Luttes sociales

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison »

Témoignages.re / 21 février 2011

Victor Hugo disait qu’ouvrir une école c’est fermer une prison.
Aujourd’hui, notre école ressemble à un tribunal où l’on sanctionne, où l’on condamne.
Or c’est un des lieux privilégiés où l’on valorise l’instruction civique.
La loi sur l’absentéisme est un bel exemple.
Nous savons tous que l’absentéisme touche en France comme dans l’île un nombre important d’élèves qui sont en décrochage scolaire, en grande difficulté.
Ce handicap pèse lourdement sur les chances de pouvoir s’insérer durablement dans la vie active.
Au lieu d’identifier, de repérer et d’analyser les causes profondes de ce problème lié à l’absentéisme, l’État opte pour la suppression des allocations familiales aux familles des élèves absents. Cette loi pénalise ces familles déjà bien fragiles, celles qui vivent souvent en dessous du seuil de pauvreté.
Après les réformes impopulaires de l’année 2010, l’Éducation nationale annonce la suppression de 16.000 postes à la rentrée prochaine.
Désormais, la comptabilité, le rendement, la quantité guident la réflexion politique de l’Éducation nationale.
De toute évidence, la réflexion pédagogique, sociale et humaine reste nécessaire pour favoriser un enseignement de qualité. C’est la pierre angulaire pour résoudre les problèmes d’apprentissage des élèves.
Vraiment l’école de Jules Ferry est aujourd’hui bien désorganisée.
Pourtant de nombreux spécialistes comme les sociologues, pédagogues, psychologues… reconnaissent que la cause première de la délinquance s’explique par le manque d’instruction. Ce vide éducatif favorise le chômage et l’absence des valeurs morales.
Plus que jamais, les jeunes ont besoin d’être encadrés et dirigés.
L’Éducation nationale a une place privilégiée dans la construction de soi et la formation des valeurs citoyennes.
L’annonce des suppressions de postes pour l’année prochaine n’est pas du tout justifiée.
Toutes les académies ne sont pas logées à la même enseigne.
L’Académie de La Réunion présente une situation bien particulière. Sa démographie se caractérise par une croissance et la jeunesse de sa population.
La situation sociale est difficile. La dégradation du marché de l’emploi constitue la principale difficulté structurelle de l’économie réunionnaise.
Nous sommes le département français qui enregistre le plus fort taux de chômage.
La suppression des 162 postes dans l’Éducation nationale à la rentrée prochaine va aggraver cette situation sociale et économique. Elle va aussi accentuer la précarité du métier de l’enseignant. La qualité de son travail sera aussi remise en cause.

Aline Murin- Hoarau


Kanalreunion.com