Luttes sociales

Sauvons le RSTA : « Il faudra s’attendre à ce que le mouvement gonfle »

Le point sur la mobilisation du collectif de 14 associations

Témoignages.re / 20 juin 2013

Dix jours après la suppression du RSTA, quatorze associations réitèrent leur demande de table ronde pour « trouver une alternative à ce dispositif », qui concerne 40.000 bénéficiaires. Ces derniers viennent de « perdre près de 100 euros de pouvoir d’achat, l’équivalent d’un chariot de course. Ce qui est inacceptable ».

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À la presse, des membres d’associations demandent à ce qu’une alternative soit trouvée au RSTA.

Après avoir déposé une lettre commune le 10 juin auprès des services de la préfecture, les 14 associations ont tenu une conférence de presse afin de présenter « le plan d’action prévu dans les prochains jours », car « on ne restera pas les bras croisés », a expliqué Gilles Leperlier, président de l’AJFER-Nou Lé Kapab.

Ouvrir le dialogue avec les acteurs

En 2009, des milliers personnes s’étaient réunis pour dénoncer « un système discriminant et injuste », notamment concernant la cherté de la vie. Après des semaines de mobilisation, le gouvernement a décidé de mettre en place un complément pour les revenus les plus bas. Depuis, « le contexte économique et social est plus grave. Le gouvernement qui prône pour le pouvoir d’achat et la justice décide de supprimer un complément indispensable pour les familles », a expliqué le président de l’AJFER-Nou Lé Kapab.

En effet, « le RSTA est un résultat de la bataille » menée avec des membres actuels du gouvernement. « Ils ont signé la plate-forme du Cospar. Ils étaient avec nous dans la rue. Et aujourd’hui, ils veulent supprimer ce complément. Il faut aujourd’hui qu’ils reviennent à la base de la revendication pour être en accord avec eux-mêmes », a dénoncé Jean-Hugues Ratenon, président de l’Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté (ARCP).

Après avoir « alerté les pouvoirs publics, plusieurs organisations ont mené des campagnes depuis des mois avec des pétitions pour le maintien du RSTA, mais à chaque fois c’est une lettre morte », a précisé de son côté, Gilles Leperlier. C’est pour cette raison que Jean-Alain Cadet, de la Coop-Solidarité a intimé les autorités à répondre et à aller vers un dialogue social, car « il y a une main tendue de tous les acteurs pour trouver une alternative ». « Si cette main tendue n’est pas écoutée, il faudra s’attendre à ce que le mouvement gonfle et pour qu’ensuite des décisions soient prises dans l’urgence. Il y a aujourd’hui une ouverture vers le dialogue » que les autorités doivent saisir, a indiqué ce dernier.

« Ensemble, on sera plus fort »

« Depuis une dizaine d’années, la situation s’aggrave et les inégalités persistent malgré les changements de gouvernement. 60% des jeunes sont au chômage, 49% des réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté et près de 120 000 personnes ne savent ni lire, ni écrire. Derrières ces chiffres ce sont principalement des jeunes et des femmes qui sont touchés, notamment avec la suppression du RSTA. Les plus bas salaires sont pour les jeunes et les femmes alors qu’ils sont l’avenir du pays », a dénoncé Gilles Leperlier.

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Les représentants des 14 associations réunis pour cette conférence avec les journalistes.

Dans un tel contexte, Teddy AKY a expliqué qu’aujourd’hui, « la seule réponse c’est l’autisme du gouvernement ce qui se traduit par le mépris envers les associations qui représentent le peuple et toute l’île. Ouvrir le dialogue c’est aussi avec les associations ». En effet, « 14 associations, c’est 14 représentants derrière lesquels il y a des travailleurs et des familles. C’est le système, mais il faut un nouveau modèle en ouvrant le dialogue, dès maintenant, avant que tout le monde ne descende de nouveau dans la rue », a précisé Jean-Alain Cadet. D’autant que la proposition de loi faite par Le Progrès « va être compliquée à mettre en place, car aujourd’hui la revendication est de réfléchir à une alternative. S’il y a une loi, il faudra du temps et en attendant qu’est-ce qu’on fait ? ».

Pour Teddy AKY, il s’agit d’ « appeler toutes les associations qui se retrouvent dans nos valeurs à se rassembler ». Car «  ensemble, on sera plus fort », « c’est aussi pourquoi on espère vraiment rencontrer l’intersyndicale pour faire avancer ce dossier, bien que l’on sache qu’ils ont d’autres batailles à mener dans les entreprises, c’est difficile. Mais on espère vraiment un échange », a ajouté le président de l’AJFER-Nou Lé Kapab. Ce dernier a annoncé l’envoi d’un courrier à l’intersyndicale, afin « d’échanger sur la démarche, l’absence de réponse du préfet, et que faire ensemble ? ».

Une série d’actions définies

Pour l’heure, les quatorze associations ont annoncé l’envoi de plusieurs courriers, celui à l’intersyndicale, une lettre de relance au préfet afin d’obtenir une réponse à la proposition de table ronde, car «  ceux qui perdent leur pouvoir d’achat n’attendent pas » , d’autant que « c’est sur eux qu’on vient tirer. La question est de savoir pour quelles raisons ont-ils supprimé cette aide », a expliqué Gilles Leperlier. Et une lettre aux collectivités (mairies, département, région) accompagnée d’une motion « pour qu’elles prennent position dans leurs instances pour demander une table ronde avec l’ensemble des acteurs pour trouver une alternative aux 40.000 bénéficiaires », a indiqué le jeune homme.

Au-delà de ces démarches, d’autres « actions sur le terrain vont être menées », car pour Yvette Duchemann, de l’association Galizé, « il doit y avoir une mobilisation générale de la population, car on a toutes les solutions ici. Des solutions existent, les élus broyés par le système ne parviennent plus à répondre aux demandes de la population. C’est pourquoi la mobilisation des associations doit être forte ». Un tract sera distribué dans «  tous les espaces pour informer et sensibiliser la population pour qu’elle se prépare à la suite à donner à ce problème en cas de refus du préfet  », a annoncé Gilles Leperlier.

Le délai pour le préfet est fixé au 24 juin, « nous attendons une réponse au moins par politesse », a conclu Gilles Leperlier. Concernant l’appel à la mobilisation du 29 juin, ce dernier a expliqué que « toutes actions menées pour sensibiliser la population sont importantes. On est un collectif, on a demandé une table ronde, un plan d’action a été défini. Toute bataille menée est la bienvenue et contribue à informer les Réunionnais. Mais maintenant, la balle est dans le camp du préfet. On espère que la réponse arrivera avant le 29 juin ».

Correspondant


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