Luttes sociales

Une casse sociale sans précédent

Les conséquences de l’arrêt des projets et des grands chantiers

Céline Tabou / 5 mars 2011

Après trois syndicalistes hier, trois membres du mouvement social donnent leur point de vue sur les conséquences de la suppression des grands chantiers à la suite de la publication d’un dossier de "l’Express" relatif à l’arrêt du développement des énergies renouvelables dans notre pays.

 Propos recueillis par Céline Tabou  

Jean-Hugues Ratenon (ARCP) : « Tous ces facteurs d’amélioration des conditions de vie de la population ont été battus en brèche »

La population réunionnaise peut constater aujourd’hui combien on les a trompé ! Et combien on est en train de retarder le développement économique de La Réunion. Un modèle de développement économique qui tient compte de l’environnement, de l’emploi, de la stabilité de l’entreprenariat et du pouvoir d’achat. Tous ces facteurs d’amélioration des conditions de vie de la population ont été battus en brèche par une vision purement politicienne d’un élu qui n’arrive pas à avoir une vision globale pour notre pays. La démocratie ne doit en aucun cas être prétexte au démantèlement de l’intérêt général.

De plus, plusieurs éléments démontrent l’incohérence de l’orientation ou du manque d’orientation de l’équipe conduite par Didier Robert. La consolidation du chômage de masse et notamment chez les ouvriers qualifiés, l’effondrement des entreprises réunionnaises, la baisse de la consommation, l’explosion du nombre des dossiers de surendettement, avec tous les effets sur le mental et le physique des Réunionnaises et des Réunionnais ont été orchestrés par cette équipe au pouvoir. Tout montre que l’arrêt des grands chantiers a été une grave erreur stratégique qu’il ne fallait surtout pas commettre en cette période de crise à l’échelle mondiale.

Aujourd’hui encore, nous constatons combien la crise dans les pays arabes pèse économiquement sur notre département. La montée du prix du baril de pétrole apporte la preuve que le projet rail est une nécessité absolue pour La Réunion. Le Tram-Train était une alternative pouvant éviter notre dépendance au pétrole, tant sur le plan environnemental que financier. La Réunion a sûrement perdu une dizaine d’années. Quel gâchis ! Et, c’est la population qui aujourd’hui et demain payera les conséquences du mauvais choix d’un élu qui actuellement est Président de Région, grâce à une partie de cette population. J’appelle quand même à une réaction de notre population car ce qui a été détruit par un vote peut être reconstruit par un autre vote. La prochaine élection cantonale est une occasion à ne pas manquer afin de sanctionner les mauvais choix politiques.


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Gilles Leperlier : « la fin du Tram-Train est un nouveau crime contre les jeunes Réunionnais ». (photo J.-F.N.)

Gilles Leperlier (AJFER) : «  Mettre fin à ces projets a mis à mort l’avenir de La Réunion »
L’arrêt des projets tels que le Tram-Train, la Route du Littoral, la Rocade du Tampon, a entraîné un manque d’emploi. De plus, les centaines de milliers d’heures de formations qui avaient déjà débuté, ne vont pas bénéficier aux jeunes, qui aujourd’hui se trouvent formés pour des postes qu’il n’existe plus à La Réunion. Alors que ces formations étaient adaptées aux chantiers prévus et à venir, celles-ci auraient permit de développer l’économie de notre île.
L’arrêt de ces grands chantiers est une catastrophe, car c’est nous, jeunes, qui traineront toute notre vie cette décision. Alors que dans tous les pays du monde, c’est une politique de grands chantiers et d’investissements qui est mise en place pour faire face à la crise et se développer, ici on décide de tout arrêter pour des raisons encore incompréhensibles. Mettre fin à ces projets a mis à mort l’avenir de La Réunion.
D’autant plus que notre île connaît une accélération de l’aggravation de la situation. Licenciement, augmentation du chômage et de la précarité, baisse du pouvoir d’achat assombrissant au fil des jours l’avenir de toute la population réunionnaise et en particulier des jeunes. Face à cette situation de crise sans précédente, Didier Robert fait le choix de mettre fin au Tram-Train qui représentait 4.000 emplois directs et indirects et plus de 100.000 heures de formation dès 2010.
Après avoir condamné 60% de la jeunesse Réunionnaise à la misère à 62 ans en votant pour la réforme des retraites, la fin du Tram-Train est un nouveau crime contre les jeunes Réunionnais. Avec cette décision, Didier Robert a donc fait dérailler l’avenir de La Réunion en termes d’emplois, de déplacements, d’énergie, d’aménagement et de relance de l’activité.


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Raymond Mollard : « Après avoir cassé l’ensemble des projets en cours, on en vient aux bonnes vieilles recettes du "tout automobile", des 2.000 bus, des centrales à énergies fossiles et des incinérateurs ! »

Raymond Mollard : « En quelques mois, notre île a reculé de 20 ans »

Le dossier de "L’Express" met en lumière un double scandale. Tout d’abord, celui d’une minable entente politicienne entre le gouvernement (représenté ici par les sieurs Maccioni et Ballandras) et l’UMP (Didier Robert et sa clique) pour récupérer et saborder le projet d’autonomie énergétique porté par Paul Vergès et l’Alliance. Et ensuite, celui de la myopie totale et de l’incompétence de l’équipe actuellement au pouvoir à la Région en matière de mise en œuvre d’une politique de développement durable pour La Réunion. Après avoir cassé l’ensemble des projets en cours (photovoltaïque, géothermie, énergie thermique des mers, éolien…) on en vient aux bonnes vieilles recettes du "tout automobile", des 2.000 bus, des centrales à énergies fossiles et des incinérateurs !
En quelques mois, notre île a reculé de 20 ans dans son projet de promotion des énergies nouvelles. Expérimentations stoppées, recherche arrêtée, projets annulés, environnement saccagé, pollution accélérée : la droite UMP montre, dans toute sa splendeur, son incapacité à imaginer l’avenir autrement que sous l’angle du pillage des ressources, de la pollution, de la démagogie à courte vue. On constate d’ailleurs la même aberration au niveau de l’Ecole, où l’Education est annoncée comme une priorité, au moment même où le Recteur supprime massivement les postes et où le Conseil régional fait passer à la trappe les chantiers de construction des trois nouveaux lycées, que l’Alliance avait programmés dans le PRDF !...
Sans compter le désastre en matière de formations technologiques et professionnelles, puisque le plan de développement des énergies nouvelles pouvait déboucher sur la création de 15.000 à 25.000 emplois nouveaux, directement offerts aux jeunes formés dans nos lycées. Ces emplois détruits, la Région dit aux jeunes : prenez l’avion et allez voir en métropole, là est votre avenir. Voilà le vrai sens de la "continuité territoriale" mise en œuvre par Didier Robert : un marché de dupes, où les jeunes payent le prix de l’incurie et de la magouille.


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