Luttes sociales

Prix des carburants : la transparence et la justice restent à faire

Un système d’extorsion refusé par la population

Geoffroy Géraud-Legros / 7 janvier 2010

Gaz domestique, super, gazoil : les produits pétroliers atteignent un coût vertigineux dans l’Outremer français... et particulièrement à La Réunion, où les prix à la pompe de certains carburants sont les plus chers au monde. Cette injustice qui s’ajoute au coût excessif des produits de première nécessité a été le déclencheur principal des mouvements sociaux qui ont eu lieu en Guyane, aux Antilles et à La Réunion au début de l’année dernière. Les décisions prises par l’Exécutif le 6 novembre dernier laissent espérer des améliorations dans ce domaine. Pourtant, deux mois après leur annonce par le Président de la république, les Réunionnais attendent toujours les changements annoncés.

Derrière ce scandale des prix se trouve tout un système directement hérité des monopoles coloniaux. Les pétroliers, qui engrangent des profits considérables aux dépens des usagers réunionnais... n’ont rien à gagner à l’établissement de la transparence, qui révèlerait l’ampleur des profits injustifiés aux consommateurs.
Les bénéficiaires de ce système ont ainsi tout tenté pour défendre leurs privilèges : l’un de leurs moyens de prédilection a été, on s’en souvient, l’utilisation de certains « gros » transporteurs routiers pour briser les mouvements sociaux. Au mois d’octobre 2008, des rassemblements de citoyens interpellaient le représentant de l’État sur le niveau anormal des prix à la pompe, qui ne répercutaient pas la baisse du prix du baril. Après une campagne de mobilisation de l’opinion face à l’inaction du préfet, des collectifs appelèrent à des mouvements contre les prix abusifs des carburants pour le mois de novembre. Deux jours avant les manifestations dûment annoncées, ils trouvèrent sur leur chemin les barrages des camionneurs emmenés par Joël Mongin. Au lieu de la baisse du prix des carburants pour tous demandée par la population, les camionneurs exigeaient une baisse pour leur seule corporation.

Hautes protections

Très vite, il devint clair que ce blocage était destiné à enrayer le rassemblement des citoyens... pour le plus grand bénéfice des profiteurs du pétrole. Ce coup de force contre un mouvement social put bénéficier de la bienveillante abstention du Préfet : sourd aux revendications d’une population écrasée par les profits des pétroliers, celui-ci se déclara incapable de mettre fin au chantage exercé par les camionneurs.
En revanche, il ne manqua pas de conseiller à ces derniers de s’adresser à la Région, alors que celle-ci n’avait pas perçu d’excédent sur la taxe des carburants. But de cette stratégie : tenter de détourner l’attention de l’opinion des immenses profits réalisés par les compagnies pétrolières au cours de l’année 2007-2008. Craignant d’être mises à contribution, ces dernières trouvaient à la Préfecture un allié de choix.

Des expertises sans appel

Face à l’ampleur des mouvements sociaux du début de l’année 2009, les autorités procédèrent à un gel des prix du carburant. Surtout, dans le cadre des États généraux, des enquêtes étaient lancées, en vue d’éclaircir les mécanismes de transformation des prix. Des premiers éléments prouvant l’ampleur du système d’extorsion pétrolière étaient apparus en décembre 2008, lorsqu’un rapport émanant de l’Autorité de la Concurrence avait sanctionné l’entente illicite conclue par quatre compagnies en vue de faire payer le maximum aux compagnies aériennes. Les rapports du Sénat et de l’Assemblée nationale soulevèrent à leur tour l’opacité du processus de formation des prix, particulièrement dans la phase d’achat à Singapour. Parallèlement, en marge d’un rapport de l’Autorité de la Concurrence paru le 29 juin 2009, une source précisait à l’AFP le rôle du représentant de l’État, pointant une situation où « les compagnies pétrolières proposent un prix au Préfet, qui s’exécute ».
À l’issue des Etats généraux, les conclusions du Conseil interministériel de l’Outremer énonçaient de manière concise et claire la nécessité de « réformer l’administration des prix des carburants et les conditions d’approvisionnement de La Réunion ».

Où sont les changements ?

Cet appel a transformé l’ensemble du système existant, n’a été ni anticipé ni suivi par le représentant de l’État, responsable de la fixation des prix à La Réunion : ainsi, en septembre 2009, ce dernier annonçait la fin du gel des prix... au moment même où l’INSEE annonçait une remontée du pouvoir d’achat due aux conquêtes du COSPAR.
Le 15 décembre dernier, la Préfecture informait d’une nouvelle hausse.
En prenant ces mesures, le Préfet a fait le choix de ne tenir aucun compte des multiples rapports qui soulevaient le problème de l’opacité de la formation des prix et les distorsions de concurrence qui en découlent. La dernière augmentation des prix du gaz domestique et des carburants a été prise sans égard aux mesures annoncées par le CIOM, qui annonce la formation d’un observatoire des Prix aux prérogatives étendues… et dont la présidence sera retirée au Préfet pour être confiée à une personnalité indépendante. Etait-il si urgent d’augmenter les prix des hydrocarbures ? En choisissant de procéder selon « l’ancienne » manière, le représentant de l’État ne montre guère de bonne volonté à appliquer les réformes décidées au plus haut niveau. Nul doute que la visite du Président de la République apportera une certaine lumière sur ces contradictions... et les précisions tant attendues quant à l’application effective des mesures annoncées par l’Exécutif.

Geoffroy Géraud-Legros


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