Luttes sociales

« Que notre situation soit clarifiée »

AAPEJ : Plus de 170 travailleurs menacés

Témoignages.re / 21 septembre 2011

Une centaine de salariés de l’AAPEJ (Association d’aide et de protection de l’enfance et de la jeunesse) a manifesté devant la Préfecture hier. Inquiets, les manifestants se mobilisent pour alerter les pouvoirs publics sur l’avenir de leurs emplois. En effet, le Centre éducatif fermé de Sainte-Anne (CEF) n’accueillant plus suffisamment de jeunes délinquants pour fonctionner et la trésorerie étant à sec, l’association est menacée de dépôt de bilan. Les salariés demandent à ce que leur situation soit « clarifiée ». Une délégation a été reçue en Préfecture. Une motion devrait être déposée.

Depuis un scandale fin 2009 qui avait valu le licenciement puis la réintégration de trois salariés accusés de mauvais traitements sur mineurs, le Centre éducatif fermé de Sainte-Anne accueille aujourd’hui seulement deux places sur douze. Une situation de déficit de placement qui perdure et pénalise, de ce fait, la trésorerie de l’AAPEJ. Elle pourrait également menacer l’ensemble des activités de la structure, qui emploie plus de 170 salariés. En effet, association de droit privé, et financée par le Conseil général et la DPJJ, l’AAPEJ fait jouer la solidarité associative, et sollicite, par conséquent, ses autres services qui fonctionnent normalement.

Que deviennent les jeunes ?

Inquiets, une centaine de salariés s’est mobilisée hier matin devant la Préfecture. « Nous demandons à ce que le préfet intervienne dans notre dossier et clarifie notre situation », explique Jean-Yves Hoarau, secrétaire général départemental de la CFTC. Selon le syndicaliste, c’est au niveau de la DPJJ que « les problèmes financiers se posent », estimant que « cette dernière joue au jeu du chat et de la souris ». « Que l’on nous dise quelle est l’orientation en matière de politique d’accompagnement. Est-ce qu’une fermeture du CEF et du CER (Centre éducatif renforcé) de La Plaine des Cafres est prévue ? », insiste Jean-Yves Hoarau.
Pour Michel Folio, éducateur spécialisé au CEF de Sainte-Anne, « l’avenir est avant tout incertain ». « Nous avons l’impression de créer un conflit et d’être pris en otages », affirme-t-il.

« Notre question, aujourd’hui, est de savoir quelle est la réelle position de la DDPJ. Doit-on continuer ou non à placer ces jeunes en CEF ou en CER ? Et pourquoi y a-t-il autant de difficultés à le faire ? », s’interroge, pour sa part, Michel Tamaya, délégué syndical de la CFDT. Il estime que « le manque de placements engendre par jour une perte de 10.000 euros à l’association » et note que « le CEF de Sainte-Anne doit être rempli à 80% pour fonctionner ». « Le besoin est là. D’une part, il n’y a pas de sous, car il n’y a pas de placement. Et de l’autre, où sont ces jeunes ? Il suffit juste d’écouter les radios et de voir les faits-divers ? », rétorque Christian Abemonty, éducateur spécialisé au CER et délégué du personnel.

Impasse financière

Actuellement, le déficit de l’AAPEJ est estimé à deux millions d’euros alors que son budget annuel s’élève à neuf millions d’euros. Michel Tamaya indique que « l’association est dans l’impossibilité de payer les fournisseurs pour les repas, le matériel et les activités de loisirs ». Cela se ressent sur « l’agressivité des jeunes », explique-t-il, avant d’ajouter que « les salariés font également preuve de beaucoup d’efforts puisqu’ils ne perçoivent plus leurs indemnités de déplacement, et leurs heures supplémentaires ne sont plus payées ».
En fin de matinée, une délégation des représentants des organisations syndicales a été reçue à la Préfecture.
Pour sa part, la Préfecture indique dans un communiqué avoir eu « confirmation auprès de la Protection judiciaire de la jeunesse que l’ensemble des factures émises par l’AAPEJ depuis le début de l’année avaient été payées par l’État. Une somme de 800.000 euros a ainsi été versée très récemment ». Le préfet affirme la volonté de l’État « de trouver rapidement une solution pérenne ». « Le directeur interrégional de la Direction de la Protection judiciaire de la jeunesse se rendra mi-octobre à La Réunion pour mener une large concertation avec l’ensemble des partenaires concernés, en particulier la Direction de l’association AAPEJ, le Conseil général et l’intersyndicale », conclut le communiqué.

Avec Imaz Press Réunion


Kanalreunion.com