Luttes sociales

Soyons toutes et tous solidaires des enfants réunionnais victimes de la déportation

Une émission bouleversante hier sur Radio Première

Témoignages.re / 5 septembre 2012

Hier entre 13 et 14 heures, l’animateur Claude Montanet a organisé sur Radio 1ère une émission concernant les drames vécus par des milliers de jeunes réunionnais déportés en France par le gouvernement dans les années 60. Un "Comité de soutien aux déportés de la Creuse" vient d’être créé avec le soutien de Sudel Fuma pour célébrer l’an prochain le 50ème anniversaire du lancement de ce crime, c’est-à-dire pour faire connaître ces tragédies au peuple réunionnais, rendre hommage à leurs victimes et associer l’ensemble de nos compatriotes à la mobilisation afin de faire réparer ce crime par l’État. Fidèle aux combats que notre journal a menés à cette époque contre l’émigration massive et injuste de nos compatriotes par le pouvoir, "Témoignages" est solidaire de cette initiative.

Cette émission fut bouleversante. Car plusieurs membres du Comité de soutien aux déportés de la Creuse, eux-mêmes victimes de cette déportation, ont témoigné avec beaucoup d’émotion sur les souffrances qu’ils ont vécues à cette occasion. C’est le cas de Philippe, Jean-Jacques et Alix, qui étaient interrogés — ainsi que l’historien Sudel Fuma — par Claude Montanet. Celui-ci a également reçu plusieurs appels et SMS d’auditeurs, victimes ou témoins de la déportation, qui ont exprimé leur solidarité avec les déportés et leurs proches. (voir encadré)
Pour Philippe, ce fut « une nouvelle forme d’esclavagisme » qui a été imposé par le pouvoir parisien au peuple réunionnais et « l’on a berné notre peuple en faisant miroiter des promesses et des rêves aux enfants envoyés de force en France ». Jean-Jacques, qui a déposé plainte en 2002 contre l’État, a parlé quant à lui de « rafles » et d’un « esclavage ultra-moderne », qui ont créé « de nombreux malaises et suicides » parmi les milliers de déportés. Alix, déporté en 1964, a dit qu’il « ne veut plus retourner en France à cause du froid et de la nourriture », dont il garde de « mauvais souvenirs ».

« La collaboration par certains élus »

Sudel Fuma a d’emblée souligné que « c’est un sujet dramatique, qui fait mal » et que « nous devons tous être avec les victimes de ce drame historique que certains ont laissé faire ». « Les enfants étaient forcés à partir, victimes de tromperies, pour devoir aller travailler en France au profit de certains agriculteurs », rappelle le directeur de la Chaire UNESCO à l’Université de La Réunion ; il a noté que l’Organisation des Nations Unies a reconnu que ces envois massifs d’enfants réunionnais dans la Creuse mais aussi dans des dizaines d’autres départements étaient des « transferts forcés », une forme d’« esclavage ».
L’historien a également expliqué cette politique par « le poids de Michel Debré à l’époque à La Réunion », lorsqu’il est venu dans l’île en 1963, mais aussi par le fait qu’« il y a eu de la collaboration par certains élus réunionnais ». Voilà pourquoi, avec ses ami(e)s du Comité de soutien, il lance un appel à la fois aux élus d’aujourd’hui et aux associations « pour aider les gens qui souffrent encore aujourd’hui de ce drame à réparer leurs souffrances. Ces enfants déportés étaient esclavagisés, ils travaillaient pour rien et beaucoup n’osent pas encore en parler. Je pense à la shoah… ».

« L’État doit réparer ce crime »

En fin d’émission, Sudel Fuma a déclaré que la célébration l’an prochain du 50ème anniversaire du début de ce drame sera « un moyen de réveiller les consciences ». « À cette fin, précise-t-il, nous allons demander des rencontres aux responsables de nos collectivités et à nos parlementaires ainsi qu’au ministre de l’Outre-mer. Notre amie Marie-Jo Virapin a déjà un rendez-vous avec le cabinet de M. Lurel ».
Il insiste sur le fait que « l’État doit réparer ce crime, aider les personnes auxquelles on a payé le voyage aller en France mais pas le retour, celles qui ne retrouvent toujours pas le dossier de leur départ forcé et qui sont parfois privées de leur identité. C’est pourquoi il faut aussi le soutien des collectivités au Comité ». D’où la conclusion de Sudel Fuma, qui a remercié Claude Montanet pour cette initiative : « 2013 sera l’année de la solidarité avec les enfants réunionnais déportés. Nous sommes tous responsables de cette célébration ».

 Correspondant

Paroles d’auditeurs

Voici des extraits des interventions d’auditrices et d’auditeurs qui ont participé hier à l’émission de Claude Montanet sur la déportation massive des enfants réunionnais en France dans les années 60.
• Claudine (de Paris) : « J’ai retrouvé ma sœur 30 ans après sa déportation. Les dossiers des enfants vendus sont souvent cachés ; ces enfants ne savent pas pourquoi et dans quelles conditions ils ont été enlevés à leurs parents et ensuite adoptés en France ».
• Laurita (du Tampon) : « Nous devons nous battre pour aider les familles victimes de ces drames. Ce fut très dur, avec des effets psychologiques dramatiques. Ce déracinement est un crime. Il faut le reconnaître et le réparer ».
• Mylène (du Port) : « Je me souviens de notre arrivée à Paris ; nous étions complètement paumés. J’en ai beaucoup souffert. J’en pleure encore aujourd’hui ».
• Serge (par SMS) : « Mes larmes coulent en entendant les victimes de cette tragédie. La Réunion consciente et solidaire doit continuer son combat ».