Luttes sociales

« Titularise a nou »

Grève à l’appel de la CGTR Fonction publique territoriale

Céline Tabou / 17 mai 2013

Devant plusieurs centaines de personnes, la Fédération CGTR Fonction publique a tenu un rassemblement devant les grilles de la Préfecture, jeudi 16 mai à 10h, afin de demander au préfet de rendre compte aux autorités des revendications du syndicat pour la titularisation des agents.

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Devant la préfecture, les revendications ont été transmises au représentant de l’État.

Dans l’assistance de nombreux employés des collectivités ont dénoncé la précarité de leur emploi et de la dégradation de leurs conditions de vie. Une motion a été déposée en préfecture et une table ronde devrait être organisée entre les différents partenaires sociaux dans les prochains jours.

Yves Gigan, secrétaire général de la Fédération CGTR Fonction publique a expliqué que la délégation reçue par le préfet avait demandé la titularisation du personnel des collectivités. « On a 70% de précaires hors cadre légal dans la fonction publique à La Réunion. La loi de 2012 pour l’accès à l’emploi titulaire n’a pas été appliquée à La Réunion. C’est pour cette raison que nous avons tenu à rencontrer le préfet », a précisé le syndicaliste.

Ce dernier a ajouté qu’il y avait plus de 25.000 précaires à La Réunion, qu’ils soient en CDD, CDI ou contrats aidés. « Nous allons lancer un appel à l’intersyndicale, car aujourd’hui c’est une étape dans le rapport de force. Nous avons prévu un préavis de grève illimitée à la rentrée d’août si rien n’est fait ». À la sortie de la rencontre avec le préfet, Yves Gigan a indiqué que la proposition du cabinet du préfet de mettre en place une table ronde devait se faire rapidement, « afin de mettre à plat ce problème », d’établir « un calendrier de travail afin de respecter la loi du 12 mars 2012 ».

Céline Tabou

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TÉMOIGNAGES



Maurice Gironcel : «  On veut la véritable solidarité nationale  » 

« Je suis présent aujourd’hui en signe de solidarité avec les travailleurs qui luttent pour une revendication légitime. À travers la revendication de la CGTR se pose la question de la responsabilité de l’État concernant la surrémunération et la titularisation. L’État doit s’exprimer clairement et tirer les conséquences pour que les collectivités appliquent la loi et aient les mêmes dotations globales de fonctionnement qu’en France, pour payer les titularisations. Que l’on ne vienne pas nous parler de l’octroi de mer pour compenser, car c’est un impôt payé par les Réunionnais. On veut la véritable solidarité nationale. Je félicite cette mobilisation importante qui pose le problème vis-à-vis du préfet, représentant de l’État à La Réunion ».



Hervé Lauret : « Il faut sortir les gens de la misère »

• « Je suis solidaire, car je sais que beaucoup d’agents ont des emplois précaires. L’important est que dans les collectivités et l’Éducation nationale, la titularisation permette aux gens d’avoir un pouvoir d’achat qui relancera l’économie de La Réunion. Il faut sortir les gens de la misère, en attendant que cela se généralise, notamment dans les associations. Tous les six mois, ils courent après un contrat, ce qui est manœuvré par les politiques ou présidents d’associations ».



Jean-Yves Grondin : « Je pense que c’est un combat politique et syndical qui mettra fin à cette précarité »

• « J’ai été nommé délégué syndical CGTR à la mairie de Saint-Louis par Yves Gigan, et je suis là ce matin pour soutenir les gens qui vivent sous le joug de la précarité et attendent une amélioration de leurs sorts. Le but de cette mobilisation est de mettre fin à la précarité des emplois à La Réunion, ce qui représente près de 67.000 personnes selon l’Insee. Les gens demandent à en sortir, et en finir avec les changements à chaque élection. Ils veulent être protégés de ces changements. Des personnes insensées disent qu’ils sont titularisés alors pourquoi ils iraient manifester. Je pense que c’est un combat politique et syndical qui mettra fin à cette précarité ».



Nadège Collet et Dalida Rochefeuille : «  Nou lé pa plus, Nou lé pa moin  »

• « On est là pour demander à être titularisé, c’est pour nous et pour tout le monde qui attend. Cela fait plus de vingt ans que nous travaillons dans des collectivités, on est donc là aujourd’hui pour demander au préfet d’apporter notre voix auprès du gouvernement. Pourquoi, on n’en a pas le droit en Outremer, mais ailleurs oui. On va se battre, on va gagner. Nou tien bon, nou larg pa ».



Pierre Vergès : « Les multiples propositions n’ont jamais été prises en compte »

« Je suis présent en tant que fonctionnaire territorial qui bénéficie d’un statut de titulaire pendant que la majorité n’en bénéficie pas et je conçois que les efforts budgétaires dans le cadre de la titularisation sont très importants, mais ça n’enlève en rien la légitimité de revendiquer un statut surtout dans cette période de crise, car l’incertitude pèse sur eux et sur leurs enfants qui ont de moins en moins de perspectives. Les multiples propositions faites, notamment par Paul Vergès, n’ont jamais été prises en compte ni par les gouvernements de droite, ni par ceux de gauche. Il y a une dégradation des conditions de travail, car on doit conformément au rapport du Centre national de la fonction publique anticiper le vieillissement de la population active du personnel territorial et adapter les communes en conséquence de la dégradation économique et sociale et du vieillissement de la population réunionnais. Quel renouveau, est-il possible ainsi ? »



Jean-Yves Toriniere et Timon  : «  C’est inadmissible parce qu’on a une loi qui n’est pas appliquée »

« Cela fait plus d’une quinzaine d’années que nous sommes non titulaires en CDI. Il y a des gens qui travaillent depuis 20/30 ans qui ne sont pas titulaires. C’est inadmissible parce qu’on a une loi qui n’est pas appliquée. Nous sommes aujourd’hui obligés de nous regrouper pour faire appliquer la loi. On est venu et on verra ce qui arrivera d’ici août ».



Jacky Maré  : « J’espère que le préfet entendra les revendications des travailleurs »

• « Je soutiens les travailleurs des collectivités, car ils font un travail pénible, ils ne sont généralement pas dans les bureaux, mais sur le terrain. J’espère que le préfet entendra les revendications des travailleurs ».



Brice Moutoussamy : «  C’est une lutte de tous et toutes  »

• « Nous sommes ici présents parce qu’on se sent concerné par la cause. La titularisation est une question importante aujourd’hui, notamment dans le contexte actuel. La question de l’emploi est centrale à La Réunion, et reste la préoccupation majeure des Réunionnais, qui veulent avoir un travail décent et pérenne. Ce qui est désolant c’est d’entendre que des personnes titulaires ne souhaitent pas se joindre à la mobilisation parce qu’ils ne sentent pas concernés. C’est une lutte de tous et toutes. D’autres par contre, comprennent notre mobilisation, car ils ont dû se battre pour être titularisé. Étant moi-même en situation précaire, ainsi que mes camarades, je pense qu’il est important de se mobiliser. L’emploi à La Réunion n’est pas l’affaire de quelques-uns, toutes les mobilisations récentes sont légitimes, c’est d’ailleurs pour cette raison que nous appelons à une mobilisation générale le 20 mai, afin que l’ensemble des manifestants puisse s’exprimer, ce jour-là ».



Fabrice Hoarau : «  Le combat mené est légitime  »

• « Le Parti Communiste Réunionnais apporte son soutien aux grévistes qui réclament un titre sur une base légale. Le PCR a toujours pris une position constante pour promouvoir les agents communaux. Il est inadmissible qu’il y ait autant de précarité dans la Fonction publique à La Réunion. Le combat mené est légitime, car aujourd’hui beaucoup trop d’agents vivent dans la précarité. Quand on a travaillé toute une vie, souvent dans la Fonction publique sans titre, en partant à la retraite on n’a pas de quoi subvenir à nos besoins, car les rémunérations étaient trop faibles. Les communes doivent s’aligner sur les grilles de la Fonction publique métropolitaine et l’État doit aider les communes à payer la surrémunération comme pour les employés d’État ».

Propos recueillis par Céline Tabou
An plis ke sa

Dans les collectivités

La grève a touché toutes les collectivités. Une délégation de la CGTR CINOR, conduite par Dominique Gardillane et Hugues Vellayoudom était présente devant la préfecture.

Au Conseil général, l’Intersyndicale CGTR-FO-SAFPTR avait choisi d’organiser une conférence de presse en ce jour de grève. La revendication porte surtout sur les conditions de travail et sur les conditions difficiles du dialogue social, affirment les syndicalistes. Pour sa part, le Conseil général indique qu’une rencontre est prévue le 22 mai, selon un calendrier défini préalablement.


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