Luttes sociales

« Si vous n’arrêtez pas la grève, on délocalise au Maroc »

Le dialogue social dans la filière roumaine de Renault :

Témoignages.re / 29 avril 2013

La CGT de Dieppe, ville où se situe une usine Renault, revient sur un conflit social dans la filiale roumaine de l’entreprise française, Dacia. Aux travailleurs qui demandaient une hausse de salaire de 25%, la direction a brandi la délocalisation de l’usine au Maroc, là où elle a la possibilité de payer les ouvriers deux fois moins cher…

« Le mois dernier, du 20 au 21 mars, 5000 ouvriers, sur les 13.000, de l’usine de Mioveni ont fait grève durant une journée et demie. Ils réclamaient une augmentation de salaire de 25%. Plus de 1500 voitures n’ont pas été fabriquées lors du débrayage. Soit des pertes pour Dacia de près de 20 millions d’euros : quoi de plus normal ! C’est ça l’efficacité d’une grève ! La direction de l’usine a prétendu à ses employés qu’elle ne pouvait les augmenter. Néanmoins, les salariés n’ont pas lâchent pas l’affaire, et ont remis cela le 11 avril.

Pour dissuader les ouvriers d’arrêter les machines de production, la direction de l’usine a opté pour le chantage. «  Si les protestations ne cessent pas et si les employés continuent de réclamer des choses irréalistes, il se pourrait que nous transférions une partie de la production au Maroc  », a menacé le vice-président du groupe en Roumanie. «  L’avantage de produire au Maroc est qu’un employé marocain ne touche que la moitié d’un salaire d’un employé roumain  », a-t-il ajouté.

En plus de demander une augmentation de salaire, les ouvriers de l’usine Mioveni réclament de meilleures conditions de travail comme par exemple de ne plus être fouillés à la sortie de l’usine, ou d’avoir une meilleure nourriture servie à la cantine de l’entreprise, qui selon les ouvriers, n’est composée que de haricots ou de choux et sans viande.

Ils réclament aussi le relâchement de la pression des cadences, chaque ouvrier ne disposant que de 40 secondes pour chaque unité.

Dacia, première source de profits

Pour Renault, le rachat de Dacia en 1998 est pourtant une affaire très lucrative. Depuis, la production de véhicules n’a cessé d’augmenter, allant de pair avec les cadences de travail et les taux de productivité.

Dacia, avec le modèle Sandero produit en Roumanie, est aujourd’hui le moteur des profits réalisés par Renault. Les Dacia permettent, par la pratique des bas salaires et de la délocalisation, de réaliser une marge de profits de 10%, comparable à celles des voitures de luxe.

La nouvelle usine marocaine, inaugurée l’an dernier par Dacia et évoquée par le directeur de Dacia, devrait pouvoir produire 400.000 voitures par an.

Avec près de 8.000 travailleurs, elle, l’usine roumaine de Mioveni produit chaque jour 1 400 véhicules soit 350.000 véhicules par an. En 2012, Dacia a encore augmenté ses ventes de 4,8%, pour un total de 360.000 unités, dont seulement 6% sont destinés au marché intérieur, le reste se dirigeant prioritairement vers la France, premier marché avec 23% des ventes de Dacia.

En 23 ans de privatisation, la politique du groupe est donc passée de la "référence sociale" à sur-exploitation et de course au profit maximum ! Mais n’est-ce pas la logique même du capitalisme ?


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