Luttes sociales

Réforme des retraites : Injustice et inégalités

Projet de réforme présenté par le gouvernement

Témoignages.re / 12 juillet 2010

C’est demain que le projet de loi sur les retraites doit être présenté par Eric Woerth en Conseil des ministres. Ce texte doit être débattu à partir du mois de septembre à l’Assemblée. Si jamais ce projet devient une loi, alors il contribuera à accentuer les inégalités entre Réunionnais et entre les Réunionnais et les citoyens de la République. De plus, cette décision interviendrait au moment où notre pays voit son économie s’écrouler à cause de décisions politiques. Quand il devra décider, Didier Robert choisira-t-il de voter pour une réforme que personne ne veut à La Réunion ?

La réforme des retraites conçue pour la France s’inscrit à La Réunion dans un contexte où les problèmes posés nationalement sont aggravés par les inégalités entre secteur public et secteur privé, le faible niveau d’annuités de cotisations de la majorité des retraités avec un grand nombre de personnes au minimum vieillesse du fait de l’ampleur du chômage, et les inégalités importantes en terme d’espérance de vie.
Or, les orientations envisagées pour cette réforme (combinaison entre allongement de la durée des cotisations mettant en cause l’âge légal de départ à la retraite, diminution des montants des prestations, élargissement de l’assiette des cotisations ... ) vont aggraver, d’une part le décalage entre la situation prévalant en France et celle de La Réunion, et d’autre part les inégalités à La Réunion.
Le montant total des pensions versées représente environ 1,1 milliard d’euros et couvre de grandes disparités. En 2008, on a 597 millions pour 27.000 retraites de la fonction publique et 484 millions pour 75.000 retraités issus du régime général, agricole et ASV.
Dans le contexte réunionnais, la réforme va d’abord toucher ceux qui gagnent le moins et va aggraver un apartheid social. Car à La Réunion, les disparités entre secteur public et secteur privé se situent d’abord dans la durée de cotisation.
Car dans le public, 30 années de cotisation comptent 40 années. Mais dans le privé, il faut cotiser le même nombre d’année qu’en France. Comme notre île est touchée par une crise structurelle marquée par la pénurie d’emploi, les 3/4 des retraités du privé ne bénéficient pas du taux plein.
L’allongement de la durée de cotisation exigée, avec la persistance du chômage et de la précarité à La Réunion va aggraver cette situation et le nombre de personnes au minimum vieillesse va augmenter.
Mais les projets du gouvernement visent également la fonction publique. Car
les éléments en vigueur actuellement —majoration du montant des pension de 35% de la fonction publique d’Etat. La bonification de la durée des cotisations (3 ans comptent 4)— vont à l’encontre des orientations de la réforme du gouvernement. Elles risquent d’être dans le collimateur, d’autant plus que la crise en Grèce a ouvert la voie à l’application d’un plan de rigueur d’une rare intensité.
Enfin, l’orientation nationale visant à reculer l’âge du départ à la retraite en se fondant sur l’augmentation de l’espérance de vie va accroître la situation d’inégalité entre les retraités de France et ceux de La Réunion, car l’espérance de vie à La Réunion est inférieure à celle en France, tant pour les hommes que pour les femmes. Toute mesure prise sans prendre en compte le situation de La Réunion aggravera l’injustice.
Porteuse d’inégalité et profondément injuste, la réforme des retraites projetée par le gouvernement est un coup porté aux lois sociales sur lesquelles s’est reconstruite la République en France au lendemain de la victoire sur le fascisme. La retraite a une portée tout aussi symbolique pour notre île, car c’est une des premières lois sociales à avoir été appliquée dans notre pays après l’abolition du statut colonial.
Quelle sera la position des députés et des sénateurs sur cette question ? Didier Robert va-t-il voter pour une loi que tous les Réunionnais refusent ? Fera-t-il le même choix qu’un député réunionnais qui a voté contre le droit à la retraite à La Réunion en janvier 1948 ?

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À La Réunion, le retard de 50 ans dans l’alignement du SMIC et la précarité dans le secteur privé expliquent pourquoi la somme globale versée pour les anciens travailleurs du privé sont inférieures à celle touchée par les anciens agents de la fonction publique.

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Du fait du régime particulier appliqué aux agents de la fonction publique, l’impact de l’allongement de la durée de cotisation a un impact essentiellement sur les travailleurs du secteur privé.
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Au lieu d’augmenter le niveau des pensions des anciens travailleurs du privé, le gouvernement cherche à réduire les sommes que l’État dépense pour payer ses agents. Cela veut dire que si cette politique de casse sociale atteint son objectif, les pensions des anciens fonctionnaires seront ramenées vers celui des anciens salariés du privé.


La réforme des retraites : hausse des cotisations et départ retardé

La réforme des retraites a été à de nombreuses reprises modifiée par le gouvernement, de Edouard Balladur (1993) à François Fillon (2003), la nouvelle réforme présentée par Eric Woreth propose des changements qui seront payés par les salariés les plus pauvres.
Plusieurs mesures concernent l’âge de départ à la retraite, ainsi que la durée de cotisation des assurés ont été mises en avant. Parmi elles, l’âge minimal de départ à la retraite sera progressivement augmenté de quatre mois par an à partir du 1er juillet 2011, dans l’ensemble des régimes de retraite pour atteindre 62 ans en 2018.
Cela s’ajoute à la hausse de la durée de cotisation, qui sera portée à 41 ans. Le dispositif "carrière longue" est maintenu. Les travailleurs ayant commencé avant 18 ans pourront partir à la retraite entre 58 et 60 ans, seulement si ils ont une durée de cotisation de plus 2 ans.
Pour les travailleurs, n’ayant pas la durée de cotisation requise, ils bénéficieront d’une retraite à taux plein, qui passera progressivement de 65 à 67 ans.


Conséquence : La Réunion appauvrie

La réforme des retraites telle qu’envisagée risque d’appauvrir La Réunion et les Réunionnais avec :

une augmentation du nombre de Réunionnais n’ayant aucune chance d’avoir un jour une retraite à taux plein, du fait ampleur chômage et précarité, et d’autre part, du fait de l’évolution démographique, une augmentation de Réunionnais vivant du minimum vieillesse et sous le seuil de pauvreté, et qui sont déjà 52% actuellement vivant sous le seuil de pauvreté national.

- des risques de mises en cause des retraites du secteur public.


Un droit de plus en plus limité

Régime Régime général Régime de la Fonction publique
Durée de cotisation à taux plein 40 ans en 2008,
41 ans en 2012,
41,5 ans en 2020
40 ans en 2008,
41 ans en 2012,
41,5 ans en 2020
Age de départ théorique 60 ans en 2007,
62/63 ans 2018
60 ans (parfois 55 ans) en 2007,
62/63 ans en 2018

L’allongement de la durée de cotisation restreint de plus en plus l’accès des Réunionnais à une retraite pleine et entière.


Déjà d’importantes inégalités

Régime Secteur privé Minimum viellesse (secteur privé) Fonction publique
Nombre d’allocataires 46.967 28.449 26.569
Somme distribuée (en millions d’euros) 346,3 138,1 596,7
Retraite moyenne (euros par mois) 614,44 404,53 1871,54


L’incapacité des différents gouvernements qui se sont succédé à créer les conditions du développement du pays entraine déjà de très importantes inégalités. Ce que propose le gouvernement, ce n’est pas de réparer les conséquences de cette incapacité, mais le nivellement par le bas.


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