Luttes sociales

Pour baisser les prix à La Réunion : un changement de structure et de comportement

Premières conclusions de l’avis de l’Autorité de la concurrence

Manuel Marchal / 10 septembre 2009

Dans un avis daté du 8 septembre, l’Autorité de la concurrence montre une des conséquences des limites du système actuel. Alors que 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté, elle doit payer 55% plus cher. Or, les revenus de ces familles sont calculés à partir d’une réalité différente, car en France, les prix sont moins élevés. L’Autorité de la concurrence constate que ces 55% s’expliquent d’abord par la structure de la distribution et par le comportement de ses acteurs.

55% plus cher : mardi, l’Autorité de la concurrence a rendu un second avis sur la structure des prix à La Réunion.
On a vu que pour l’importation et la distribution des carburants, l’Autorité de la concurrence constatait des rentes de situation qui sont financées par des prélèvements exorbitants faits depuis des années sur le pouvoir d’achat des Réunionnais. Pour l’importation et la distribution des produits de grande consommation, l’Autorité fait état de différences de prix qui ne s’expliquent pas seulement par l’éloignement de la zone de fabrication et par le niveau des taxes (plus faible qu’en France). « L’explication de la majeure partie des écarts de prix observés » réside, selon l’Autorité de la concurrence, dans « d’autres éléments structurels ou comportementaux ».

Situation reconnue par l’État

Cette différence, elle est sur plus de la moitié des produits de 55%. 55%, c’est à deux unités près de la majoration de salaire perçue par les agents de l’État pour compenser la perte de pouvoir d’achat due à la vie chère. En effet, si l’État verse à ses salariés une prime correspondant à 53% du traitement, c’est qu’il reconnaît lui-même que la vie est très chère à La Réunion. Les conclusions de l’avis de l’Autorité de la concurrence viennent donc confirmer l’existence de ce différentiel sur plus de la moitié des produits sélectionnés.
Il vient aussi rappeler que pour tous les autres Réunionnais qui vivent avec un revenu fixé par l’État (RMI, APA, SMIC, minimum vieillesse), le pouvoir d’achat est nettement inférieur de celui auquel donne droit théoriquement le revenu qu’ils perçoivent.
Autre point, il est à noter que les relevés faits pour l’Autorité de la concurrence ont eu lieu le 11 et le 17 mars. C’est-à-dire qu’ils ont eu lieu avant que les avancées obtenues par la lutte de la population et du COSPAR produisent leurs effets. On rappelle qu’avait été obtenue une baisse allant jusqu’à 20% sur 256 produits de grande consommation. Concernant les revenus, les salariés ont obtenu une augmentation d’au moins 50 euros, auquel s’ajoute le RSTA, 100 euros par mois maxi pour les personnes gagnant moins de 1,4 SMIC.

Tout est à revoir

Mais on voit que les baisses obtenues et les gains salariaux ne permettent pas de compenser la différence de prix entre la France et La Réunion. De plus, pour tous les travailleurs qui sont privés d’emploi, pour les retraités et les étudiants, pas de RSTA ou d’extension d’accord salarial. Ils ont le même revenu que les Français qui sont dans la même situation, mais ils doivent faire face à un coût de la vie 55% plus élevé si l’on prend comme repère les données de l’Autorité de la concurrence.
En conclusion, l’Autorité de la concurrence démontre que l’octroi de mer ne contribue pas à un coût de la vie plus élevé. La responsabilité provient surtout des marges prélevées par les intermédiaires entre le producteur et le consommateur. Elles sont le résultat d’une structure et d’un comportement sur lesquels l’Autorité de la concurrence lève le voile. C’est donc dans le changement de la structure et des comportements des acteurs de la distribution que se trouvent les leviers qui permettront aux Réunionnais d’avoir des prix beaucoup moins chers.
Cela signifie également qu’il n’est plus possible d’apporter des correctifs à la marge. Baisser durablement les prix passe donc par de profonds changements dans les structures de la distribution, mais aussi dans les mentalités. Tout est à revoir.

Manuel Marchal


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