Luttes sociales

Partager la pénurie, ou changer de système ?

Recrutement des professeurs des écoles

Geoffroy Géraud-Legros / 14 août 2009

L’UNEF, syndicat étudiant majoritaire à La Réunion, a révélé la semaine dernière le scandale du système de recrutement des professeurs des écoles, qui fait appel à des enseignants d’autres académies pour pourvoir aux postes manquants dans notre pays.
En l’absence d’information transparente, il semble que 158 professeurs des écoles titulaires qui entreront en fonction dans notre île à la rentrée 2008 sont issus d’autres académies, contre 126 seulement des nouveaux enseignants ayant obtenu leur concours à La Réunion.

Lutter contre la pénurie de postes : telle est la raison invoquée à l’appui de ce recours massif à des enseignants nouveaux venus, dont le nombre sera ainsi cette année supérieur à celui de leurs collègues réunionnais. Quelle valeur accorder à un tel argument, alors que du fait du développement sans précédent des infrastructures pédagogiques, La Réunion est désormais tout à fait capable de pourvoir les postes de professeurs nécessaires ?
Les statistiques font d’ailleurs apparaître qu’avec près de 2.000 candidats pour environ 120 postes seulement, l’Académie de La Réunion est celle où la concurrence pour les places aux concours est la plus forte.
Dans un contexte de crise, où le chômage frappe durement les jeunes diplômés réunionnais, rien ne justifie que le nombre de postes ouverts au concours par l’Académie de La Réunion demeure en deçà des besoins éducatifs dans notre pays.
Plus profondément, c’est l’ensemble du raisonnement qui prétend remédier à la pénurie en la mettant en partage qui est inadmissible. 25 ans après l’édification de l’Académie de La Réunion et sa sortie du ressort de l’Académie d’Aix-Marseille, une telle justification témoigne d’un immobilisme certain, sinon d’une certaine désinvolture. En effet, par quelle fiction peut-on aujourd’hui considérer l’Académie de La Réunion comme étant contiguë à celles de l’Hexagone ? Comment peut-on se comporter comme s’il ne s’agissait, pour pallier au manque d’effectifs, que de “puiser” dans l’excédent de personnel des Académies voisines, alors que la plus proche se situe en réalité à plus d’une dizaine de milliers de kilomètres ? Il y a là quelque chose de profondément absurde, qui ne peut s’expliquer que par la persistance d’usages et de routines obsolètes… et l’absence de volonté d’en sortir.

« Solidarité et éthique républicaine »

Comme autre caution à ces pratiques, l’Administration invoque les principes de « solidarité » et « l’éthique républicaine ». Sur un territoire où le chômage atteint 30% de la population active, dont de nombreux jeunes diplômés, n’y a-t-il pas précisément un manque de « solidarité » dans le fait de restreindre les opportunités d’accès des Réunionnais aux emplois d’enseignants du Primaire ?
N’est-ce pas déroger à « l’éthique républicaine » que de laisser perdurer une anomalie porteuse d’une injustice criante qui, dans un concours académique, instaure une véritable inégalité de traitement ?
Enfin, et là se trouve le problème de fond, comment justifier au nom de la solidarité et de l’éthique républicaine le partage de la pénurie ?
Ce discours sonne d’autant plus faux au moment où le Président de la République, présentant les États-généraux, va au-devant des réalités spécifiques des Outre-mers ?

Geoffroy Géraud


La difficulté d’assumer un système inique

Hier soir, le recteur était l’invité du journal télévisé de RFO. Répondant à une question sur le recrutement des professeurs des écoles, tous les Réunionnais ont vu un recteur en difficulté, obligé de dire que « nous sommes dans un pays démocratique ». C’est une évidence. Lorsqu’il est question du contenu de ce concept, le recteur balaie d’un revers de main toute contestation, en affirmant que le recrutement est « national », et que les originaires des DOM ont droit à des points de bonus dans leur barème. Le recteur a également précisé que les recrutements effectués cette année se font dans le cadre de la loi.
Tous les ans, les recteurs viennent répéter la même chose : ils évoquent la légalité et le « recrutement national ». Et tous les ans, des jeunes Réunionnais ayant réussi le concours de recrutement sont remplaçants, alors que des personnels d’autres Académies viennent occuper des postes à temps complet.
La gêne dont a fait preuve le recteur hier montre les difficultés qu’il y a à assumer un système inique.


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