Luttes sociales

Résorber les causes du terrorisme

Comment expliquer que des Français prennent les armes contre le pays où ils sont nés ?

Céline Tabou / 13 janvier 2015

Les attentats de Paris de la semaine dernière ont mis en exergue les dangers du terrorisme au sein même d’un territoire. Auparavant regardé de loin, les attentats terroristes sont désormais pris en considération par les Français, qui n’avaient pas vécu une telle situation depuis les années 1990.

JPEG - 67.3 ko
Les manifestations suivant l’attentat contre Charlie Hebdo ont montré un attachement à la liberté d’expression et un refus du terrorisme. Les gouvernements occidentaux connaissent les raisons du terrorisme, vont-ils les combattre efficacement ?

Alors que les dirigeants du monde parlent de lutter contre le terrorisme, à quel moment ces mêmes dirigeants prendront-ils à bras le corps les causes profondes de ce phénomène ? En effet, le terrorisme a diverses formes individuelles, organisées, d’Etat, politiques, religieuses et le cyber-terrorisme. Mais chaque acte a des raisons, bonnes ou mauvaises, celles-ci existent.

De multiples raisons

Par définition, le terrorisme est « l’usage prémédité, ou la menace d’usage, d’une violence extra-normale pour atteindre un objectif politique, à travers l’intimidation ou la peur d’un large public », selon les économistes Todd Sandler et Walter Enders. À la différence d’un acte criminel qui n’a aucun but politique.
Les causes du terrorisme de l’après guerre froide sont multiples et principalement sociales comme la pauvreté, le chômage l’analphabétisme, l’injustice, l’humiliation. Pour certains chercheurs, il s’agit des conséquences de la mondialisation qui ont permis au terrorisme de se développer techniquement, financièrement et humainement.
Pour de nombreux observateurs et experts, ces causes sociales ne peuvent pas expliquer totalement les causes du terrorisme. Cependant, "le terrorisme, à partir de moyens souvent dérisoires, cherche à créer du pouvoir en espérant atteindre par le bas ce dont l’Etat dispose par le haut" (Gérard Chaliand et Arnaud Blin) et ne redistribue pas au peuple.
Le Comité Spécial des Nations Unies a mis en évidence, le 18 décembre 1972, les principales causes du terrorisme, afin de lutter contre celui-ci. Celles-ci sont de nature sociale, politique, raciale, fondamentaliste-religieuse, nationaliste et économique.
Les Nations Unies ont mis en avant plusieurs points tels que la politique de domination, l’expansion et l’hégémonie ; la discrimination raciale, la politique de l’apartheid ; l’usage de la force dans les relations internationales et la violation de l’Independence politique, de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale des Etats ; la terreur de masse.
À ces points s’ajoutent l’imposition aux groupes nationaux de quitter les territoires ; l’exode forcé de la population persécutée ; l’intensification des activités des organisations fascistes, néofascistes et extrémistes ; le maintient d’un ordre économique international injuste et inéquitable ; la destruction systématique par un pouvoir étranger de la population, flore, faune, moyens de transport, structures économiques.
C’est sans compter le manque de droits politiques, économiques et sociales, la violation systématique et massive des droits de l’homme, l’usage de la torture et des représailles, la pauvreté, la faim, le misère et les frustrations de toutes sortes.

La mondialisation, cause première

La mondialisation se définit par l’intégration des marchés au plan mondial et le rapprochement des hommes, conduisant à la libéralisation des échanges, au développement des moyens de transport de personnes et de marchandises et au développement des technologies de l’information et de la communication. Ce processus englobe la quasi-totalité des secteurs économiques, culturels et sociaux, entraînant un changement profond dans les rapports humains, commerciaux et politique, depuis la Seconde Guerre Mondiale.
Ainsi la libération des échanges a exercé d’importantes pressions économiques, sociales et politiques engendrant des crises diverses dans certains pays du Sud. Les pressions ont provoqué des déséquilibres dans certaines régions du Globe, entrainant la réaction des peuples, qui peuvent être pacifiques ou terroristes. Le terrorisme résulte donc des revers de la mondialisation : pauvreté, chômage, famine, misère, humiliation.

Pauvreté et chômage

La pauvreté est un phénomène historique mais la mondialisation a accentué cet état. Ainsi, selon les Nations Unies, plus de 2,2 milliards d’hommes et de femmes, soit près d’un tiers de l’humanité, sont déjà concernés ou sont en passe de l’être. La pauvreté varie en fonction des aires géographiques, mais reste très forte dans les pays du Sud, comme en Asie de l’est, en Amérique latine et en Afrique subsaharienne.
Le chômage est également un fléau qui cause du désespoir, surtout chez les jeunes. 206 millions de personnes étaient sans emploi en 2014, dont plus de 74,5 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans.
Troisième résultante de la mondialisation, la famine : 805 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, soit 1 personne sur 9, selon le Programme Alimentaire Mondial. Sans compter, les 58 millions d’enfants en âge d’aller à l’école primaire qui n’y vont pas.
Les disparités de développement jouent également un rôle, car la mondialisation a enrichi les riches et appauvri les pauvres. Le fossé se creuse de plus en plus d’année en année, poussant des milliers de personnes à contester l’ordre établi par le système capitaliste actuel. Les inégalités s’accentuent aussi dans les pays en voie de développement, mais aussi développés, créant de l’errance et révoltes chez de nombreuses personnes victimes de ces fléaux sociaux.
Si les dirigeants résolvaient ces problèmes économiques et sociaux, les risques de créer des terroristes seraient moins étendus qu’actuellement : pour preuve, le nombre de jeunes tentés par le djihad dans les pays développés. Lutter contre le terrorisme pourrait se faire par des actions préventives.


Kanalreunion.com