Luttes sociales

Quel avenir pour ces travailleurs ?

Jean-Bernard Imouza-ichiza, encadrant “emplois verts” sur les berges de la rivière du Mât

Jean Fabrice Nativel / 3 août 2010

Youpi, les remparts et les pitons de La Réunion sont Patrimoine mondial de l’humanité (UNESCO). Certes, la nouvelle est bonne. Cependant, quand on sait que dès septembre de cette année, 7 employés d’Agir Pou Nout Tout risquent de se retrouver sans emploi, on a envie de moins rire. Hier, “Témoignages” a rencontré Jean-Bernard Imouza-ichiza, leur encadrant au Parc des berges de la rivière du Mât, en contre bas du pont du même nom à Bras-Panon, et discuté de leur action d’embellissement de ce site.

L’équipe est en plein chantier. Parlez-nous de ce qu’elle réalise.

— Aujourd’hui, 6 employés en Contrat emploi consolidé (CEC) et moi-même sont voués à l’entretien de ce site : une équipe de 3 le matin et autant l’après-midi. Alors qu’auparavant, on était 10. Pourtant, il y a à faire. Tous les jours et surtout les lendemains de week-end et de jours fériés, ils sillonnent les moindres recoins à nettoyer, les points d’eau, récolter les détritus, mis dans des sacs-poubelles ramassés par les services de la Mairie ou de la CIREST.
Cette étape terminée, les branches comme les feuilles sont à retirer des aires de jeux, allées, ponceaux, etc. Quand cela est nécessaire, ils élaguent à certains endroits. Un point est fait avec chaque équipe régulièrement. En fin d’après-midi, ce coin foulé par les pompiers de Saint-André, randonneurs, sportifs… tout le long de la journée est à nouveau prêt à accueillir les parents et marmailles venus se détendre.

7 à l’entretien

Qu’apporte votre concours à la valorisation de ce coin ?

— L’action menée régulièrement met avant cet espace et offre aux visiteurs ses facettes à découvrir. Ils trouvent non seulement des arbres (le bananier, bambou chinois, “jamblon”, “iyé bouchon”, letchi, longani, manguier, palmiste “kalou”, papayer, poivrier, songe, ylang-ylang, arbre du voyageur, etc) mais aussi les oiseaux (le zoizo blan ou zoizo la Vierge, les moineaux, martins, pigeons, etc). Des fois, on aperçoit le paille en queue, le papangue, et surtout, les papillons vont d’un point à l’autre. Autant cette surface est valorisée, autant les employés le sont aussi par leur action. Ainsi, toute personne venue visiter ce parc l’entreprend dans un cadre agréable et en toute sécurité.

7 emplois menacés

Mais pour combien de temps encore ?

— Aujourd’hui, je suis inquiet quant à l’avenir des “emplois verts” de ce site et de notre action. Ce mois-ci, sur les 6, deux d’entre eux voient leur contrat terminé. Le prochain, ce projet arrive à échéance. On ne sait pas dans l’immédiat s’il sera reconduit ou pas. On a bientôt rendez-vous avec le Conseil régional, et au sortir, on sera fixé.

Cela fait un peu plus de 10 ans que Jean-Bernard Imouza-ichiza s’investit à protéger la nature. Il se souvient de ses débuts avec le Mouvement des chômeurs Panonais (MPC) devenu Agir Pou Nout Tout. Parmi les actions menées, une en particulier a retenu toute son attention : “Le ti kaz an paille 20 Décembre”.

Construite à l’entrée Nord de la Ville de Bras-Panon, l’habitation était réalisée avec « la paille d’canne ». À l’intérieur, décrit-il, « on avait disposé un lit en “goni”, la lampe pétrole, le fer à repasser, le foyer “pou chofé le café”, le moulin à café, les poupées “lontan” »… Une véritable reconstitution du cadre de vie de modestes familles réunionnaises.

Jean-Bernard Imouza-ichiza est allé de CES en CEC pour un CDI. Au quotidien, l’équipe s’investit et elle n’a qu’un souhait, voir la convention pour la protection de ce Parc des rerges de la rivière du Mât renouvelée ainsi que les autres ?
Sinon, ces salariés viendront compléter le tableau des demandeurs d’emploi. Plus de 135.000, affirme-t-on.

Le verdict bientôt !

(Prochainement, rendez-vous à la Cascade le Chien (Bras-Panon) où intervient une autre équipe d’“emplois verts”)

Texte et photos Jean-Fabrice Nativel


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