Luttes sociales

« Nous exigeons le retrait immédiat »

L’AJFER et la réforme des retraites

Geoffroy Géraud-Legros / 6 septembre 2010

Demain, la jeunesse sera là dans les défilés de Saint-Denis et de Saint-Pierre. L’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion a souligné l’impact désastreux de la réforme des retraites proposée par le gouvernement alors que la situation est déjà dramatique.

Une conquête sociale…

Les dirigeants et représentants de l’AJFER ont dénoncé tour à tour la “réforme” des retraites imposée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement lors de la conférence de presse donnée hier.
Après un rappel détaillé et documenté de cette conquête sociale, issue des luttes syndicales et politiques et instaurée à la suite de la seconde guerre mondiale par le gouvernement provisoire, Mélanie Pierret a dénoncé les aggravations constantes de la retraite des Réunionnais depuis les réformes “Balladur” de 1993.

Qui a subi de multiples attaques

« De ces mesures à la réforme Fillon 10 ans plus tard, les salariés du public et du privé ont dû allonger leur temps de travail afin d’obtenir une retraite à taux plein ». Première pénalisée : « l’embauche des jeunes ».
Démystifiant la propagande qui culpabilise les salariés, Mélanie Pierret a rappelé les véritables raisons du déficit de la CNAV, dû au chômage et surtout, aux « exonérations patronales ».

Spécificités réunionnaises

Injustes, les réformes le sont plus encore à La Réunion, dont elles ne prennent pas en compte les spécificités. D’abord, parce que « le chômage est trois à quatre fois plus fort qu’en Métropole ». Ensuite, « parce que la retraite des Réunionnais est atypique : 33% des retraités sont des « retraités pauvres », qui ne touchent que le minimum vieillesse. Ils sont 5% seulement en France continentale ! »
Enfin, de « grandes disparités » caractérisent l’attribution des pensions : « 597 millions d’euros » sont servis aux 27.000 retraités de la fonction publique. Ceux-ci perçoivent « en moyenne 1854 euros par mois » ; 30 années de cotisations valent 40 annuités.
Le secteur privé se contente pour sa part de « 493 millions d’euros pour 63.500 retraités ».
Et que dire du monde agricole, ou « 75% des retraités vivent avec moins de 400 euros par mois ! »

«  Double peine  »

Tous ceux là, enchaîne Gilles Leperlier, « subissent une double peine : ils ont eu des conditions de vie très dure, et doivent affronter une retraite de pauvres : où est la reconnaissance ? Où est le respect dû à leur travail ? »

G.G.-L.


An plis ke sa

• Didier Robert et René-Paul Victoria attendus au tournant
« Les jeunes vous regardent » lance Gilles Leperlier, en direction des deux parlementaires UMP. « Allez-vous condamner 62% des jeunes de votre pays à la misère à 62 ans ? »

• Mai 68… et après ?
Béatrice Leperlier a rappelé le précédent historique créé par la « génération 68 ». « Ils ont su se mobiliser, se battre ». Certes, tout le monde s’accorde à le dire, « ils avaient avec eux la puissance de la poussée démographique ». Et au moment où « la situation devient intenable à La Réunion, et où nous allons être sacrifiés sur l’autel des lois réactionnaires de Sarkozy, souvenons-nous que nous, jeunes Réunionnais, nous avons avec nous la puissance démographique ».

• «  Le gouvernement serait responsable de l’explosion sociale  ».
L’AJFER exige un « retrait pur et simple » du projet, qui « condamne les jeunes Réunionnais à devenir des seniors pauvres ou des chômeurs pauvres ». L’application de ce projet et son vote à l’Assemblée par les relais du gouvernement rendraient « l’explosion sociale inéluctable » avertit le Président de l’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion (AJFER).


Résister et proposer


Répondre à l’urgence…

« Les protections collectives » a rappelé Béatrice Leperlier, « sont le ciment essentiel d’une société ». Elles mettent en jeu les « solidarités entre les générations, envers les plus faibles, entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas ». En temps de crise, elles sont le « rempart contre la vague qui submerge les sociétés ». L’application de la réforme, assure la jeune conseillère régionale, « aurait des conséquences désastreuses ». D’où l’exigence solennelle des jeunes Réunionnais : « retirez immédiatement ce projet ».
Mais l’opposition n’est pas le seul horizon de l’AJFER. La période contemporaine est marquée par « les multiples évolutions sociales, des cycles de vie, ainsi que des besoins ». L’existence est longtemps apparue rythmée par trois périodes vie : les études, le travail, la vieillesse. Aujourd’hui, « l’illusion d’un âge aux frontières fixes » disparaît. « La durée des études s’allonge, et leur entrée sur le marché de l’emploi est bien plus tardive ».

…Préparer l’avenir

A cela, rappelé Gilles Leperlier, s’ajoute la « flexibilité, qui s’instaure de manière de plus en plus dans le domaine de l’emploi ». La formation, qui devrait être le corollaire de cette évolution, est loin d’être suffisamment développée… De plus, « la sélection sociale qui s’exerce dans l’enseignement supérieur, l’application de seuils par filières, sont des obstacles à la formation pluridisciplinaire ». La « flexibilité dans l’emploi n’est pas acceptable sans certaines garanties », des aménagements, des « dispositifs » permettant « d’assurer aux personnes les moyens de l’existence, au-delà des fluctuations du marché de l’emploi ». Précaires ou non, les « travailleurs doivent tous bénéficier d’un statut et des protections collectives ». On en est loin, avec les contrats aidés qui ont créé « 9.000 travailleurs pauvres » dans notre pays", rappelle le Président de l’AJFER . La tertiarisation –passage de notre économie à une économie de services- n’a pas entraîné, contrairement à ce que l’on dit, la dureté et la pénibilité du travail. Les conditions de travail doivent être améliorées, non seulement pour les travailleurs et travailleuses en fin de carrière, mais aussi pour celles et ceux qui débutent dans la vie professionnelle.
« Il y a eu là un manque cruel et évident d’anticipation », renchérit Béatrice Leperlier, « dont les gouvernements successifs portent l’écrasante responsabilité ». Surtout, ajoute-t-elle, « on ne peut appliquer de manière mécanique une réforme étudiée pour la France hexagonale. Notre espace, notre histoire sont différents ». « Que le gouvernement revoie sa copie », lance Gilles Leperlier, et prenne conscience de notre spécificité, de nos différences. Et d’ajouter qu’il ne s’agit pas « de sauver la retraite, mais pour tous les Réunionnais, d’inventer un système de retraite adapté et juste ».

encadré

L’émancipation des femmes

…est l’une des évolutions sociales majeures des dernières décennies, a rappelé Béatrice Leperlier. Les femmes ne veulent plus être au fourneau, au linge et passer le balai dans la case. Elles veulent le droit au travail. Elles exigent de pouvoir avoir une carrière professionnelle. Et pourtant, aujourd’hui en France, 80% des précaires sont des femmes. Les femmes sont entrées dans la société, qu’on le veuille ou non. Et ce ne sont pas des mesures injustes qui les en feront sortir. Il faut imposer des mesures, pour que le marché du travail s’adapte aux femmes, à leurs besoins, dont celui de fonder une famille. Et non pas l’inverse.


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