Luttes sociales

Total Caraïbes dans "France-Antilles" : « nous savons fonctionner en libre-service », sans gérant ni pompiste

La casse sociale pour augmenter les profits des actionnaires

Témoignages.re / 21 septembre 2009

Le 7 septembre dernier, dans les colonnes de l’édition martiniquaise de notre confrère "France-Antilles", le patron de Total Caraïbes réagissait suite à l’annonce de la secrétaire d’État à l’Outre-mer de faire baisser d’un centime par litre de carburant la marge des importateurs. Ce centime pourrait déclencher un plan visant à pousser les gérants de station-service à licencier des centaines de travailleurs. Et si l’État intervenait en administrant les marges des compagnies pétrolières, les actionnaires pourraient partir…

À La Réunion, la compagnie Tamoil a décidé d’augmenter sa marge en baissant celle des gérants, malgré les menaces pour l’emploi qu’un tel précédent introduit.
Dans les colonnes de "France Antilles", Philippe Jaurrey, directeur de Total Caraïbes, démontre que l’action de Tamoil n’est pas isolée. Il existe en effet au sein des compagnies pétrolières une ligne qui vise à maximiser les profits.
Marie-Luce Penchard, secrétaire d’État à l’Outre-mer, avait annoncé une baisse possible d’un centime par litre de carburant de la marge des grossistes. Aussitôt Total Caraïbes dit que « nous priver de ce centime, c’est (…) nous pousser à un changement de modèle de distribution ».
Le représentant de la plus grosse entreprise du CAC 40 précise sa pensée. Interrogé sur la possible automatisation des pompes, voici ce qu’il déclare : « Par exemple. Et quand je dis ça, je ne fais pas du chantage, je veux simplement que tout le monde soit conscient que, par le biais de cette baisse éventuelle des marges de gros, ce sont les pouvoirs publics qui nous prennent la main et qui nous y conduisent ».
Cette automatisation signifierait le licenciement des pompistes, mais ce sont les gérants de stations qui seraient alors obligés de "faire le sale boulot", pas l’importateur : « mécaniquement, les grossistes essaieraient de compenser la marge retirée par de nouvelles recettes. Cela passerait par une révision à la hausse de nos loyers aux gérants, ce qui les pousserait à rechercher des économies de charges sur les postes au fonctionnement de l’entreprise et, inévitablement, à licencier ».
Une fois que le "sale boulot" accompli par les gérants, ce serait au tour de ces derniers : « nous savons fonctionner dans un système de distribution plus simple, c’est-à-dire en libre-service. Même en gestion directe s’il le fallait, c’est-à-dire sans gérants et sans pompistes. Mais je pense que ce ne serait pas une belle idée pour la Martinique. Nous savons techniquement le faire, mais ce n’est pas notre choix. Sinon, nous aurions déjà tiré vers le libre-service ».
Mais malgré cela, le responsable local de Total laisse entendre que cette vague de licenciements ne profiterait pas au consommateur : « Est-ce le modèle que nous voulons dans les départements d’outre-mer ? Et est-il vraiment de nature à faire baisser durablement les prix ? ».
Enfin, si l’État empêchait les pétroliers de réduire la marge des gérants par le biais d’une fixation encore plus précise des prix, le représentant de Total brandit la menace ultime, la colère des actionnaires : « tout peut se faire par la contrainte, mais jusqu’au moment où les actionnaires se retirent. Nous sommes déjà à la limite du supportable dans l’interventionnisme ».


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