Luttes sociales

Une double peine pour les plus démunis

L’ARCP et la liste de 60 produits

Manuel Marchal / 1er mars 2012

L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté constate que les baisses de prix actées mardi à la Préfecture sont moins importantes que ce qui avait été obtenu par les associations de consommateurs soutenues par la population avec l’accord COSPAR. Les produits ne sont pas adaptés, et les plus pauvres sont doublement pénalisés. En effet, les subventions accordées par la Région et le Conseil général sont le degré zéro de la politique, considère l’ARCP, car ce qui est utilisé pour faire baisser les prix ne sera plus disponible pour financer l’aide sociale.

Lors d’une conférence de presse hier, l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté a donné sa position suite à la publication par la Préfecture d’une liste de 60 produits en baisse.
« Le compte n’y est pas », dit Jean-Hugues Ratenon, « la population réclame le juste prix pour améliorer le pouvoir d’achat, en réponse, on lui présente une liste de 60 produits où la baisse moyenne se situe bien loin des 20 à 30% revendiqués ». Le président de l’ARCP constate également que le choix des 40 produits alimentaires de la liste n’est pas vraiment adapté à la population réunionnaise.
L’ARCP note également que la baisse des prix s’applique uniquement dans la grande distribution. Ces magasins sont donc privilégiés, ce qui va porter un coup aux commerces de proximité et aux marchés forains. Les plus démunis vont être encore davantage pénalisés, car de nombreux Réunionnais n’ont pas les moyens d’aller jusqu’à une grande surface pour faire les courses du mois. Ils ne seront donc pas concernés par la baisse annoncée mardi à la Préfecture.
C’est donc l’argent des Réunionnais qui va soutenir une politique contre les Réunionnais, car cela va fragiliser les commerces de proximité.
L’ARCP constate en effet qu’à la différence des produits COSPAR où la distribution avait pris à sa charge la totalité de la baisse des prix, les 60 produits présentés voient leur prix diminuer grâce à l’utilisation de l’argent public. C’est le niveau zéro de la politique, affirme l’ARCP, car cet argent public donné à la grande distribution ne pourra pas servir à l’aide sociale ou à la création d’emplois. Les plus démunis sont donc pénalisés.
Ce résultat montre également qu’en 2009, les associations de consommateurs soutenues par la population ont été bien plus efficaces que les collectivités. « Il est clair que pour nous, Didier Robert, Nassimah Dindar et le préfet prenaient leurs ordres à Paris. Et ils ont décidé de sacrifier les Réunionnais », conclut Jean-Hugues Ratenon, qui appelle à la plus grande vigilance pour que ce qui a été acquis par la lutte en 2009 avec le COSPAR soit préservé.

M.M.

Mobilisation pour sauver les produits COSPAR

L’ARCP démontre que l’affirmation du préfet, selon laquelle la nouvelle liste de produits est un complément des produits COSPAR, est une opération de com’. L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté relève tout d’abord qu’une partie des produits ciblés mardi est déjà incluse dans la liste de 254 produits COSPAR. Or, la baisse sur la liste des 60 produits n’est prévue que jusqu’à la fin de l’année, alors que l’accord sur les produits COSPAR prévoit une durée indéterminée.

L’ARCP s’interroge également sur un engagement du préfet au suivi des produits COSPAR. Pourquoi avoir laissé augmenter les prix dans certaines grandes surfaces ? L’ARCP souligne que seule la vigilance de la population a permis de préserver les prix en baisse de l’accord COSPAR.

L’ARCP va donc renforcer la mobilisation pour l’application dans son intégralité de l’accord COSPAR, avec à la clé des opérations de communication. L’objectif final reste toujours la mise en place d’une véritable politique du juste prix.

Une liste imposée sans concertation

Jean-Hugues Ratenon a rappelé que si l’ARCP s’était assise vendredi dernier à la table des négociations, c’était grâce à la volonté populaire. Ce jour-là, le préfet avait pris des engagements vis-à-vis de l’organisation. Mais l’ARCP n’a pas ensuite été invitée aux réunions en Préfecture qui ont élaboré la liste de 60 produits et le taux de réduction. Le préfet pense-t-il que l’ARCP n’est pas représentative, se demande l’organisation ? Est-ce le résultat des attaques contre l’ARCP sur certaines radios ? Le représentant de l’État s’est-il appuyé sur des divisions pour exclure l’ARCP des discussions ?


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