Luttes sociales

Tous aux manifestations contre la loi El Khomri à La Réunion

Deux défilés prévus aujourd’hui

Manuel Marchal / 17 mai 2016

La Réunion connaît aujourd’hui une nouvelle mobilisation contre la loi El Khomri. Deux défilés sont prévus, rendez-vous à partir de 9h30 au Petit Marché à Saint-Denis et aux Jardins de la Plage à Saint-Pierre.

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Deux semaines après le défilé du 1er mai, les syndicats appellent de nouveau à la mobilisation contre le projet de loi El Khomri. Soutien de la première heure, le Parti communiste réunionnais sera présent pour contribuer au succès de cette journée d’action. Le mouvement s’est encore élargi hier, avec l’appel d’Europe Ecologie les Verts à se joindre aux cortèges.

La semaine dernière, le gouvernement a utilisé l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sans vote le texte en première lecture. Les seules interventions des députés se sont donc limitées à la discussion générale. À la veille de l’examen du texte, le rapporteur Christophe Sirugue avait indiqué qu’il manquait une quarantaine de voix pour constituer une majorité autour de ce texte. Le gouvernement a donc choisi de transformer ce vote en une question de confiance. Jeudi, la motion de censure déposée par l’opposition n’a pas obtenu de majorité malgré le soutien des députés communistes. Il est à noter qu’un seul député de La Réunion a voté cette motion de censure, il s’agit de Thierry Robert.

Procédure expéditive

Elle a malgré tout eu une conséquence importante chez les parlementaires de notre île. Patrick Lebreton a en effet pris la décision de quitter le groupe socialiste. En choisissant de renoncer aux moyens du plus important groupe de l’Assemblée nationale, le député socialiste et président du Progrès a dénoncé une méthode qui ne va pas dans le sens de la démocratie, a-t-il dit en substance. Et d’appuyer ses propos sur les déclarations tenues par François Hollande voici 10 ans quand le gouvernement de Villepin avait utilisé l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter le projet de loi créant le Contrat première embauche (CPE). L’actuel président de la République avait à l’époque dénoncé un déni de démocratie.

Entre l’annonce du recours à l’article 49-3 et le vote de confiance, l’Assemblée nationale avait vécu un épisode inédit : le dépôt d’une motion de censure par des membres de la majorité parlementaire. Ce projet avait réuni 56 signatures sur les 58 nécessaires à son inscription à l’ordre du jour des débats. Cette initiative n’aurait rien changé au texte, car même si elle avait été mise aux voix, elle n’aurait pas été adoptée, a d’ailleurs rappelé vendredi Martine Aubry dans une lettre aux militants socialistes de la Fédération du Nord. Mais elle a révélé de profondes divisions au sein des soutiens à la politique de François Hollande. Désormais, c’est aux sénateurs d’être saisi du texte qu’ils ne manqueront pas de modifier, avant un retour à l’Assemblée nationale où se posera de nouveau la question du recours à l’article 49-3 si le gouvernement n’est pas sûr d’avoir une majorité sur le projet de loi qu’il a présenté.

Précédent du CPE

Si l’utilisation des institutions peut permettre au gouvernement de faire passer son texte en dépit des fortes oppositions, la partie est loin d’être perdue. Les syndicats ont encore en mémoire le projet de loi créant le CPE. Ce texte avait été adopté par l’Assemblée nationale, mais il n’a jamais été appliqué. Le gouvernement avait en effet cédé face à la mobilisation.

10 ans après le CPE, la situation sociale est plus grave. Les raisons de se révolter sont donc plus fortes. Le chômage a augmenté et la France ne cesse de s’enfoncer dans une crise qui s’est emballée en 2008, point de départ de la faillite des subprimes et d’un ralentissement de l’économie mondiale.

Dans notre île, cette situation sociale est bien plus dramatique qu’en France. Le taux de chômage s’approche de 30 %, près de la moitié des Réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Soutien du PCR

C’est sur cette réalité que s’appuie le communiqué diffusé le 13 mai dernier par le Parti communiste réunionnais.

« Le projet de loi El Khomri réduit à néant la garantie des conventions collectives, car il permet la conclusion d’accords d’entreprise qui primeront sur les conventions collectives et le Code du travail dans des domaines aussi essentiels que le temps de travail ou la rémunération. La seule solution pour sauver les acquis de 70 ans de bataille pour l’égalité sociale, c’est le retrait pur et simple de ce texte. »

Et le PCR de conclure :

« Fidèle à son engagement dès le départ aux côtés des syndicats, le Parti communiste réunionnais appelle à amplifier l’appel à la mobilisation lancé par les représentants des jeunes et des travailleurs le 17 mai prochain. Face à la méthode décidée par le gouvernement qui choisit de passer au-dessus de la représentation parlementaire élue, la mobilisation est le seul moyen de préserver les intérêts du monde du travail avec sa jeunesse. »

M.M.


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