Luttes sociales

« Un nouveau COSPAR est vital »

Alliance des Réunionnais contre la pauvreté

Témoignages.re / 15 mai 2010

Face à la dégradation de la situation sociale, l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté appelle à un grand mouvement de solidarité, à un nouveau COSPAR pour poser les bases d’une nouvelle gouvernance pour La Réunion.

Le Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion (COSPAR) va t-il renaître de ses cendres ? C’est en tout cas le vœu formulé par L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté. « Un nouveau COSPAR est nécessaire et même vital », déclarait hier Jean-Hugues Ratenon, devant la préfecture. Le porte parole de l’ARCP part en effet d’un constat : « la pauvreté gagne du terrain et l’incapacité de notre gouvernance à trouver des solutions est manifeste ». Il va même plus loin en accusant le gouvernement de creuser le fossé de la pauvreté. « La solidarité nationale fout le camp », insiste Jean-Hugues Ratenon, à l’heure où le gouvernement annonce la réduction des dépenses publiques. Alors, pour faire face à cette aggravation de la pauvreté, il n’y aurait pas d’autre moyen que de créer un nouveau COSPAR, pour une solidarité unitaire. Unité des chômeurs et des travailleurs, des sur-rémunérés et des sous-rémunérés, unité des classes, unité politique, unité des Réunionnais tout simplement.

Car le tableau est plutôt noir. « Le gouvernement n’a pas compris le message du COSPAR », affirme Jean-Hugues Ratenon, malgré la mobilisation de 30.000 Réunionnais dans les rues de Saint-Denis en mars 2009. Le COSPAR a certes obtenu le RSTA (Revenu supplémentaire temporaire d’activité), mais cette mesure exceptionnelle s’avère bien insuffisante (cf. encadré). Autre avancée, ce qu’on appelle « les prix COSPAR » sur des produits de premières nécessités dans la grande distribution, mais l’INSEE a montré qu’en un an les prix ont grimpé de 10%. La question du pouvoir d’achat est plus que jamais d’actualité. Avec la crise du BTP, près de 8.000 travailleurs ont d’ailleurs perdu leurs emplois. La FRBTP annonce même que le pire est à venir avec un total de 25.000 pertes d’emploi d’ici la fin de l’année.
Et aujourd’hui, au lieu de prendre des mesures contre le chômage de masse et pour relancer l’économie, le gouvernement annonce qu’il faudra encore se serrer la ceinture. Réduction des aides publiques au développement, de l’aide à l’agriculture, de l’aide à l’emploi, aux prestations familiales (logement, RSA, AAH), de l’Allocation rentrée scolaire, des primes de relance de la consommation... C’est sans compter que ces 8 dernières années, l’État a réduit considérablement les dispositifs d’emplois aidés. « On est passé de 50.000 contrats aidés pour 80.945 demandeurs d’emploi en 2002 à environ 20.000 contrats aidés pour 120.000 demandeurs d’emploi à ce jour », insiste Jean-Hugues Ratenon. On a tendance à rappeler sans cesse le chiffre de l’INSEE, les 400.000 Réunionnais qui vivent sous le seuil de pauvreté nationale. Mais ce chiffre date de 2006. Combien sont-ils aujourd’hui ? Combien seront-ils demain ? L’ARCP ne veut plus se contenter des chiffres.

EP

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Halte à la discrimination : « le vie est chère pour tous »

Il faut combiner RSA et RSTA

« Pourquoi certaines familles auraient droit à une prime en compensation de la vie chère et pas les autres ? Le moment est venu de régler ce problème de discrimination sur ce territoire. Nous allons dénoncer cette discrimination car la vie est chère pour tout le monde », a déclaré Jean-Hugues Ratenon. Travailleurs, smicards, minima sociaux, petits retraités, chômeurs... tous subissent cette situation. « L’État, en refusant de faire baisser les prix, porte atteinte à l’égalité économique entre les Français. En reconnaissant la cherté de la vie pour les seuls agents de la fonction publique, il crée une injustice sur le territoire, cela ne peut plus durer et le moment est venu d’un mettre fin », ajoute-t-il.
L’ARCP fait deux propositions en ce sens. La première, la pérennisation du RSTA à partir de 2012 (la mesure doit en effet prendre fin en 2011) et l’application du RSA dans les plus bref délais en faveur des travailleurs pauvres. L’ARCP a fait les calculs, une personne seule percevant un salaire de 500 euros pour un mi-temps, aurait en plus 260 euros de RSA et 40 euros de RSTA. Pour un couple de travailleurs avec deux enfants, ayant un revenu de 2.050 euros, le complément serait d’environ 260 euros au total. La deuxième, pour les personnes aux minima-sociaux et vivant dans une grande pauvreté, la création d’une carte achat-consommation. Les discussions sont d’ailleurs en cours avec la grande distribution.

EP


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