pour l’emploi et la sauvegarde de la prime COSPAR, qui permet aux travailleurs ayant les salaires les plus bas d’avoir droit à une prime de 50 euros. Depuis l’arrivée de ce gouvernement, le BTP paie aux prix fort les conséquences des choix politiques faits à Paris. Quelques jours avant la manifestation de mardi, Jacky Balmine, secrétaire général de la CGTR-BTP, expliquait la nécessité de l’action. Voici en substance son analyse, avec des inter-titres de "Témoignages".

Les raisons de l’appel à la grève de la CGTR, à travers la fédération BTP, sont plus que justifiées.
Le point positif aujourd’hui c’est que l’État veut prolonger d’un an l’exonération de charge. Mais en aucun cas, cela ne doit nous détourner de notre bataille. Ce geste c’est pour nous faire reculer pour mieux sauter, car les élections présidentielles sont en marche. La mobilisation les a fait reculer, nous devons rien lâcher et faire que cette prime intègre le salaire, point.
On est en train de continuer à casser le BTP, qui se ne relève pas encore de ce qu’il a subi. Il avait été observé un léger frémissement.
Mais voilà que l’État supprime le dispositif "Scellier", pour la fin d’année 2012. Cela va freiner la programmation de logements à La Réunion, c’est sans aucun doute quelque chose qui n’est pas fait pour aider l’emploi ici. Ce sont des changements qui font que casser le peu d’élan qui subsistait.
Toutes les dispositions de la Loi favorables à la construction de logement continuent à être supprimés : "Scellier", "Girardin", accession à la propriété (logement intermédiaire) au travers la défiscalisation.
Quand le gouvernement annonce 4.600 logements sociaux, c’est en réalité entre 1.100 et 2.000 logements neufs, le reste c’est de la réhabilitation. La question c’est tout simplement : comment répondre à 25.000 demandeurs de logements actuellement, et surtout tenir compte de la démographie ?

Les problèmes s’aggravent

Beaucoup de problèmes s’aggravent : l’emploi, les conditions de travail, les 12.000 salariés du BTP qui souffrent. Ce sont plus de la moitié des chômeurs qui arrivent en fin de droit, nos jeunes sont plus de 53% à être frappés par le chômage. Les retraites et les salaires ne suivent pas la hausse des prix. Tout augmente sauf notre pouvoir d’achat.
De plus en plus, nous devenons des mendiants, alors même que nous créons la richesse de nos patrons, tout cela doit nous pousser à ne pas baisser les bras, ne pas nous résigner, mais se battre, avec les autres syndicats, sans que cela empêche chaque syndicat d’avoir sa propre initiative.
Nous salariés, nous payons doublement une crise, dont nous ne sommes pas responsables. On licencie nos camarades sans état d’âme, nous avons des salaires de misère. Il y a en plus la volonté d’un gouvernement qui met en place des plans d’austérité, pour sauver des banques qui ont elles-mêmes dilapidé leur capital.

Tout augmente de plus en plus sauf les revenus

Nous à la CGTR, nous n’oublions pas comment est né le COSPAR : dans une situation de crise. Nous devons nous battre pour garder ce que nous avons acquis dans la douleur.
Comment nous faire croire qu’aujourd’hui, alors que l’économie se dégrade, que la prime COSPAR arrachée pour les salaires les plus bas doit être remise en cause ? Rien que cela, c’est du mépris, et plus encore cela relève de la provocation, de l’irresponsabilité du patronat. Alors que cet argent là, injecté dans l’économie de La Réunion, est pour 90% repris par ses mêmes patrons.
Pendant ce temps, la mutuelle augmente de plus de 13%, le carburant, le coût de la vie, tout augmente de plus en plus sauf notre salaire et le revenu de nos retraités.
En plus des augmentations à tout va, voilà un gouvernement qui appauvrit les salariés en décidant 2,1% d’augmentation de SMIC au 1er décembre 2011, alors que l’inflation et de 2,3%.

Quelles perspectives ?

Le danger est sur notre profession : pas de Comité Départemental d’Habitat jusqu’à ce jour alors qu’il doit définir les perspectives des travaux et d’emplois. Ceci apparemment sera pour le mois de février 2012.
À cela s’ajoutent les élections présidentielles. Nous savons que dans ce type de campagne électorale, tout s’arrête, car plus personne ne prend de décision, cela n’est pas fait pour nous rassurer.
Alors rien que pour ça, la mobilisation reste le seul moyen pour nous de faire prendre conscience des enjeux économiques et sociaux de notre île.


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