Luttes sociales

Stop au gaspillage de la jeunesse

Dans quelques semaines le rendez-vous

Témoignages.re / 9 juillet 2012

Les examens se terminent et des milliers de jeunes vont eux aussi rechercher du travail. Nous sommes aujourd’hui 850.000, et dans vingt ans nous serons un million. Cela veut dire des besoins immenses et pourtant c’est la pénurie d’emplois à La Réunion.

Vendredi, plus de 7.000 Réunionnais sont devenus bacheliers. Cette semaine, d’autres sont en train de passer les épreuves du second groupe pour décrocher ce diplôme qui donne accès aux études universitaires. Dans les lycées professionnels ou dans les CFA, des milliers de jeunes ont réussi à obtenir un BEP ou un CAP, ce qui leur donne dès maintenant la possibilité d’exercer un métier.
Aux côtés de ces milliers de nouveaux diplômés, il y a aussi des milliers de jeunes qui vont quitter l’école sans avoir un diplôme. Soit ils vont réessayer de repasser l’examen, soit ils vont se diriger directement vers la recherche d’un emploi. S’ils n’ont pas réussi à grimper la marche finale, ils sont tout de même restés au moins 10 ans dans le système scolaire, et ils ont acquis un savoir qui ne doit pas être gaspillé.

Des besoins immenses

Dans quelques semaines, tous les jeunes qui auront quitté l’école cette année avec ou sans diplôme vont vouloir travailler. Nous sommes dans une île de 850.000 habitants qui est vouée à voir sa population croître jusqu’à un million de personnes au cours des 20 prochaines années.
La croissance démographique de notre île va donc nécessiter la construction de dizaines de milliers de logements, d’infrastructures et de services. Ces nouvelles réalisations devront tenir compte de données nouvelles. Le changement climatique commence à se faire ressentir, et donc il sera nécessaire d’adapter, tout ce sera fait et tout ce qui existe à cette réalité.
À ce jour, une seule rivière est endiguée jusqu’à son embouchure, et des centaines de radiers sont toujours là et constituent autant de dangers pour la population dans les périodes de fortes pluies. Leur remplacement par des ponts est un autre grand chantier.
Rien que dans ces infrastructures, les besoins en main-d’œuvre sont donc considérables. Ils seront augmentés si notre île réussit à se diriger vers l’autonomie énergétique. Nous pouvons économiser chaque année plus de 500 millions d’euros d’importation de pétrole si nous sommes capables de remplacer cette énergie polluante par des sources renouvelables telles que le soleil, la mer, le volcan, l’eau et le vent.

Anticipons

Toutes ces données sont connues, et elles peuvent être anticipées. Il appartient donc aux pouvoirs publics de créer les conditions pour que des jeunes Réunionnais puissent occuper un maximum d’emplois qui seront créés.
Le chantier de la route des Tamarins montre qu’il est possible de relever ce défi. En identifiant plusieurs années à l’avance les besoins en nouveaux métiers, le maître d’ouvrage et les institutions responsables de la politique de l’emploi ont réussi à mettre sur pied un plan de formation. Ainsi, ce sont les Réunionnais qui ont été embauchés sur le chantier.

Sous-estimation

Malheureusement, d’autres maîtres d’ouvrage ne font pas cette démarche. Ainsi sur le chantier de la centrale thermique du Port, des centaines d’emplois ont échappé aux Réunionnais, car l’entreprise choisie pour la construction a fait venir d’Europe des travailleurs. Même chose à La Plaine des Cafres où le constructeur d’une ferme photovoltaïque a fait venir la main d’œuvre du Portugal.
De telles décisions traduisent manifestement une sous-estimation de la gravité de la situation dans notre pays. Le taux de chômage des jeunes atteint 60%, ce qui est une caractéristique d’un pays qui n’est pas développé. Mais à cela s’ajoute une spécificité, ces jeunes ont des niveaux de formation équivalents à leurs homologues européens, c’est-à-dire très élevés. Dans un rayon de plusieurs milliers de kilomètres, une telle densité de diplômés n’existe pas. Comment alors peut-on laisser encore des responsables décider de gaspiller cette richesse ?

M.M.


Plus de 153.000 demandeurs d’emploi

À La Réunion, la situation est tellement grave que des mesures d’urgence doivent être mises en œuvre pour donner tout de suite un espoir à tous ceux qui sont face au chômage.
Depuis déjà plusieurs décennies, les gouvernements qui se sont succédé à Paris apportent comme réponse le traitement social du chômage à partir de la subvention d’emplois aidés. Ce système est en train de craquer, les finances de collectivités ne permettent plus de suivre et des contrats ne sont pas utilisés. De plus, cette politique donne lieu à des dérives clientélistes dans un pays où sévit la pénurie d’emplois.
Dans ses propositions, le PCR a lancé l’idée de développer deux services d’intérêt public dans l’aide à la personne et l’environnement. Ces deux services seront gérés par une commission paritaire rassemblant les financeurs (État et collectivités) et les utilisateurs (représentants des chômeurs et des salariés). L’objectif est que toute la transparence soit faite dans l’attribution de ces emplois dans la formation des personnes embauchées pour que l’emploi soit durable.
Existe-t-il d’autres propositions ? À ce jour, celle du PCR est la seule.


La conférence permanente pour l’emploi

Pour que tous les emplois créés dans notre île profitent en priorité à des Réunionnais, le PCR a proposé la création d’une conférence permanente pour l’emploi. Composée de représentants des chômeurs, des salariés, des patrons et des institutions, cette instance a pour but notamment d’anticiper sur les besoins en emploi dans tous les domaines, et de proposer des mesures adaptées pour faciliter l’accès des Réunionnais à ces emplois.
Cela peut être l’ouverture de formation pour préparer des jeunes à occuper les emplois d’un grand chantier à venir, mais aussi pour pourvoir les nombreux postes qui s’ouvrent chaque année dans la fonction publique.


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