Luttes sociales

Plaidoyer pour l’autosuffisance alimentaire de La Réunion

FAO et OCDE : les prix des produits agricoles de base resteront élevés

Témoignages.re / 21 juin 2011

Le niveau plus élevé des prix alimentaires et la volatilité des marchés des produits de base sont des phénomènes durables, selon un nouveau rapport établi par l’OCDE et la FAO. Les Réunionnais n’ont aucun moyen d’agir sur les facteurs responsables de ces variations : progression de la demande mondiale, diminution de la hausse de la productivité, effets du changement climatique et variation des taux de change. Si nous ne sommes pas capables d’augmenter notre degré d’autosuffisance alimentaire, alors nous subirons chaque jour davantage les conséquences de ces phénomènes mondiaux, ce qui aura des conséquences sur la cohésion sociale.

D’après les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2011-2020, de bonnes récoltes dans les mois qui viennent devraient faire diminuer les prix des produits de base par rapport aux niveaux extrêmes atteints plus tôt dans l’année. Cependant, le rapport indique qu’au cours de la prochaine décennie, les prix réels des céréales pourraient dépasser en moyenne de 20% les niveaux de la période 2001-2010 et ceux de la viande de près de 30%. Ces projections sont bien en deçà des prix record atteints en 2007-2008 et de nouveau cette année.
La hausse des prix des produits de base se répercute sur toute la chaîne alimentaire, d’où une poussée des prix à la consommation dans la plupart des pays. Ces facteurs augmentent les préoccupations liées à la stabilité économique et à la sécurité alimentaire dans certains pays en développement, les consommateurs pauvres étant plus particulièrement exposés à la malnutrition, expliquent les auteurs du rapport.
Appel à la transparence sur les prix

« Si des prix plus élevés sont généralement une bonne nouvelle pour les agriculteurs, les conséquences peuvent être catastrophiques pour les pauvres qui, dans les pays en développement, consacrent une part importante de leur revenu à l’alimentation », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, M. Angel Gurría.
« C’est pourquoi nous appelons les pouvoirs publics à améliorer l’information et la transparence sur les marchés aussi bien physiques que financiers, à encourager des investissements générateurs de gains de productivité dans les pays en développement, à supprimer les mesures qui faussent la production et les échanges, et à aider les personnes vulnérables à mieux gérer les risques et l’incertitude ».
Le Directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a indiqué que, « dans le contexte actuel du marché, la volatilité des prix pourrait demeurer une caractéristique des marchés agricoles. Des politiques cohérentes s’imposent donc afin de réduire la volatilité et d’en limiter les retombées négatives. La principale solution au problème sera d’accroître l’investissement dans l’agriculture et de favoriser le développement rural dans les pays en développement, où vivent actuellement 98% des personnes qui souffrent de la faim et où la population devrait s’accroître de 47% au cours des prochaines décennies ».
M. Diouf a ajouté que l’action devrait se concentrer sur les petits exploitants dans les pays à faible revenu connaissant des déficits alimentaires.

Ralentissement de la croissance de la production

Selon les Perspectives, qui couvrent pour la première fois la pêche et l’aquaculture, la production agricole mondiale devrait connaître au cours de la prochaine décennie une croissance plus lente que pendant la décennie écoulée, s’établissant à 1,7% par an au lieu de 2,6%. En dépit de ce ralentissement, les projections tablent néanmoins sur une croissance de la production par habitant d’encore 0,7% par an.
La consommation alimentaire par habitant progressera très rapidement en Europe orientale, en Asie et en Amérique latine, régions où les revenus augmentent et où la croissance démographique ralentit. D’après les auteurs du rapport, ce sont les demandes de viande, de produits laitiers, d’huiles végétales et de sucre qui devraient connaître les plus fortes hausses.
Dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, la production mondiale devrait, selon les projections, augmenter de 1,3% par an jusqu’en 2020. Là aussi, la croissance sera plus lente qu’au cours de la précédente décennie, sous l’effet d’une réduction ou d’une stagnation des captures de poissons sauvages et d’un ralentissement du taux de croissance de l’aquaculture, qui a connu une rapide expansion au cours de la période 2001-2010.
L’aquaculture devrait, d’ici 2015, devenir la principale source de poissons destinés à la consommation humaine, devant la pêche proprement dite, et d’ici 2020, représenter environ 45% de la production totale, usage à des fins non alimentaires compris.


La tendance : augmentation des prix

FAO et OCDE affirment que les risques de voir les prix augmenter sont plus importants que ceux de voir les prix baisser.

D’après les prévisions, les échanges vont progresser de 2% par an, c’est-à-dire moins vite qu’au cours de la décennie précédente, la production n’augmentant que modestement chez les exportateurs habituels et s’accroissant chez les importateurs. Ce sont les exportateurs émergents d’Europe orientale, d’Asie centrale et d’Amérique latine qui afficheront en l’occurrence les hausses les plus rapides. Des déficits alimentaires de plus en plus importants sont attendus dans les pays d’Afrique subsaharienne, l’augmentation de la demande liée à la croissance démographique étant plus rapide que celle de la production intérieure.
Des analyses stochastiques illustrent les incertitudes autour des projections de prix qui dépendent grandement des hypothèses sous-jacentes et suggèrent que les risques de voir des prix plus élevés sont plus importants que ceux de voir des prix moins élevés. Ces analyses confirment aussi que les fluctuations des niveaux de production dues aux rendements dans les grands pays exportateurs ont été l’une des principales causes de la volatilité des cours internationaux. L’an dernier, la sécheresse et les incendies en Russie et en Ukraine, de même que les précipitations excessives aux États-Unis, ont montré la rapidité avec laquelle les marchés pouvaient être déstabilisés. Les variations des rendements des cultures dues à la météorologie devraient devenir dans le futur un moteur encore plus critique de la volatilité des prix.


Prix du pétrole et agrocarburants

Le rapport de la FAO et de l’OCDE présente une conséquence de la hausse du prix du pétrole : le recours de plus en plus important à l’agriculture pour produire des carburants. Cette orientation se fait au détriment de la production de nourriture.

« La quantité de produits agricoles utilisée dans la fabrication de biocarburants va continuer de s’accroître rapidement, en grande partie sous l’effet des obligations légales d’incorporation et autres mesures de soutien adoptées en faveur des carburants en question. D’après les estimations, en 2020, 13% de la production mondiale de céréales secondaires, 15% de la production d’huiles végétales et 30% de la production de cannes à sucre seront consacrés à la production de biocarburants. Une nouvelle hausse des prix du pétrole amplifierait encore le phénomène et, s’ils franchissaient un certain seuil, la production de biocarburants deviendrait rentable dans beaucoup de pays, y compris en l’absence de mesures de soutien. »


Pourquoi les prix sont-ils très instables ?

Pourquoi les prix des produits agricoles varient-ils si rapidement ? Explications du rapport conjoint de la FAO et de l’OCDE.

« Ces perspectives s’intéressent aux principaux facteurs susceptibles d’influer sur la volatilité des prix qui engendre incertitude et risque pour les producteurs, les négociants, les consommateurs et les gouvernements. La volatilité des prix peut avoir des conséquences négatives considérables sur la filière agricole, la sécurité alimentaire et l’économie au sens large aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement.

Météorologie et changement climatique - Le facteur le plus souvent à l’origine de la volatilité des prix sur les marchés agricoles est la météorologie. Le changement climatique altère les phénomènes météorologiques, mais son impact sur les événements climatiques extrêmes n’est pas clair.

Niveau des stocks - De tout temps, les stocks ont joué un rôle en atténuant les écarts entre l’offre et la demande des produits agricoles. Quand le niveau des stocks disponibles est bas par rapport à la demande totale, comme c’est actuellement le cas pour les céréales secondaires, la volatilité des prix peut être élevée.

Prix de l’énergie - La volatilité des prix se transmet des marchés de l’énergie aux marchés agricoles du fait de liens croissants au travers des intrants comme les engrais et les transports, et au travers de la demande de produits agricoles pour la production de bioénergie.

Taux de change - Les mouvements des monnaies peuvent potentiellement avoir un impact de par le monde sur la sécurité alimentaire et sur la compétitivité, car ils affectent les prix domestiques des produits agricoles.

Progression de la demande - Si la production ne suit pas le rythme de la demande, les prix auront tendance à augmenter. Le revenu par habitant devrait généralement augmenter avec des hausses allant jusqu’à 50% dans de nombreux pays pauvres. Ceci devrait rendre la demande de produits alimentaires plus inélastique de sorte que seules de plus grandes variations de prix pourraient avoir un impact sur la demande.

Pression sur les ressources - Une décélération des gains de productivité est attendue sous l’effet de l’augmentation des coûts des intrants, d’une diffusion plus lente des technologies agricoles, de l’exploitation des terres marginales, des possibilités limitées de doubles récoltes et des contraintes en matière d’irrigation.

Restrictions commerciales - Les restrictions aux exportations ainsi qu’aux importations amplifient la volatilité des prix sur les marchés internationaux.

Spéculation - Il y a un consensus de la plupart des chercheurs pour dire que des niveaux élevés d’activité spéculative sur les marchés à terme amplifient les mouvements des prix à court terme, même s’il n’y a pas de preuve conclusive sur les effets systémiques de plus long terme sur la volatilité.


Les défis des pouvoirs publics

Les pouvoirs publics peuvent influer sur les prix des produits agricoles. Afin d’atténuer le choc des variations à la hausse, la FAO et l’OCDE préconisent notamment à la puissance publique d’investir dans la recherche et le développement.

« Ces Perspectives soulignent les défis de taille pour traiter les problèmes d’insécurité alimentaire et les opportunités importantes pour les producteurs de nourriture et de produits agricoles qui accompagnent les prix moyens plus élevés projetés pour la décade à venir. Le défi pour les pouvoirs publics est de parvenir à augmenter la productivité, particulièrement celle des petits producteurs, pour aider les marchés à mieux résister aux chocs externes, pour réduire le gaspillage et pour faire en sorte que les marchés locaux puissent être approvisionnés en quantités croissantes à des prix abordables. Les pouvoirs publics doivent investir dans la recherche et le développement agricoles, dans les institutions et les infrastructures afin de rendre le secteur plus productif et mieux à même de résister aux aléas météorologiques et climatiques ainsi qu’à la raréfaction des ressources. Des investissements sont également requis pour réduire les pertes après de mauvaises récoltes. Sachant que la volatilité des prix devrait perdurer sur les marchés agricoles, il faudra des politiques cohérentes pour l’atténuer et pour en limiter les effets négatifs.

Atténuer la volatilité - Une transparence accrue des marchés peut réduire la volatilité des prix.
Davantage d’efforts sont nécessaires pour perfectionner les systèmes internationaux et nationaux de suivi et de surveillance des perspectives des marchés. Ceci inclut de meilleures données sur la production, les stocks et les échanges pour les produits les plus sensibles en matière de sécurité alimentaire.
L’élimination ou la réduction des distorsions liées à des politiques publiques comme les restrictions aux importations ou aux exportations ou pour les biocarburants, les mesures de soutien et les obligations peuvent aussi contribuer à réduire la volatilité des prix. L’information et la transparence sur les marchés à terme devraient être améliorées pour aller vers une harmonisation des mesures entre les différentes bourses d’échange.

Gérer la volatilité - Les filets de sécurité sociaux peuvent être pertinents pour protéger les consommateurs les plus vulnérables contre les hausses des prix alimentaires tandis que les filets de sécurité pour les producteurs peuvent contrebalancer de faibles revenus en maintenant leur capacité à s’approvisionner en intrants et à rester dans le système productif. Des réserves d’urgence pour une assistance ciblée aux personnes pauvres sont utiles pour réduire l’impact des prix élevés. Davantage d’efforts sont requis pour que des dispositifs de gestion des risques axés sur le marché soient disponibles aux plus petits producteurs. Cela inclut l’utilisation de contrats à terme et des marchés à terme des produits. Les gouvernements peuvent également adopter des stratégies de gestion des risques comme des dispositifs d’assurance pour financer les importations de produits alimentaires en cas de déficit de la production nationale causé par le mauvais temps ».

Le G20 - Les Perspectives viennent étayer les messages clés en faveur d’un effort visant à atténuer et à gérer la volatilité des prix qui ressortent d’un récent rapport inter-institutions soumis au G20 intitulé “Price Volatility in Food and Agricultural Markets : Policy Responses” (Volatilité des prix des marchés agricoles et alimentaires : les réponses politiques) et coordonné par la FAO et l’OCDE pour le compte de dix organisations internationales.
Ce rapport préconise, entre autres, que les pays du G20 s’appliquent à stimuler la productivité agricole dans les pays en développement, à réduire ou éliminer les mesures qui faussent les échanges et à mettre en place un nouveau mécanisme propre à renforcer la transparence et à améliorer l’information concernant la production, la consommation, les stocks et les échanges agricoles.


Kanalreunion.com