Luttes sociales

« On se limite déjà au strict nécessaire ! »

Pouvoir d’achat

Jean Fabrice Nativel / 23 février 2011

Marie est la troisième personne que “Témoignages” rencontre pour parler du pouvoir d’achat. Elle nous confie sans retenue les difficultés qui sont les siennes jour après jour. Elle se prive de tout et doit se contenter du minimum vital.

Vos habitudes d’achats ont-elles changé entre hier et aujourd’hui ?

- Mes achats sont devenus quasi nuls, à part la nourriture, les produits d’hygiène et l’essence de la voiture.

Plus de loisirs

Quelles conséquences l’augmentation des prix a sur votre quotidien ?

- J’ai dû supprimer la totalité de mes loisirs : le ciné, le resto, l’achat de vêtements, les balades dominicales… La diminution des loisirs conduit à l’isolement social, les liens sociaux deviennent de plus en plus précaires. Cela concourt à l’aggravation des conflits entre les différentes générations (les parents ne pouvant répondre aux envies ou simplement aux besoins des enfants)…, les collègues (la peur que l’autre gagne un meilleur salaire, ait une plus grande considération de sa hiérarchie), les fonctionnaires et les salariés du privé (travailler plus pour gagner moins est souvent le lot de ce secteur)…, les personnes en contrats précaires et les fonctionnaires (faire toujours attention pour une précaire de bien rester « à sa place ») et à l’apparence donnée, car trop bien habillé — pourtant au Pôle Emploi, il est conseillé de bien se présenter le jour de son entretien — suscite la méfiance et la haine d’employés en CDI.

D’un côté les pauvres, de l’autre les riches

Selon vous, une baisse des prix est-elle encore possible ?

- Et comment ?!!! Plus que jamais, oui. Le contraire est inenvisageable. Comment, alors que tout le monde crie à la crise, un gouvernement peut-il permettre à un groupe de la grande distribution de continuer à augmenter ses prix ? A priori, la crise touche les “petits”, mais pas les grandes surfaces, et pour cause, on les voit se développer sous nos yeux.
Quels avantages pour le client ? Hormis le fait de constater que, de jour en jour, le fossé ne cesse de se creuser entre les pauvres et les riches.
Serait-ce là la cohésion sociale que l’on nous promet ? Placer chacun à sa juste place : un monde pour ceux qui servent, un autre pour ceux qui sont servis ?

 « Le retour aux surgelés et aux boîtes de conserve » 

Sur quels produits ou services la note est particulièrement salée ?

- D’abord, je dirai la Mutuelle santé. Même la mort coûte cher, car il faut souscrire à une Mutuelle décès ! Ensuite, il y a la nourriture, notamment les produits locaux tels que les viandes — un poulet frais coûte autour de 10 euros. Inévitablement, c’est le retour aux surgelés et aux boîtes de conserve… Enfin, avec l’euro, les consommateurs ne cessent de répéter que les vendeurs ont supprimé le sigle “frcs” pour le remplacer par celui de l’“€”.

« Je mange selon les prix »

Au vu des nombreuses dépenses, quelles sont vos priorités ?

- Désormais, je mange selon les prix et non suivant mes goûts ou mes envies. Aujourd’hui, je regroupe tous mes rendez-vous en une matinée au lieu de les répartir sur toute la semaine. Je fais ainsi des économies d’essence.

Pour vous, un autre mode de consommation est-il possible ?

- Tout est possible avec de l’argent et du travail. Quel autre mode de consommation peut-on envisager sans la baisse des prix ou l’augmentation des salaires et du travail pour tous ? On se limite déjà au strict nécessaire !

La crise frappe les plus fragiles. Marie, comme elle l’a décrit, se prive de tout pour la traverser. Il lui tarde que l’activité économique de l’île reprenne. Au moins cela lui permettra de retrouver le chemin de l’emploi. « Moi j’ai 2 fois le Bac, et pourtant je suis au chômage », conclut-elle.


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