Luttes sociales

Près de 73.000 jeunes cherchent un emploi

Arrêter de gaspiller la jeunesse réunionnais de plus en plus diplômée

Témoignages.re / 17 août 2010

À La Réunion, 59.000 jeunes de 19 à 34 ans sans emploi expriment le souhait de travailler. Parmi eux, 42.000 sont au chômage au sens du BIT et 17.000 sont inactifs. En outre, 14.000 ont un emploi mais souhaitent en changer. Au total, ils sont 73.000 entre 19 et 34 ans à vouloir un emploi ou changer d’emploi. Voici un extrait du Hors série n°8 de “l’Economie de La Réunion” intitulé “L’insertion professionnelle des jeunes” publié par l’INSEE. Les intertitres sont de “Témoignages”.

Ces 42.000 jeunes chômeurs multiplient les types de démarches pour trouver un emploi. Ils étudient les annonces d’offres d’emploi dans les journaux. Mais, s’ils sont nombreux à les consulter, seulement un sur cinq répond à une annonce ou en dépose une. Les plus diplômés ont plus facilement recours à cette technique.
Ils s’inscrivent pratiquement tous dans une agence de placement (Pôle emploi) comme demandeur d’emploi. En outre, 20% d’entre eux ont également recours à une agence d’intérim afin de trouver un emploi temporaire. Ce recours à l’intérim est caractéristique des jeunes, les plus âgés y faisant très rarement appel.
Pour trouver un emploi, deux tiers des jeunes s’adressent à des relations personnelles ou professionnelles. La moitié démarche directement un employeur potentiel.
Ils sont également nombreux (40%) à suivre une formation professionnelle. Quatre formations sur dix sont des formations de retour à l’emploi. Dans 30% des cas, la formation a permis l’obtention d’un diplôme.
Un tiers des jeunes chômeurs de moins de 35 ans est prêt à quitter l’île pour trouver un travail. C’est deux fois plus que les chômeurs plus âgés. Les jeunes hommes sont davantage enclins à quitter l’île que les jeunes femmes. On constate aussi un désir de mobilité plus fort des diplômés par rapport aux moins diplômés.

Le découragement

Sont considérés comme inactifs ceux qui ne travaillent pas et qui ne sont pas disponibles dans les 15 jours pour commencer à travailler ou qui ne recherchent pas activement un emploi. Parmi les inactifs de 15 à 34 ans, ils sont 17.000 à souhaiter travailler dont 1.000 sont encore en étude. À la différence de la France entière où ces inactifs souhaitant travailler sont peu disponibles, la moitié ici sont disponibles. Un tiers d’entre eux souhaitent travailler et sont disponibles mais ne recherchent pas d’emploi car ils sont découragés. Ils estiment que ce n’est pas le moment, ou que leur âge est un frein pour trouver un emploi, ou enfin qu’il n’y a pas d’emploi disponible dans leur domaine de compétence.
Parmi ceux qui souhaitent travailler, 19% font des démarches pour trouver un emploi mais ne sont disponibles. Ce sont les inactifs qui sont les plus proches d’un retour à l’emploi. Ils diversifient moins leurs démarches que les chômeurs, privilégiant le contact avec le Pôle emploi et l’étude d’annonces d’offres d’emploi.

Des jeunes travailleurs recherchent un autre emploi

Les 14.000 jeunes disposant d’un emploi sont plus enclins à vouloir trouver un autre emploi que leur aînés : ils sont 18% à souhaiter en changer. Ceux qui sont en CDD, contrat à durée limitée, cherchent ailleurs un contrat plus long. Le CDI reste la norme sur le marché du travail. Dans le cas d’un emploi à durée limitée, le risque de perdre son emploi actuel ou que celui ci ne soit pas renouvelé à terme motive les jeunes à chercher un autre emploi. Cependant même les salariés embauchés en CDI souhaitent plus souvent changer d’emploi quand ils sont jeunes.
Le temps partiel pousse aussi à chercher un autre emploi, afin de travailler plus et d’avoir une meilleure rémunération. Quatre jeunes sur dix à temps partiel souhaitent changer d’emploi. Plus fréquemment embauchées à temps partiel, les femmes veulent davantage changer d’emploi pour cette raison.
Parmi les jeunes travailleurs qui souhaitent changer d’emploi, seulement 57% ont effectué des démarches durant les quatre dernières semaines, et 43% sont inscrit à Pôle emploi. Ce décalage entre le souhait d’un changement et les démarches effectuées peut s’expliquer par un manque de temps pour réaliser ces démarches du fait de l’activité en cours, ou encore par le fait qu’il n’y ait pas d’urgence à ce changement. C’est un désir, mais la situation de ces actifs n’est pas préoccupante. Un sur deux est disponible pour un nouvel emploi dans les 15 jours.

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L’INSEE confirme un taux de chômage exceptionnellement élevé chez les moins de 34 ans. Pour les moins de 25 ans, ce taux de chômage atteint 51%.
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En 2006, c’est dans l’enseignement que les jeunes trouvaient le plus de débouchés. Mais comme l’indique la diminution du nombre des places à l’IUFM, tout est loin d’être fait pour que ce soit de jeunes Réunionnais qui occupent ces postes.

« Une certaine frustration » à cause d’emplois sous-payés

Quand les jeunes Réunionnais arrivent à trouver un travail, ils sont souvent surqualifiés et donc ne peuvent pas mettre au service du pays toutes les importantes compétences qu’ils ont acquis au cours de leur formation. Pareille situation est la source « d’une certaine frustration » écrit l’INSEE.

« Quel que soit le contrat signé, près de 90% des jeunes salariés réunionnais sont ouvriers ou employés pour leur premier emploi. Plus de six jeunes hommes sur dix se retrouvent ainsi ouvriers et près de sept jeunes femmes sur dix employées.
Ce premier emploi est moins coté que celui auquel ils pourront espérer prétendre par la suite. Chez l’ensemble des jeunes salariés, les ouvriers et les employés restent toujours majoritaires mais dans des proportions nettement moins fortes. Surtout, les professions dites intermédiaires et celles de cadres s’y font moins rares : elles regroupent même le tiers d’entre eux.
Pour l’instant, les jeunes recrues exercent leur nouvelle fonction d’abord en tant qu’agents d’entretien ou de gardiennage. Elles trouvent aussi leur place dans la production ou sur les chantiers. Enfin, la vente et le secrétariat permettent également à de nombreux jeunes de faire leur entrée dans le monde du travail.
La grande majorité de ces recrues estiment avoir des compétences suffisantes pour mener à bien ces travaux. Cependant, ces recrues expriment aussi une certaine frustration. Une autre majorité d’entre elles affirme en effet que certaines de leurs compétences ne sont pas utilisées. Ce dernier point est d’autant plus vrai quand les jeunes disposent d’un bagage scolaire conséquent ».


La fuite des cerveaux réunionnais

Si chaque année des milliers de jeunes diplômés réunionnais quittent le pays pour aller se former ou chercher un travail, la plupart des 26-34 ans qui arrivent dans l’autre sens n’ont pas de famille à La Réunion, sont « très diplômés » et « ont d’ailleurs très souvent un contrat en poche avant même leur arrivée ».

« De 18 à 25 ans, les jeunes sont particulièrement exposés au départ. Le début des études supérieures apparaît comme le déclencheur de cet exode. Les jeunes actifs en recherche d’emploi sont aussi tentés par l’expérience métropolitaine. Ils sont aidés par les organismes d’aide publique à la mobilité : CNARM et ANT (aujourd’hui LADOM) qui ont pour mission de les accompagner et de favoriser leur accès à la formation professionnelle et à l’emploi. Les bénéficiaires d’une aide publique à la mobilité ont été au nombre de 4.000 par an entre 2005 et 2007. Environ quatre bénéficiaires sur dix reviennent suite à des difficultés ou pour retrouver leur famille ou saisir une opportunité d’emploi sur l’île.
En 2006, plus de 12.000 personnes de 18 à 25 ans résidant en métropole vivaient à La Réunion cinq ans auparavant. Parmi elles, se trouvent autant de garçons que de filles.
Depuis 2001, La Réunion a accueilli plus de 9.000 personnes de 26 à 34 ans. Venus de la métropole pour la plupart, ces nouveaux arrivants sont très diplômés. Plus de la moitié a fait des études supérieures et les trois quarts sont bacheliers.
Près de 6.300 sont en emploi. Ils ont d’ailleurs très souvent un contrat en poche avant même leur arrivée. Le métier d’enseignant correspond à un emploi sur dix. Les professions médicales sont aussi bien représentées avec respectivement 6% d’infirmières et 5% de médecins.


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