Luttes sociales

« Nous nous sommes tout simplement faits ôter le pain de la bouche ! »

Les professeurs des écoles au chômage demandent la solidarité de tous les élus réunionnais

Témoignages.re / 29 octobre 2009

Voici le texte de la lettre adressée par le collectif des professeurs des écoles admis sur la liste complémentaire et toujours au chômage. Ils souhaitent que les élus réunionnais puissent appuyer la lutte qu’ils mènent face à une administration qui refuse de leur donner le travail auquel ces jeunes ont droit.

« Cher/chère élu(e),

Le collectif des listes complémentaires des professeurs des écoles a l’honneur de solliciter une audience pour vous faire part des abus dont nous sommes victimes à l’heure actuelle. Voici certains éléments qui nous ont amenés à effectuer cette démarche.

Dans un premier temps, quelques chiffres :

- le concours des professeurs des écoles en 2008 avait permis de recruter dans l’académie 148 futurs enseignants (concours externe, 3ème voie et interne confondus) formés par la suite par l’IUFM avec des stages en responsabilité (Pe 2). Les listes complémentaires comprenaient, à la sortie des résultats, 36 candidats potentiellement aptes à enseigner. Dès la rentrée scolaire 2008, le Rectorat a fait appel à eux et a permis ainsi à plus d’une trentaine de personnes de régulariser leur situation. Ce qui fait au total près de 180 postes admis à ceux qui ont passé le concours à la Réunion.

- en 2009, seulement 108 candidats ont pu poursuivre leur formation à l’IUFM en Pe 2, soit une réduction de plus de 70 postes ! Cette année, les listes complémentaires comptent 15 personnes qui ont vu leurs espoirs anéantis par les décisions du Rectorat. Il est vrai que les diminutions d’effectifs dans la fonction publique n’arrangent rien, mais à la Réunion nous n’avons pas la même évolution démographique que la métropole, nous savons qu’il y a un besoin d’enseignants. Le nombre d’élèves dans le premier degré est sensiblement le même : nous savons que des écoles ont besoin d’ouvrir des classes, nous savons que des postes ne sont pas pourvus ! C’est le cas par exemple dans l’est où l’administration a du mal à gérer les remplacements : dans ce cas, pourquoi ne pas faire appel à nous ?

Il faut savoir que les listes complémentaires sont susceptibles d’être appelés sur des postes vacants, c’est-à-dire des Emplois à temps pleins (ETP) jusqu’à pratiquement la fin de l’année scolaire. L’année d’après, ils intègrent l’IUFM pour achever leur formation en Pe 2.

Or, c’est la première fois cette année que certaines pratiques administratives vont à l’encontre de notre insertion professionnelle :

- Premièrement, l’Académie a accueilli un surplus considérable de mutations (70) pour anticiper en partie sur les départs à la retraite en dépit des listes complémentaires initialement prévus à cet effet. Cette décision, qui a déjà fait polémique il y a quelques semaines, peut revenir au bout du jour alimenter bien des débats. Nous nous sommes tout simplement faits ôter le pain de la bouche !

- De plus, certains remplaçants titulaires brigades, qui à la base sont prévus pour des remplacements temporaires, se sont vus attribuer des postes à temps plein. (les ETP des listes complémentaires). Cette décision a des conséquences néfastes car de nombreux remplacements ne sont pas effectués depuis la rentrée, les syndicats en ont d’ailleurs régulièrement eu l’écho. Il semble alors évident que cette situation risque d’empirer au cours de l’année scolaire. Malheureusement, les listes complémentaires n’ont légalement pas le droit d’effectuer ces remplacements temporaires.

On constate que les règles du recrutement n’ont pas été respectées à la lettre. S’agit-il d’une décision politique qui viendrait directement du ministère ? Le Rectorat allègue cette raison. Mais à quoi bon établir une liste complémentaire si elle n’est pas utilisée ?

Les conséquences sur notre avenir professionnel sont graves : la plupart d’entre nous se retrouvent au chômage. Si nous ne sommes pas appelés cela signifie que nous perdons toute valeur de ce concours 2009 et que nous devrons le repasser en 2010 ! Nous avons fait nos preuves lors de cette épreuve qui demande une préparation soutenue et des sacrifices à tous les niveaux. De plus, pour un bon nombre d’entre nous, ce n’était pas la première fois que nous la passions. La frustration psychologique qui est la nôtre en ce moment ne nous permet pas de préparer à nouveau le concours dans de bonnes conditions.

Lors d’une récente réunion avec les représentants du Recteur (le 19 octobre), le SNUipp-FSU, en accord avec les autres organisations syndicales, a fait une proposition raisonnable et tout à fait réalisable : le recrutement des 15 LC tout de suite en anticipant sur la gestion des possibilités de permutation, vu que l’Académie était déjà excédentaire. Cette anticipation devrait se combiner avec la gestion des départs à la retraite sur les deux et trois ans à venir. À ce jour, cette proposition n’a pas été retenue et notre situation reste bloquée.

C’est pourquoi nous sollicitons nos élus pour porter notre parole afin qu’elle soit entendue et comprise. Nous ne sommes que 15 et nous voulons travailler.
Nous espérons que vous donnerez une suite favorable à cette requête, et nous vous prions de recevoir nos sincères salutations ».

Le collectif des listes complémentaires PE


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