Luttes sociales

« Quel avenir pour l’emploi à La Réunion ? »

AJFER-Nou Lé Kapab

Céline Tabou / 6 décembre 2012

À l’occasion d’une conférence de presse, mercredi 5 décembre, l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion – Nou Lé Kapab a réagi à l’Enquête Emploi 2012 de l’INSEE qui annonce une baisse du chômage grâce aux contrats aidés et au découragement des Réunionnais à rechercher un emploi.

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« Aucun dirigeant du pays ne peut ignorer la situation dans laquelle on se trouve, et ce depuis des années », a introduit Gilles Leperlier, président de l’AJFER-Nou Lé Kapab. Ce dernier a rappelé la responsabilité des dirigeants politiques dans l’aggravation de la situation économique et sociale à La Réunion.

« Une précarisation du marché de l’emploi »

Malgré un taux de chômage en diminution, il reste très élevé chez les jeunes, d’autant que cette « diminution est fortement engendrée par l’emploi précaire et les inactifs. On ne peut pas s’en satisfaire  ». L’INSEE a annoncé un taux de chômage des jeunes de 15-24 ans de 56,2%, soit 23.100 chômeurs (BIT) à La Réunion. Face à un tel taux de chômage et situation économique et sociale aggravée, le président de l’organisation a expliqué que « l’utilisation massive des contrats aidés s’il peut répondre en partie à l’urgence sociale n’est pas une réponse durable au problème du chômage de masse qui lui perdure toujours ».

Pour l’AJFER-Nou La Kapab, « la situation de l’emploi traduit une précarisation du marché de l’emploi » , d’autant que le nombre d’inactif augmente en raison d’un découragement des Réunionnais qui ne se « désengagent » pas, mais qui « subissent en réalité le désengagement des pouvoirs publics face à leurs capacités à apporter des réponses viables à la première préoccupation des Réunionnais » , a expliqué Gilles Leperlier.

Les membres de l’organisation présents ont posé plusieurs questions : « Que font nos dirigeants ? Prennent-ils sérieusement conscience de cette situation, des conséquences qui en découlent ? Prennent-ils réellement leurs responsabilités ? » . Ces derniers ont rappelé que la situation actuelle était « le résultat de la politique menée jusqu’à présent » et « les erreurs politiciennes » commises. Gilles Leperlier a indiqué que la précarisation de l’emploi avec toujours plus de contrats aidés et d’autre part la suppression des grands chantiers et surtout le manque d’anticipation » ont conduit à une situation explosive tant économiquement que socialement, qui condamne les jeunes d’aujourd’hui et les générations à venir.

Un énième dispositif : les emplois d’avenir

«  Ce dispositif aura des effets sur le court terme, notamment sur les chiffres du chômage des jeunes, on ne peut pas dire que c’est une réponse au problème structurel  », a affirmé le jeune homme. Ce dernier a indiqué que face à la problématique de l’emploi à La Réunion, il fallait « penser différentes solutions » sur le court, moyen et long terme, dans une dynamique et coordination. L’organisation a dénoncé les manœuvres politiciennes de certains parlementaires réunionnais revenus « très fiers d’avoir obtenu un quota », laissant penser qu’ils avaient « accompli leur devoir ».

L’AJFER-Nou Lé Kapab a dénoncé des manœuvres « malhonnêtes et dangereuses face à une population de plus en plus dans le désarroi » . Arguant « 5.000 emplois d’avenir c’est bien, mais il reste 155.000 chômeurs ! » , Gilles Leperlier a pointé du doigt « une offre de précarité » , « une durée de ces contrats » insuffisante et des doutes vis-à-vis des formations possibles avec un tel dispositif.

De plus, dans un contexte économique difficile avec la stagnation de la croissance nationale, la détérioration de l’activité économique globale ; la crise de la dette souveraine dans la zone euro, la volonté du gouvernement d’atteindre l’objectif de 3% du PIB, le financement du dispositif des emplois d’avenir est « coûteux » et « reste flou » . L’État aura besoin de débloquer une enveloppe de 2,3 milliards d’euros pour financer ce dispositif.

Quel avenir pour les autres dispositifs ?

Face au nombre conséquent de dispositifs de ce type depuis trente ans, Gilles Leperlier s’est inquiété des perspectives des contrats d’apprentissage et des emplois d’assistants d’éducation. En effet, le contrat d’apprentissage est un contrat destiné aux jeunes afin qu’ils puissent travailler et se former afin d’obtenir une qualification professionnelle à travers un diplôme ou un titre professionnel. Le dispositif des emplois d’avenir pourrait remettre en cause ce contrat de travail, d’autant qu’un employeur pourra compter sur des aides plus stables et un employé à temps plein que sur un apprenti avec des horaires aménagés et une rémunération évolutive. En ce qui concerne les assistants d’éducation, l’AJFER-Nou Lé Kapab a indiqué que les avantages pour les employeurs étaient un emploi d’avenir « professeur », car moins coûteux et plus ciblés.

Face à ces incertitudes, l’organisation a indiqué qu’il n’y avait pas assez « de garanties sur la création d’activités qui n’est toujours pas égale à la création d’emplois » . Rappelant le dispositif d’emploi-jeune, Gilles Leperlier a indiqué que l’objectif du SNJE était de créer des emplois et répondre aux besoins émergents ou non détectés avec un caractère d’utilité sociale. « Le risque est de voir déployer le dispositif emplois d’avenir sur des postes et activités déjà existants » . Ce dernier a indiqué que « sur les emplois d’avenir, nous demandons des garanties sur le maintien des dispositifs existants, que les formations soient adaptées aux secteurs d’activité avec une réelle insertion par la formation et le développement et la structuration des secteurs créateurs d’emplois. Enfin, nous demandons à ce que tous les emplois d’avenir dans le secteur non marchand soient recrutés par le Pôle Emploi » .

Pour conclure, le président de l’AJFER-Nou Lé Kapab a indiqué que « le chômage de masse est un fléau de longue date. Les territoires ultramarins sont plus touchés et les jeunes en paient le prix fort. Les mesures d’urgence ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ces changements nous le savons ne peuvent se faire en un jour, mais ils doivent être amorcés, une direction doit être donnée. Dresser des perspectives, c’est se projeter dans l’avenir c’est fédérer le peuple autour d’un objectif clair » .

Céline Tabou


« Un dispositif coûteux »

Gilles Leperlier a expliqué que 5.000 emplois à La Réunion représentent donc un coût pour le secteur non marchand de 21.360.000 euros chaque année, soit 64.080.000 euros sur trois ans, période sur laquelle encourt le dispositif. Présentant un tableau récapitulatif, l’AJFER-Nou Lé Kapab a pointé du doigt « dans quelles mesures, les employeurs pourront assurer financièrement le recrutement d’emplois d’avenir ».

Coût (en euros)
Rémunération brute mensuelle 1.425
Montant de l’aide de l’état 1.070
Reste à payer à l’employeur par mois 356
Coût annuel pour l’employeur 4.272

(Source : Ministère du travail)

Les propositions de l’AJFER-Nou Lé Kapab

Gilles Leperlier a rappelé la nécessité de « définir une stratégie économique qui s’inscrit dans l’évolution du monde et pourvoyeuse d’emplois ».

LA FORMATION, le diplôme même s’il ne permet pas toujours d’échapper au chômage, reste une arme conséquente. Adapter les formations en fonction de nos besoins, présents et futurs. Nous ne devons pas hésiter à investir dans les filières d’avenir, pourvoyeuse d’emplois, innovantes. Plus de liens avec les entreprises, à la fois pour une meilleure connaissance des métiers, mais aussi pour une formation mieux adaptée à leurs besoins. Le droit à la formation tout au long de la vie, le maintien des jeunes en formation.

L’ACCOMPAGNEMENT, le refus de l’exclusion doit être un maître-mot. Il n’est pas normal qu’un jeune qui quitte le système scolaire, avec ou sans diplôme, se retrouve seul. Le problème de l’autonomie, des garanties financières, une bonne orientation. La levée des freins à l’emploi que sont les problèmes de logement et de transports. Le rôle de Pôle Emploi, pas un guichet, mais un véritable interlocuteur pour les chômeurs et les employeurs.

LA CRÉATION D’ACTIVITÉS, meilleures infos, simplifications des démarches autour de l’entrepreneuriat, la difficulté qui représente l’absence de sécurité matérielle et financière. La nécessite de proposer des activités innovantes.

LE MARCHÉ DU TRAVAIL, ne pas avoir recours à un emploi précaire lorsqu’il est possible de proposer un emploi pérenne. Limiter la segmentation du marché avec la multitude de contrats, clairement défavorable aux jeunes.

Dans le cadre de la Priorité à l’embauche des Réunionnais , Gilles Leperlier a rappelé les principales propositions de son organisation. Dans le secteur public, il s’agit en priorité d’adapter le nombre de postes ouverts aux concours en fonction des besoins réels de l’île dans tous les domaines. Dans le secteur privé, obliger tous les employeurs à déposer leur offre d’emplois au Pôle Emploi, faire délivrer par le pôle emploi une « attestation d’absence de compétence locale » avant d’embaucher à l’extérieur. « À compétence égale, la priorité doit être donnée aux Réunionnais. L’employeur doit justifier de sa recherche localement avant de chercher à l’extérieur. Libre ensuite au demandeur d’emploi de refuser le poste » . Et enfin, recenser les Réunionnais, partout dans le monde, susceptibles de vouloir rentrer travailler à La Réunion.

L’AJFER-Nou Lé Kapab souhaite également « prioriser les sociétés locales », en faisant délivrer par la Chambre de commerce ou la Chambre des métiers une « attestation d’absence de compétence locale » avant de solliciter une entreprise extérieure et dressant le besoin prévisionnel en emplois qualifiants à La Réunion et dans la zone océan Indien sur plusieurs années afin d’adapter les formations.


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