Luttes sociales

Plusieurs dizaines de professeurs stagiaires réunionnais parachutés en France

Des postes à La Réunion, mais pas pour des Réunionnais

Sophie Périabe / 12 août 2010

Jusqu’à présent, tous les candidats réussissant les concours de CAPES, CAPLP, bref les concours d’enseignant, effectuaient leur 1ère année de stage dans l’académie où ils passaient le concours. Depuis la réforme de la masterisation et la disparition des IUFM, ce n’est plus le cas. En lycée professionnel, 29 professeurs stagiaires se retrouvent ainsi parachuter en métropole alors qu’il y a des postes vacants à la Réunion.

Après la joie et le soulagement pour les candidats admis au CAPLP (Certificat d’aptitude au professorat en lycée professionnel), la mauvaise nouvelle est tombée le 30 juillet dernier. « Nous avons appris que nous serons affectés en région parisienne », explique un futur professeur stagiaire.
Auparavant, les lauréats qui passaient le concours à La Réunion restaient dans l’île pour leur 1ère année de stage.
Mais la réforme des universités est passée par là et avec la disparition des IUFM, tout a changé. « Aujourd’hui, nous savons dans quelle académie nous sommes affectés », pour beaucoup l’Académie de Paris/Créteil/Versailles ; ensuite, les professeurs stagiaires devront formuler des vœux pour les villes souhaitées du 13 au 20 août et être à la pré-rentrée le 25 août dans l’établissement en France métropolitaine.

Pourquoi passer le concours ?

En lycée professionnel, ce sont aujourd’hui 29 professeurs stagiaires qui sont affectés en métropole. Une délégation réunie hier matin à la Mairie de Saint-Paul, avec la députée-maire, ne comprend pas et conteste cette décision. « À chaque rentrée, il y a des postes vacants à La Réunion. Et le Rectorat fait appel à des contractuels ou des vacataires pour occuper ces postes ». « Ça coûte moins cher », précise Huguette Bello.
En effet, un « enseignant » contractuel touche environ 300 euros de moins qu’un professeur stagiaire et son salaire n’évolue pas, contrairement aux fonctionnaires. « Pourquoi nous envoyer en Métropole alors qu’il y a des postes ici ? », s’insurge un autre futur professeur.
Pour la rentrée 2010, chaque académie a un quota de postes pour les professeurs stagiaires. « En lycée professionnel, nous avons 17 postes toutes matières confondues », rajoute Évelyne Derriennic, secrétaire académique SNUEP. En lettre-anglais par exemple, seul un poste de prof stagiaire est attribué à notre île. Les autres lauréats au concours sont donc contraints de partir même si d’autres postes « non stagiaires » sont à pourvoir. « Pour ces derniers postes, l’académie fera appel à des contractuels, payés moins chers », nous explique un jeune lauréat.
« Dans ce cas, pourquoi passer le concours ? Demande-t-il, si on peut enseigner avec une licence et en plus, le rectorat préfère embaucher des contractuels que des fonctionnaires. Il faut savoir que les contractuels sont des titulaires d’une licence, et n’ont aucune formation pour enseigner. Ils débarquent devant une classe sans aucune formation préalable ».
Devant un tel constat, une jeune mère de famille contrainte à partir du jour au lendemain envisagerait même de démissionner et d’opter pour un poste de contractuel.
Le gouvernement a entamé une démarche de restriction budgétaire et l’Éducation nationale en fait les frais. « Il préfère laisser les gens dans la précarité. Les contractuels sont appelés chaque année et n’ont aucune garantie de travailler. Néanmoins, après 6 ans de service, ils peuvent demander un CDI mais là encore, à long terme, ça coûte moins cher qu’un fonctionnaire », explique Huguette Bello.

« Largués là-bas sans aucune aide »

Pour beaucoup de ces Réunionnais contraints à partir se présentent encore d’autres difficultés. Plusieurs étaient auparavant dans une situation financière précaire et ne disposent pas suffisamment de moyens pour couvrir un tel déplacement. Plusieurs aides sont en effet disponibles pour une installation en métropole. Mais là encore, les futurs profs rencontrent des grosses difficultés. « Le CNARM peut couvrir le billet d’avion et LADOM, (NDLR : l’Agence de l’outre mer pour la mobilité, ancienne ANT) un mois de loyer mais faudrait-il savoir où nous serons affectés ? Pour l’heure, nous ne connaissons que l’académie et pas la ville. Et, on n’est pas à La Réunion, les distances ne sont pas les mêmes. On ne peut pas prendre un logement, faire les démarches pour le déménagement etc. Il faut attendre le 20 août, un vendredi, pour les résultats des affectations et ensuite, dès le 25, nous devrons être opérationnels en métropole », explique un jeune. « C’est quasiment mission impossible ». Comment faire pour trouver un logement en 2 jours, monter les dossiers d’aide auprès du Pôle emploi, etc. « Qui va accueillir nos jeunes là-bas », demande la députée-maire de Saint-Paul. « Ils sont largués au milieu de tout cela sans aucune aide ». Devront-ils commencer dans la vie active en faisant un prêt pour aller travailler, « alors qu’un prof stagiaire touche 1.300 euros en métropole et qu’il faudra se loger à Paris, avec des loyers exorbitants, se nourrir, et l’hiver qui va arriver ».
Alors partir, certains sont prêts à le faire mais dans de bonnes conditions.
Des lettres de révision d’affectation ont été envoyées au recteur et au ministère ; la députée-maire entend bien défendre l’intérêt de ces Réunionnais auprès du ministre et de l’Assemblée nationale.

 Sophie Périabe 


Encore des économies !

Auparavant chaque professeur stagiaire effectuait 6 heures d’enseignement pratique devant la classe de son tuteur et 8 heures d’enseignement théorique à l’IUFM. Avec la réforme des universités et la disparition des IUFM, chaque prof stagiaire effectue d’entrée 15 heures d’enseignement en classe, sans aucune formation pédagogique préalable. « Dès la rentrée, nous serons devant une classe. Nous avons bien sûr les connaissances mais concernant la pédagogie, nous n’aurons que 3 heures de formation à l’université ». Le gouvernement économise encore sur le dos de la jeune génération, cette génération qui fera les citoyens de demain.

 SP 


Le SNES dénonce « une situation inacceptable »
Dans un communiqué, le SNES rappelle que des besoins en poste existent à La Réunion et « son exigence de voir les jeunes de La Réunion affectés dans l’académie, dans le respect des barèmes et dans toutes les disciplines où les besoins existent »

Alors que La Réunion connaît encore de gros retards sur le plan scolaire, y compris dans le second degré, après les 16 stagiaires certifiés 2009-2010, professeurs de lycées et collèges, ce sont 30 lauréats du CAPES et de l’agrégation de l’Académie de La réunion qui sont priés de faire leurs valises pour aller boucher les trous béants créés en métropole par les milliers de suppressions de postes.
En juin dernier, ils sont 16 stagiaires à ne pas y avoir obtenu d’affectation et, pour 2 d’entre eux, alors que leur conjoint travaille ici. Si dans certaines disciplines les affectations à La Réunion sont très difficiles depuis plusieurs années, ce que n’ignorent pas les candidats à ces concours, ce n’est pas le cas pour la plupart des disciplines où, soit des postes restent vacants, soit le nombre de remplaçants est très insuffisant. En documentation, en anglais, en espagnol, par exemple.
La situation est encore pire pour les lauréats aux concours de 2010 : 30 d’entre eux, sur les 90 reçus, sont affectés en métropole pour la rentrée 2010.
Il est clair que ces jeunes font les frais de la politique de suppression massive de postes de ces dernières années. Alors que des besoins existent à La Réunion, ils sont attendus dans des académies métropolitaines où la création de leur poste de stagiaire à plein temps, liée à la suppression de leur formation, a permis de continuer à supprimer les postes des partants à la retraite.
Cette situation inacceptable est la même pour tous les nouveaux stagiaires de métropole, mais les jeunes de La Réunion vont, en plus des difficultés d’adaptation, être confrontés à de gros problèmes financiers : payer un billet d’avion pour la métropole et les frais d’installation dans une académie métropolitaine n’est en effet pas à la portée de toutes les familles. Cette situation est d’autant plus absurde qu’à l’issue de leur année de stage en métropole, la plupart de ces stagiaires devraient, grâce à leur priorité de 1.000 points de bonification d’originaires de l’île ou à leur rapprochement de conjoints, revenir enseigner à La Réunion.
Le SNES rappelle son exigence de voir les jeunes de La Réunion affectés dans l’académie, dans le respect des barèmes et dans toutes les disciplines où les besoins existent, c’est-à-dire dans la très grande majorité des disciplines ! Ces jeunes qui font l’effort de préparer des concours et qui les réussissent, ne doivent pas faire les frais de la politique purement comptable du ministère et du gouvernement.


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