Luttes sociales

Un sommet sur l’emploi des jeunes pour rien

Union européenne

Céline Tabou / 10 octobre 2014

Réunis à Milan en Italie, mercredi 8 octobre, les dirigeants européens ont abordé le chômage des jeunes. Malgré la volonté de Matteo Renzi, président du Conseil italien, soutenu par le président François Hollande, le sujet n’a pas été au centre des débats.

Près de 5 millions d’Européens de moins de 25 ans sont sans emploi, pourtant ils n’étaient pas au centre des préoccupations. En effet, le sommet a failli être annulé par Rome le mois dernier, en raison des polémiques sur la possible démission de deux gouvernements de gauche face à la lutte contre le chômage des jeunes.

Après deux sommets similaires, en juillet 2013 à Berlin et en novembre 2013 à Paris, le sujet a beau être débattu, aucune mesure n’est prise pour répondre aux attentes de la jeunesse européenne. Seule une initiative adoptée a été lors du Conseil européen d’avril 2013.

Des dispositifs inadaptés

À cette époque, il s’agissait de pousser les États membres de l’Union européenne à présenter des projets visant réduire le taux de chômage des moins de 25 ans, mais également à garantir un stage, une formation ou un emploi dans les quatre mois suivant leur sortie d’école ou leur perte d’emploi.

En France, cette initiative a abouti pour le moment à la création de la Garantie Jeune. Toutefois, la France a bénéficié d’une enveloppe de 620 millions d’euros pour renforcer les missions locales et le Pôle emploi, ainsi que pour financer l’apprentissage, les emplois d’avenir, ou la lutte contre les décrochages. Paris a reconnu avoir des difficultés à mettre en place un plan pour lutter contre le chômage des jeunes, en raison des législations européenne et française.

Malgré cette initiative, le constat reste le même, les jeunes sont les premières victimes du chômage en France et en Europe, en raison de la crise de la dette souveraine. Les jeunes ont un taux de chômage record de près de 24 %, soit plus de deux fois supérieur à celui de leurs aines.

Pire certains voient leurs conditions de vie se dégrader, dues à la précarité de leurs emplois, passant généralement de stages en mission d’intérim, de CDD en contrats aidés. Une flexibilité du travail qui se traduit par une durée moyenne de cinq ans de précarité, avec ou sans diplôme. Sans compter les refus de prêts, les difficultés à se loger, se nourrir, et à sortir de la dépendance parentale et être autonome.

Changer le pacte de responsabilité

Sachant qu’ils ne pourront pas lutter dans ces conditions contre le chômage des jeunes, Paris et Rome ont voulu par le biais de ce sommet européen faire changer les modalités du pacte de stabilité et de croissance, qui fixe comme objectif un déficit public inférieur à 3 % du produit intérieur brut (PIB). François Hollande et Matteo Renzi souhaitent que ce traité prenne davantage en compte des critères sociaux, ainsi que l’investissement ou la nécessité de relancer la demande.

L’appel a été entendu par les eurodéputés affiliés au groupe des Verts au Parlement européen : Karima Delli (France), Ska Keller et Terry Reintke (Allemagne) et Ernest Urtasun Domenech (Espagne) qui ont indiqué dans une tribune publiée sur différents sites d’information qu’il fallait sanctuariser « les dépenses publiques dans l’éducation et la jeunesse, garantie d’une postérité aujourd’hui menacée ». Ces derniers ont indiqué que « pour conserver une chance de fonder un avenir européen, nous appelons les dirigeants européens à les soustraire à la barrière inique des 3% de déficit ».
Les eurodéputés ont prévenu que « nos dirigeants ne suscitent plus la colère chez les plus jeunes. Ils ne suscitent plus rien, c’est là le danger pour l’Europe ». Pour eux, à « nier l’urgence climatique et les difficultés quotidiennes des plus fragiles d’entre nous, ils nourrissent nihilisme et envie, là où partage et solidarité sont nécessaires ». Raison pour laquelle, Karima Delli, Ska Keller et Terry Reintke et Ernest Urtasun Domenech propose que « pour que l’Europe ait un avenir au sein du monde de demain, nous les appelons à préparer le prochain acte, sous peine d’être la dernière troupe sur scène avant le baisser de rideau ».


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