Luttes sociales

"Une "Garantie Jeunes" au rabais"

Témoignages.re / 26 août 2013

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"Pour faire face au chômage de masse qui touche 5,6 millions d’Européens de moins de 25 ans au sein de l’Union européenne, la Commission européenne a décidé de mettre en place un dispositif pour lutter contre le chômage de masse chez les jeunes, appelé "Stratégie Europe 2020".

Une des mesures phare de cette stratégie est la "Garantie Jeunes", dont les objectifs sont :

- la mise en place d’un programme d’intervention systématique en faveur des NEETs ;

- le développement de l’alternance à tous les niveaux ;

- le développement de l’esprit d’entreprise chez les jeunes.

A travers le Fonds “Initiative pour l’Emploi des Jeunes”, la France a obtenu une enveloppe de 570 millions d’euros pour mettre en place ce dispositif sur l’ensemble de son territoire. Pour pouvoir bénéficier de cette "Garantie Jeunes", la Commission européenne a imposé un critère spécifique : « Les crédits sons destinés aux régions dont le taux de chômage des jeunes dépasse 25% ».

Selon ce critère, 12 régions françaises, dont seulement les quatre Départements d’Outre-mer sur cinq, sont éligibles au dispositif. Nous remarquons dans le rapport de Dominique Bailly que 17 régions, où le taux de chômage des jeunes dépasse la moyenne européenne, peuvent obtenir cette subvention, mais l’expérimentation concerne seulement 10 départements.

Face à cela, le gouvernement a fait le choix de centrer sa "Garantie Jeunes" sur le versement d’une allocation de 450 euros, montant équivalent à celui du Revenu de solidarité active (RSA). Concrètement, il s’agit d’un contrat d’un an renouvelable signé entre un jeune de moins de 25 ans, en situation d’isolement et de grande précarité, et la Mission locale.

Dans les textes, la Mission locale s’engagera à offrir au jeune un accompagnement soutenu, en lien direct avec un travailleur social qui devra établir avec lui un projet d’insertion. Le travailleur social devra également lui faire régulièrement des propositions adaptées de formation ou d’emploi, dont les mesures emplois d’avenir et contrat de génération. De son côté, le jeune signataire sera tenu de respecter les étapes programmées du parcours, et d’accepter les propositions qui lui seront faites.

Cette "Garantie Jeunes" sera expérimentée dès le mois de septembre dans 10 départements, au lieu des 12 régions préconisées par la Commission européenne. La Réunion fait partie de ce dispositif, mais la Guyane (40,9%), la Guadeloupe (45,9%), la Martinique (47%) et Mayotte (NC) sont occultées, bien que ces départements possèdent des taux de chômage supérieurs à la moyenne européenne, 25%.

Un dispositif qui manque d’ambition

Le constat est évident, la "Garantie Jeunes" prévue par la France manque d’ambition pour lutter contre le chômage des jeunes. Pire, ce n’est pas avec une "Garantie Jeunes" au rabais que nous lutterons efficacement contre le chômage des jeunes. Nous rappelons le triste record de La Réunion où 60% des jeunes de moins de 25 ans sont sans emploi.

Une situation alarmante, à laquelle s’ajoute le décrochage croissant de certains chômeurs, qui arrêtent de rechercher activement un emploi, découragés par les difficultés qu’ils rencontrent sur le marché du travail (23% des chômeurs de 2011 sont devenus inactifs en 2012). Ce découragement est associé également au chômage de longue durée, particulièrement persistant à La Réunion, mais aussi l’inadéquation entre la formation et la réalité du marché du travail.

Les mesures annoncées et prévues par le gouvernement auront des effets à court terme, mais ne donneront pas de perspectives stables aux jeunes. D’autant plus qu’au cours des trente dernières années, près de 80 mesures différentes ont été mises en place pour l’emploi des jeunes, mais aucune n’a permis d’inverser la courbe du chômage.

Le gouvernement a décidé de concentrer ses crédits pour la période 2014-2020 sur les exercices 2014-2015, soit 5 milliards. C’est une bonne chose, car cela permet d’agir sur l’emploi des jeunes et d’être un levier immédiat pour faire face à l’urgence de la situation. Mais il doit aller jusqu’au bout de l’initiative et être beaucoup plus ambitieux.

Nous réitérons plusieurs points évoqués lors de notre conférence de presse, le 2 août 2013, tels que la nécessité de détecter les NEETs à La Réunion, de les réinsérer dans le système, mais aussi d’améliorer la lisibilité pour les jeunes et les employeurs, d’adapter les formations en fonction des besoins réels de l’île, de développer les services d’aide à la création d’entreprises, d’améliorer le niveau de stages et enfin de développer l’apprentissage et l’alternance.

Nous proposons la mise en place d’un Service Unique de la formation, de l’orientation, de l’insertion professionnelle et de la mobilité, qui devra rassembler l’ensemble des acteurs et être accessible à tous les jeunes pour un véritable accompagnement. Nous pensons que cela doit se faire à l’issue du collège pour permettre une meilleure orientation et donner aux jeunes des possibilités d’alternance afin d’éviter le décrochage scolaire et d’assurer une insertion professionnelle efficace. 

L’AJFER-Nou Lé Kapab souhaite que les responsables politiques et économiques soient à la hauteur des attentes de la jeunesse. Il en va de la responsabilité de tous nos parlementaires de sensibiliser le gouvernement et de faire des propositions pour la déclinaison d’un plan ambitieux, répondant aux attentes des jeunes Réunionnais face au chômage."

Gilles Leperlier

Président de l’AJFER-Nou Lé Kapab

www.noulekapab.com


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