Luttes sociales

Une mesure nuisible pour les étudiants les plus défavorisés

Suppression des sessions de rattrapage à l’Université

Sophie Périabe / 16 mars 2011

Le Conseil d’administration (CA) de l’Université de la Réunion, dans sa charte de l’enseignement en licence adopté le 3 mars dernier, a validé la suppression des sessions de rattrapage aux examens. « Un nouveau scandale qui touche la jeunesse réunionnaise » dénonce Huguette Bello qui apporte son soutien aux étudiants du collectif “Sauvons les rattrapages”.

Le collectif “Sauvons les rattrapages” composé de trois syndicats étudiants, la FER (Force des étudiants réunionnais), Réunir-Cé envie d’avenir et le MET (Mouvement des étudiants) dénonce la charte de l’enseignement en licence adopté le 3 mars dernier lors du CA de l’Université de la Réunion. Selon les jeunes, cette charte prévoit la suppression des sessions de rattrapage et la mise en place de note éliminatoire.
« Aujourd’hui entre 20 et 60% des étudiants, suivant les filières, obtiennent leur diplôme aux sessions de rattrapage ». Selon Huguette Bello, députée-maire de Saint-Paul, « l’organisation d’examens conditionne la réussite des jeunes, c’est un levier d’égalité entre les étudiants ».
Dans le contexte économique actuel où le chômage atteint des niveaux record, c’est un nouveau coup dur pour les jeunes Réunionnais, « puisqu’il s’agit d’une décision prise localement » déplore la députée. « Quel politique, quel prof peuvent prendre des décisions pareilles ? » s’indigne Huguette Bello.

Les rattrapages, une 2ème chance

Pour beaucoup d’étudiants, les rattrapages représentent une seconde chance. « Certains ont pu connaître des évènements douloureux et difficiles durant l’année, les rattrapages c’est un peu une manière de se relancer dans son parcours universitaire » indique Sébastien Bouchier de Réunir-Cé envie d’avenir.
« Selon le vice-président du CEVU, les rattrapages, c’est décrédibiliser les diplômes aux yeux des entreprises. Nous, nous voulons une Université de qualité, d’excellence et pas d’élite », insiste un autre étudiant. D’autre part, pourquoi, dans ce cas, maintenir les sessions de rattrapage pour « l’école d’ingénieur ESIROI, dans la filière GEA à l’IUT ou encore en médecine » se demande toujours les étudiants. D’autant plus que « selon le président de l’Université, cela ne représente qu’un coût marginal » poursuit Ranjit Camalou.
Les étudiants parlent même de « chantage », « si vous voulez les rattrapages, il y aura des seuils planchers pour les diplômes », raconte le représentant de la FER.
Pour l’Université de la Réunion, l’instauration du contrôle continu justifie la suppression des rattrapages. Là encore pour les étudiants, il s’agit « d’un contrôle continu déguisé puisque nous sommes déjà en contrôle continu ».
D’après Sébastien Bouchier, de nombreuses filières seraient en danger, « si on instaure des seuils, des quotas, par exemple, il faut 35 étudiants pour ouvrir une L2, 25 pour une L3, soit on va augmenter les notes pour atteindre le quota, soit des filières seront fermées et il faudra avoir les moyens de partir étudier en métropole ».
Une fois de plus, ce sont les étudiants les plus défavorisés qui seront touchés.

Une pétition de près de 2.000 signatures

Sur 3 jours, le collectif “Sauvons les rattrapages” a déjà récolté près de 2.000 signatures.
Lundi prochain, il prévoit de se rendre à une réunion de commission entre le président et les directeurs d’UFR afin d’interpeller ces derniers. Le soir, une AG sera tenue afin de rendre compte des résultats aux étudiants et de déterminer des actions. Les étudiants envisagent sérieusement de sensibiliser les membres du CA, « pour la tenue d’un CA extraordinaire, il faut 9 membres. Nous pourrons alors revenir sur cette charte votée 15 pour et 10 contre, mettre en place une commission composée d’étudiants, de professeurs, d’administratifs, etc., et travailler sur une charte acceptable et acceptée par tous » a conclu le collectif d’étudiants.

SP


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