Luttes sociales

Pourquoi le gouvernement a-t-il laissé pourrir la situation ?

Grèves dans les centrales thermiques de Séchilienne, préavis à EDF…

Témoignages.re / 5 janvier 2011

Les problèmes d’inégalité de traitement des travailleurs dans le secteur de la production électrique à La Réunion et aux Antilles auraient pu être réglés depuis avril 2010 par l’application — demandée par les salariés de ce secteur — du principe d’égalité, prévue dans les textes officiels, et par une concertation entre l’État et les parties concernées.

Le conflit qui touche actuellement les deux centrales thermiques au Gol et à Bois-Rouge n’est pas le résultat d’un fait récent. Les premières réunions impliquant l’État, l’employeur et les salariés se sont tenues en avril dernier.

Le problème est donc posé depuis longtemps, et les conséquences connues. Alors, pourquoi prendre le risque de laisser la situation pourrir ?

Il s’avère que c’est au niveau de l’État que sont fixées les rémunérations des travailleurs d’EDF, et de ceux des centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge. Et selon un décret daté de 1946, le salaire doit contenir toutes les primes auxquelles ont droit les fonctionnaires d’État dans la collectivité d’Outre-mer dans laquelle servent les travailleurs de l’énergie. Ce règlement n’est pas appliqué à La Réunion. Si l’État décide de donner satisfaction aux grévistes, il a le moyen de le faire et l’employeur ne pourra que s’adapter. Telle était la situation au mois d’avril, et depuis elle n’a pas bougé.

Diviser la population

Résultat : le conflit se durcit, avec l’annonce d’une grève illimitée par les salariés de la Séchilienne Sidec que le pouvoir ne veut toujours pas entendre. La revendication portée par les travailleurs et la réaction de l’opinion amènent à s’interroger. Car ce qui est demandé, c’est tout simplement l’alignement de la prime de vie chère sur celle perçue dans la fonction publique d’État. Or, depuis plusieurs années, le gouvernement ne cesse de rogner sur les suppléments de revenus auxquels ont droit les fonctionnaires outre-mer : prime d’éloignement, retraite et récemment l’annonce étonnante d’un secrétaire d’État à la Fonction publique affirmant qu’aucun projet de remise en cause de la surrémunération est dans les tuyaux. D’où vient donc cet inquiétant besoin de rassurer les fonctionnaires ?

Jusqu’à présent, le pourrissement du conflit donne des arguments à ceux qui veulent monter la population contre les avantages perçus par les fonctionnaires. Est-ce à dire que le gouvernement utilise ce conflit pour tester les réactions face à l’éventualité d’une remise en cause de la surrémunération ?

Car les travailleurs posent une problématique claire au gouvernement : le montant des revenus à La Réunion.

Manipulation contre les travailleurs

Les travailleurs de la Séchilienne Sidec estiment qu’ils ont un manque à gagner conséquent, et interrogent, donc, le décret dont ils dépendent.

Rappelons qu’à La Réunion, le gouvernement a une responsabilité écrasante dans la politique des revenus : il fixe les minima sociaux, le SMIC, le salaire de ces fonctionnaires, et le salaire du personnel de l’énergie par le décret n°46-1541, du 22 juin 1946. Aujourd’hui, les travailleurs demandent l’application de ce décret, qui stipule que « les agents en service dans les territoires d’Outre-mer bénéficieront de l’intégralité des indemnités coloniales applicables aux fonctionnaires de l’État dans les mêmes territoires ».

Cette application relève purement et simplement d’une décision du gouvernement. Alors pourquoi un problème si simple, appuyé par une législation, n’a pas été traité en huit mois ?

Si la préoccupation du gouvernement avait été la résolution de ce conflit, tout cela aurait été réglé depuis longtemps. Cela veut dire que son objectif est ailleurs, et qu’il ne concerne pas seulement les travailleurs de l’énergie. Prendra-t-il la décision d’appauvrir lourdement La Réunion ?


Solidarité avec les salariés des centrales thermiques du Gol et de Bois Rouge

Dans un communiqué, la CGTR UNION REGIONALE EST explique les raisons de sa solidarité avec les salariés de la Séchilienne Sidec dans leurs revendications salariales.

« Suite au dépôt du préavis de grève de décembre dernier et en l’absence de négociation sérieuse avec leur direction, les salariés des centrales thermiques du Gol et de Bois Rouge ont décidé d’entrer dans l’action pour obtenir leur dû, à savoir la prime de vie chère de 53% stipulée dans l’article 14, paragraphe 6 du statut d’EDF auquel ces salaries sont rattachés.

Les salariés du Col et de Bois Rouge ont le droit de leur côté, mais la situation présente de constantes augmentations des prix ne peut que les conforter dans leur revendication d’augmentation salariale. Tous les travailleurs de la Réunion, des DOM et de métropole sont eux aussi victimes de la politique de blocage des salaires, d’augmentation des prix, de remise en cause de la couverture sociale. Tous les travailleurs ne peuvent être que d’accord avec leur combat.

Face à leurs détracteurs qui ne cessent de les présenter comme des privilégiés, la CGTR UNION REGIONALE EST tient à leur dire toute sa solidarité. Pour nous, comme pour eux, les seuls privilégiés sont ceux qui exploitent le travail d’autrui, et en ce qui concerne les salariés de ces deux centrales, il s’agit des actionnaires de la Séchilienne Sidec, qui a fait 31 millions d’euros de bénéfices en 2009, bénéfices scandaleux réalisés « en ces temps de crise » »

Jean-Yves Payet, secrétaire général de l’URE C.G.T.R.


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