Luttes sociales

« Salaud de pauvre ! »

Geoffroy Géraud-Legros / 11 mai 2011

La formule est de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline et date de près d’un siècle. Elle est pourtant plus que jamais d’actualité dans le discours comme dans la politique que mène le Gouvernement actuel. Derrière cette stigmatisation, une orientation politique : diviser les citoyens pour mieux régner. Une technique de pouvoir qui ne date pas d’hier, dont la sortie de Laurent Wauquiez contre les bénéficiaires du RSA est la dernière manifestation en date.

Les indicateurs le démontrent à l’envi : la tendance générale est à la baisse des revenus du travail et à l’augmentation des revenus du capital. Les riches, dans les économies du Nord, sont plus riches. Les pauvres s’appauvrissent. Un mouvement de rétrécissement des classes moyennes se confirme, dont l’apparition de travailleurs pauvres (les working poor) est le symptôme le plus frappant. Sur un plan objectif, la société apparaît plus que jamais travaillée par l’antagonisme entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas ; les premiers ont d’ailleurs vu leur richesse exploser ces dernières années, alors que la condition des seconds s’est nettement dégradée. La France contemporaine offre un spectacle saisissant de cette concentration des richesses entre les mains d’une élite d’argent et de pouvoir et la dégradation accélérée des petits et moyens revenus.

Une élite de pouvoir et d’argent

Le sommet du pouvoir politique offre presque quotidiennement en spectacle les relations qu’il entretient avec les plus riches. Chacun se souvient des vacances de Nicolas Sarkozy sur le yacht de Bolloré, des énormes pierres précieuses d’une Rachida Dati qui rechignait à rendre à leurs propriétaires des robes de haute couture, des cigares de Christian Blanc, du jet privé de Joyandet. La collusion du pouvoir et de l’argent est apparue plus clairement encore au cours de l’affaire Woerth : des millions de contribuables ont su que la première fortune de France avait reçu un gros chèque des mains d’un ministre. Un geste qui établissait de manière brute la ligne qui démarque ceux qui ont de plus en plus de ceux qui ont de moins en moins.

La fabrique des clivages : les Français et les autres...

La meilleure défense du pouvoir consiste à faire en sorte que la masse de ceux qui ne gravitent pas dans la sphère des nantis voient le monde autrement que tel qu’il est. Dans ce but, discours et actes politiques se combinent pour substituer, dans l’opinion commune, toute une série de distinctions à l’opposition fondamentale entre riches et pauvres. Ainsi, le discours dominant s’est en vingt ans imprégné des distinctions entre « Musulmans » et « Français », « immigrés » et « Français », « Français issus de l’immigration » et « Français de souche » etc.
Ce nouveau sens commun « raciste » s’impose par d’innombrables canaux fort ramifiés entre eux : les polémiques déclenchées par les politiques – voile islamique, minarets, viande hallal etc- trouvent l’oreille complaisante des médias. En les rapportant sous tous les angles et sans presque jamais en examiner la pertinence, ces derniers transforment les « petites phrases » souvent très étudiées que profèrent les acteurs politiques en « problèmes de société ». Lesquels donnent lieu à des lois discriminatoires qui, justement parce qu’elles sont discriminatoires, accroissent encore les clivages au sein de la population et, plus particulièrement, des couches les plus défavorisées. Ainsi, aux querelles du tchador des années 1980 ont succédé celles du Hidjab. Les premières avaient monopolisé l’attention sur une poignée de jeunes filles, suscité une circulaire dite « Bayrou » relatives aux « signes ostentatoires », elle-même suivies de décisions ultra-commentées des juges administratifs et du Conseil d’Etat destinées à cerner ce qui était ostentatoire et ne l’était pas. Les secondes ont abouti à une loi destinée à exclure les Musulmans des écoles, qui donne à des enseignants par ailleurs de plus en plus précarisés la mission de définir ce qui est un bandana et ce qui est un foulard et de déterminer quand le système pileux des garçons vire à la barbe façon Ben Laden. D’autre part, les immenses problèmes de l’urbanisme des « cités » - nom enjolivé accolé aux quartiers pauvres- sont inaudibles, parasités par les hurlements contre les minarets et les lieux de prière des musulmans. .

...et la rhétorique du privilège

Le racisme n’est pas le seul procédé utilisé pour multiplier les antagonismes. Les gouvernements qui se sont succédés ont ainsi mené leur politique en opposant les jeunes aux vieux, les fonctionnaires aux agents du privé, les citadins aux paysans, les hexagonaux aux ultra-marins…et, de manière croissante, les chômeurs à ceux qui travaillent.
Ultra-favorisée par les positions politiques et économiques de ceux qui la composent, l’élite parvient même à utiliser à son profit l’injustice qu’inspirent les bénéfices directs qu’elle retire de l’usage privatif des biens publics. Ce sentiment est détourné par les mêmes procédés que ceux qui servent à faire couper les citoyens les uns des autres en fonction de leurs origines. Ainsi, les médias répètent en boucle les sorties des politiques qui, du haut de montagnes d’indemnités, de revenus cumulés et d’avantages en nature, dénoncent les « privilèges » dont jouiraient certaines franges de la population. Défense est faite, en revanche, de parler des richesses excessives –et d’origine parfois étrange- de ceux qui gravitent entre le politique, la finance et l’espace médiatique : celui qui s’y risque se retrouve taxé de « populisme ». Les cibles de la rhétorique du privilège sont, en général, les fonctionnaires et les pauvres. C’est à ces derniers que s’est attaqué M. Wauquiez, en lançant la charge contre les bénéficiaires du RSA. Ceux-là, - des « salauds de pauvres », aurait dit l’écrivain Louis-Ferdinand Céline- sont accusés de vivre aux dépens de la société qui travaille. Bien entendu, les « privilèges » dénoncés par M. Wauquiez sont purement imaginaires : contrairement à ce que prétendent les déclarations répandues dans la presse, les bénéficiaires du RSA n’atteignent aucunement le niveau de revenus d’un smicard. Mais la démarche du ministre de Nicolas Sarkozy ne recherche pas la crédibilité sur le plan sociologique : elle vise à opposer, au sein des mêmes milieux, ceux qui ont (encore) un emploi, et ceux qui n’en ont pas. C’est-à-dire, d’après les statistiques, les moins diplômés, les femmes, les jeunes….L’opposition entre les pauvres « vertueux » et les autres poursuit de surcroît plus qu’un but électoral. En demandant qu’il soit fait aux « mauvais pauvres » de travailler gratuitement, le ministre dévoile un nouveau pan du projet sarkoziste, transposition des conceptions ultra-libérales : substituer à l’idéal d’une société du travail celui d’une exploitation illimitée.

Geoffroy Géraud-Legros



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  • comme si nous etions,nous demandeur d’emploi responsable de notre situation,et de survivre avec le rsa,faire 5heures de travail d’intèrèt général,nous ne sommes pas des délinquants qui sont comdanné aux t.i.g,au lieu de vouloir instauré se genre de chose,le gouvernement ferais mieux de proposé du travail,car l’ANPE franchement on se demande à quoi cela peut servir ,se n’est pas avec eux que l’ont aurais la chance d’avoir du travail. le gouvernement a tout fait pour avantagé les classes aisés,et laisse le petit peuple dans le fossé,en nous faisons miroité, monts et merveilles,honte a vous.

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  • Maiiiiis.. vous pouvez gueulez à qui mieux mieux et autant que vous voulez ils ont le fric le pouvoir et les armes ! et pour ceux qui ont arrété de gueuler et qui agissent on les taxe de terroristes ( rappelez vous le Gle De Gaulle ou Jean Moulin - que j’admire encore- a été un terrosiste aussi ) alors quoi ?, que faire ? car chien qui aboit ne mord pas :/

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