Luttes sociales

Un courrier de Paul Junot, CFTC, solidaire des travailleurs de l’ARAST en lutte, adressé à “Témoignages”.

Témoignages.re / 15 janvier 2010

Engagé auprès des travailleurs de l’ARAST, le syndicaliste CFTC Gérard Junot a réagi à notre article paru hier. Nous publions ici l’essentiel de ce courrier… et la réponse par laquelle notre journal se réjouit d’engager un débat constructif.

« L’ARAST était une association loi de 1901 financée sur des subventions du CG ou sur des prestations payées par le CG ; cela n’en fait pas une "entreprise sociale", la finalité d’une entreprise, même sociale, étant de faire du profit. L’association se situait dans le champ de l’action publique autorisée. Il s’agissait d’intervention publique directe et indirecte. 2- Votre 3ème colonne contient une autre erreur grave : vous évoquez 65 membres de l’ARAST "protégés" et affirmez qu’ils "percevaient normalement leurs indemnités" (sous-entendu : de chômage). Est-ce par ignorance de ce qu’est un "personnel protégé" dans le droit syndical ? un salarié comme les autres qui, parce qu’il voue une partie de son temps à la défense de ses camarades, bénéficie d’une disposition du code du travail qui dit qu’il/elle ne peut être licencié(e) sans que cette décision ait fait l’objet d’une autorisation administrative de la Direction du travail. Tout simplement pour éviter les abus de patrons qui seraient enclins à licencier tel ou telle de leurs salarié(e)s pour fait syndical — ce qui ne fait pas partie des "raisons valables" de licenciement. Sur 1.258 salariés confrontés à la liquidation de l’ARAST, 65 (64 en réalité) étaient des représentants du personnel, membres du Comité d’entreprise ou délégués syndicaux dont le licenciement, parce qu’il devait recevoir l’accord de la Direction du travail, a été prononcé plus tardivement. Et comme ils n’ont pas été licenciés en même temps que les autres, ils ont continué à percevoir leur salaire de décembre. En aucun cas "leurs indemnités", comme vous l’affirmez. Et cette mesure n’a concerné aucun des personnels de direction. Ces 64 salariés n’ont pas perçu leur salaire de décembre de l’AGS, mais du liquidateur, Me Badat.
Je n’ose pas affirmer ici que “Témoignages”, historiquement le journal des travailleurs réunionnais, pourrait chercher sciemment à salir le rôle des représentants du personnel, en en faisant des privilégiés, voire des planqués. Mais je constate que vous martelez cette contre-vérité depuis la semaine dernière et je peux vous affirmer, par mes contacts personnels, qu’elle choque beaucoup les ex-salariés de l’ARAST. Je peux vous dire aussi que, sur les 9 grévistes de la faim, 5 sont des « salariés protégés ». Comme planqués, il y a pire. Sur le fond, il y aurait beaucoup à dire sur « l’urgence d’un nouveau modèle de service d’aide à la personne ». Mais comme cette conclusion découle de prémisses erronées (présupposé d’un "modèle ARAST"... qui n’existait pas), il n’est pas nécessaire de s’y étendre ».


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