Luttes sociales

Quand la nourriture finit à la poubelle

Grandes surfaces, commerces alimentaires : gaspillage alimentaire

Témoignages.re / 13 janvier 2012

Fruits, yaourts, viandes, fromages, œufs, pains, légumes, pâtisseries… Ces aliments, parmi tant d’autres, se retrouvent bien trop souvent au fond des poubelles sans même avoir été consommés. Le gaspillage alimentaire est en effet devenu chose courante dans les sociétés de consommation. Selon des chiffres de l’ADEME (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), parus en 2009, les Français jettent environ 20 kg de déchets alimentaires chaque année, dont 7 kg de produits non consommés encore emballés. Mais les particuliers ne sont pas les seuls à jeter de la nourriture pas encore consommée. Dans les grandes surfaces et les commerces alimentaires, selon la réglementation, il y a obligation de jeter tous les produits invendus qui ont dépassé la date limite de consommation. Dans les boulangeries-pâtisseries, les produits, parfaitement consommables, sont jetés tous les jours à la fermeture des magasins.

Au niveau mondial, c’est un quart de la nourriture produite qui est jeté sans avoir été consommé. Un chiffre stupéfiant quand l’on sait que nombre de personnes souffrent de malnutrition partout dans le monde. En France, on jette environ 20 kg de nourriture par an et par personne, dont 7 kg d’aliments non entamés et 13 kg de restes de repas, de fruits et légumes abîmés non consommés.

Un gaspillage alimentaire qui concerne les particuliers, mais aussi les grandes surfaces. Arnaud Talérien est responsable de produits de grande consommation dans un supermarché de Saint-Pierre. Il s’occupe quotidiennement du rayon épicerie et conserves, et avoue jeter environ 20 cartons de produits divers par mois. Des cartons qui contiennent des paquets de chips, du café, des biscuits… alors même qu’ils sont toujours contenus dans leur emballage.

« Quand les produits arrivent à leur date limite de consommation et qu’ils n’ont pas été achetés, nous n’avons pas le choix. La consigne est la même pour tout le monde : il faut jeter. C’est vrai que c’est dommage parce que c’est de la nourriture, mais on n’y peut rien », confie-t-il. Concernant les produits frais, il indique que « quand la date de péremption approche, on brade parfois les prix pour éviter le gaspillage ». « Mais malheureusement, il reste des produits qui ne se vendent pas », regrette-t-il.

Pour autant, Arnaud Talérien souligne qu’il n’est pas possible de donner ces invendus à des associations. « Etre généreux, c’est bien, mais on ne peut pas se permettre de donner de la nourriture qui est considérée comme périmée. On ne peut pas prendre ce risque. S’il arrive quoi que ce soit aux gens, s’ils tombent malade, nous serons tenus pour responsables », explique-t-il. « Même le personnel n’a pas le droit de prendre les invendus, que ce soit de la nourriture ou n’importe quel autre produit », précise-t-il.

Une bonne partie des produits alimentaires jetés par les grandes surfaces est cependant toujours consommable après la limite de la date de consommation. Mais les supermarchés sont obligés de jeter tous les produits non vendus dits « périmés » compte tenu de la réglementation en vigueur. Ils ne sont effectivement pas autorisés à donner ces denrées à des associations, ou a des gens qui en ont besoin. En règle générale, les magasins déversent alors des produits chimiques sur les aliments non vendus afin de les détruire.

Si dans les magasins de grande distribution, le gaspillage est fréquent en raison d’une surproduction, dans les boulangeries, la donne est légèrement différente. « On produit au jour le jour, on parvient donc à mieux gérer nos pertes », signale la responsable d’une boulangerie-pâtisserie à Saint-Denis. Elle assure enregistrer peu de pertes au quotidien : « Sur les pâtisseries, nous n’avons pas de pertes, elles s’écoulent rapidement. Parmi les produits invendus, on va surtout retrouver du pain et parfois des viennoiseries ».

Dans ce cas, les restes ne peuvent pas être donnés aux associations, pour la même raison que dans les grandes surfaces. Mais la responsable de cette boulangerie explique qu’en fin de journée, elle partage le pain qui n’a pas été vendu avec ses employés et parfois quelques clients. « Comme tout un chacun, je n’aime pas jeter. Quand je vois la famine et la malnutrition qui existent dans le monde, ça m’attriste. J’essaye alors de gérer au mieux mon stock pour éviter le gaspillage, quitte à relancer des fournées l’après-midi parce que celles du matin se sont vendues trop rapidement », raconte-t-elle.

Difficile en effet de se dire que de nombreux produits alimentaires finissent au fin fond de la poubelle sans avoir été consommés, alors que la moitié des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté...

Samia Omarjee pour www.ipreunion.com


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