Luttes sociales

Plus d’un enfant sur deux sous le seuil de pauvreté à Londres

Le résultat de la politique du gouvernement britannique

Témoignages.re / 24 octobre 2005

Dans un article paru vendredi dernier dans ses colonnes, “l’Humanité” apporte un éclairage sur les travaux de syndicalistes, hommes politiques ou universitaires. Ces Britanniques décrivent la vraie physionomie de la situation du Royaume-Uni, alors que le gouvernement travailliste, président en exercice de l’UE, voudrait exporter ses recettes dans l’Union. On lira ci-après cet article.

"À Londres, 54% des enfants vivent en situation de pauvreté, et 38% dans tout le pays. Est-ce que c’est cela que l’on veut pour l’Europe ?" L’interrogation d’Ute Navidy, dirigeante de l’Assemblée nationale des femmes (NAW) du Royaume-Uni, pourrait résumer l’esprit de la rencontre qui a réuni ces deux derniers jours à Londres des responsables syndicaux, politiques ou associatifs britanniques. Au centre des débats : faire connaître la face cachée du “modèle Blair” à une semaine du sommet européen informel que le premier ministre travailliste, actuellement président de l’UE, organise sur les réformes prioritaires de l’Union (1). "Tony Blair se présente en champion de la rénovation du modèle social européen, en s’appuyant sur l’expérience de son pays qu’il considère comme exemplaire. Il était important que Tony Blair et Gordon Brown [ministre de l’Économie - NDLR] ne soient pas les seules voix britanniques que l’on entende dans ce débat", explique Francis Wurtz, organisateur de la rencontre et président du groupe de la Gauche unitaire européenne-Gauche Verte nordique (GUE-GVN) au Parlement européen.

Des services publics orientés vers le privé

Parmi les avancées dont se targue le gouvernement Blair, la relance des services publics, après les sombres années Thatcher, reste largement artificielle. Jeremy Corbin, député dissident du Labour, constate en introduction des débats que la majorité a "calqué les prestations et les méthodes du secteur public sur celles du privé, avec le souci de la rentabilité. C’est la fin du principe travailliste selon lequel les services sont rendus en fonction des besoins de gens, et non pour tirer profit d’eux". L’exemple de la santé est frappant, avec la fermeture de 10.000 lits d’hôpitaux depuis l’arrivée de Tony Blair au pouvoir, et la fin de la gratuité totale des prestations après six semaines de soins. Parallèlement, c’est dans ce secteur qu’on a constaté, sous la "relance des services publics", la multiplication de "cadeaux pour le privé", comme l’a développé Allyson Pollock, spécialiste des politiques publiques.
"Les conservateurs avaient déjà privatisé la gestion des hôpitaux puis sous-traité les emplois peu qualifiés, précise Pollock. La phase actuelle, menée par Blair, est celle des partenariats public-privé : l’État concède à des groupes privés l’achat des terrains, la construction des bâtiments, etc. Le service public est abandonné à des banques et à des multinationales qui se remboursent ensuite sur des périodes de trente, soixante voire même quatre-vingt-dix ans." Ce système, qui permet à court terme de dépenser moins d’argent public, se transforme en rente pour les investisseurs privés.

Les pauvres exclus des retraites privées

Le danger, souligne Allyson Pollock, est que "le gouvernement Blair est en train d’exporter ce modèle partout dans le monde", y compris en France où une douzaine de partenariats public-privé sont en examen. Au Royaume-Uni, le système s’étend déjà à d’autres secteurs que la santé, comme l’enseignement, l’administration et même le système pénitentiaire.
L’autre argument avancé par Tony Blair pour étendre son modèle à toute l’Union est sa situation de quasi plein-emploi, avec un taux de personnes sans emploi de 5%. "C’est vrai qu’en Grande-Bretagne on peut dire qu’il y a peu de chômage. Mais la précarité est énorme, souligne la féministe Ute Navidy. Sur cinq travailleurs à temps partiel, quatre sont piégés par une situation qu’ils n’ont pas choisie, et restent sous-employés." Les femmes sont les plus touchées par ce phénomène qui a créé les “working poors”, ces travailleurs pauvres. Entre la faiblesse de leurs revenus - même après la création d’un salaire minimum, insuffisant - et l’inexistence de structures d’accueil, elles doivent souvent renoncer à travailler quand elles ont des enfants.
La faiblesse ou le démantèlement de politiques publiques touche aussi les retraités. "Cette année, le Royaume-Uni a connu une expansion massive des retraites gouvernementales, détaille, de façon paradoxale, John Grahl, universitaire. Les grandes sociétés d’assurance privées ont contraint leurs clients les plus modestes à fermer leurs comptes d’épargne salariale parce qu’ils ne leur rapportaient pas assez. Ces ménages se retrouvent en situation difficile, avec des revenus qui n’atteignent pas le minimum pour vivre. En même temps, le gouvernement Blair favorise les retraites des plus riches en accordant des baisses d’impôts s’ils effectuent des placements sur les fonds privés."
Une frange importante des ménages les plus pauvres n’ont pas vu leur situation s’améliorer par rapport à ce qu’elle était sous les majorités conservatrices. "Économiquement, Tony Blair a conservé l’orientation néolibérale de Margaret Thatcher, analyse Philippe Marlière, politologue installé à Londres. Il a conquis l’électorat conservateur modéré sur des questions sociétales : l’égalité des sexes, les droits des minorités, l’environnement." En matière économique et sociale, l’armature législative des années Thatcher a été conservée.

Grève victorieuse à British Airways

"Les lois antisyndicales qui interdisent les grèves de solidarité n’ont jamais été abrogées", dénonce Iggy Vaid, syndicaliste chez British Airways. Il est lui-même en instance de licenciement pour avoir fait cesser le travail en soutien de 800 salariés d’une filiale du transporteur, tous mis à la porte cet été au profit de travailleurs polonais moins chers. Cette grève, victorieuse, reste une exception dans un pays où les syndicats demeurent en position de faiblesse par rapport à un gouvernement travailliste qu’ils soutiennent pourtant, politiquement et financièrement.
"La colère monte", prévient Brian Denny, "membre du RMT, l’union des travailleurs du transport. Les usagers du rail ont vu les problèmes se multiplier après les privatisations impulsées par l’UE depuis 1991. Et 80% des syndicats ont voté contre la constitution européenne et contre la directive services, dont Tony Blair fait le socle de sa politique." Pour Nick Crook, de la centrale Unison (services publics), "on est passé d’une situation où l’Europe constituait une protection relative contre les attaques du gouvernement Thatcher, à une situation où elle renforce les inégalités". Une évolution largement due au poids grandissant de l’idéologie néo-libérale britannique au sein de l’Union.

(1) Initialement centré sur la question du modèle social, le sommet s’est élargi aux autres questions d’actualité, dont l’immigration et la sécurité.


Appel de la CGT contre la casse des conditions de travail

Grève et manifestation nationale des agents des impôts

La fédération CGT des Finances propose à ses partenaires syndicaux une journée de grève avec une manifestation nationale à Paris pour les fonctionnaires des services fiscaux, fortement mobilisés lors de la journée d’action interprofessionnelle du 4 octobre. L’organisation syndicale ne propose toutefois aucune date.
"A Bercy, alors que la mobilisation du 4 octobre a été la plus forte dans l’ensemble de la Fonction publique d’État, les ministres poursuivent et aggravent les politiques particulièrement régressives mises en œuvre depuis plusieurs années", déclare la fédération CGT des Finances dans un communiqué diffusé ce vendredi.
"Visiblement, Thierry Breton, ancien patron de France Télécom, décline à Bercy une politique largement inspirée par le MEDEF : baisse des prélèvements obligatoires, cadeaux fiscaux aux plus riches, privatisation et externalisation des missions, suppression massive et pluriannuelle des emplois", ou encore "licenciement des personnels non titulaires" et "introduction de mesures issues du privé injustes et discriminatoires", poursuit la CGT.
"Ces politiques génèrent aussi une profonde dégradation des conditions de travail", ajoute la fédération.
"Au moment où ces lignes sont écrites, les multiples mobilisations et expressions des personnels du ministère avec leurs organisations syndicales indiquent que les personnels entendent bel et bien donner une suite à l’action du 4 octobre", assure la CGT qui se prononce pour "l’organisation, dans les meilleurs délais possibles, d’une nouvelle journée unitaire de grève ministérielle avec une manifestation nationale".
Lors de la journée d’action du 4 octobre dernier, le gouvernement avait officiellement comptabilisé 38,1% de grévistes au ministère des Finances pour une moyenne de 24,84% dans la Fonction publique d’État.


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