Luttes sociales

Une nouvelle avancée dann la batay pour nout lang kréol

L’État français enfin pour « une politique publique en faveur des langues régionales »

Témoignages.re / 19 juillet 2013

Voilà une nouvelle illustration de la justesse des combats menés par le Parti Communiste Réunionnais depuis 54 ans pour faire respecter les droits fondamentaux du peuple réunionnais dans tous les domaines (économique, social, culturel, politique…). Elle concerne la reconnaissance, le respect et la valorisation de nout lang kréol rénioné, qui a toujours été bafouée, méprisée voire interdite par le système néo-colonial en place.
En effet, le gouvernement vient d’exprimer publiquement sa volonté de « redéfinir une politique publique en faveur des langues régionales et de la pluralité linguistique interne ». Et cela, suite à un rapport présenté à la ministre de la Culture et de la Communication par le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales.
Cette avancée est un encouragement à tous les militants du pays, qui se battent depuis longtemps pour la reconnaissance de l’identité spécifique du peuple réunionnais, à renforcer leur combat unitaire en faveur de nout lang kréol. D’autant plus que celle-ci fait partie des atouts de La Réunion à valoriser pour aller vers un développement durable.

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Parmi les personnalités auditionnées par le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales, le Réunionnais Carpanin Marimoutou, professeur des universités, membre du Comité international des études créoles.

Le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne est présidé par Rémi Caron, Conseiller d’État et son rapporteur général est Benoît Paumier, Inspecteur général des affaires culturelles. Comme il le dit dans le résumé de son rapport qui vient de paraître, ce Comité a été installé par la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, le 6 mars 2013. Et il avait pour mission « d’éclairer les pouvoirs publics sur les modalités d’application des trente-neuf engagements pris par la France en signant la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, et plus généralement de formuler des recommandations visant à favoriser la pluralité linguistique ».

Les propositions de ce comité (voir leur résumé en encadré) vont dans le même sens positif que les déclarations le mois dernier d’une ministre de la République française venue nous dire qu’elle est d’accord pour faire appliquer par le gouvernement le respect, la valorisation et l’enseignement de notre langue créole. C’était la première fois, après des dizaines d’années de luttes de militants culturels et politiques réunionnais pour faire respecter ce droit du peuple réunionnais.

Dans les thèses du congrès fondateur du P.C.R.

Ce combat était particulièrement difficile car les représentants de l’État faisaient la chasse à la langue maternelle des Réunionnais. Comment ne pas oublier cette grave déclaration d’un vice-recteur qui avait proclamé il y a quelques décennies qu’il fallait « fusiller le créole » … ?

Or, dès le congrès de sa fondation en 1959, le P.C.R. a évoqué ces problèmes dans ses "Thèses". Il y déclare notamment : « Dans le domaine culturel également, notre pays connaît la situation d’un pays colonial. Que ce soit dans le domaine de la langue, où le français est la seule langue officielle possible, inévitable, mais où il faut reconnaître que la langue véhiculaire, couramment utilisée dans toutes les catégories sociales est le créole.

Et si pour les catégories sociales ayant un certain degré d’instruction, cette situation ne crée par un obstacle majeur, il est par contre incontestable que l’immense majorité de notre peuple dans ses relations avec l’appareil administratif, l’appareil judiciaire… connaît du fait de cette situation, d’énormes difficultés.
Certes, si ce problème est complexe, il n’en demeure pas moins qu’un Réunionnais obligé de penser, de concevoir d’abord en créole et de traduire ensuite en français pour s’exprimer, se heurte à des obstacles qui le mettent en était constant d’infériorité.
Sans qu’une solution claire apparaisse dès maintenant à ce problème, il n’en demeure pas moins que dans son état actuel, il doit préoccuper chaque Réunionnais soucieux de la situation faite à ses compatriotes ».

La batay i kontinu

Le P.C.R. n’a donc jamais cessé de mener ce combat en faisant des propositions lors de ses divers congrès et en menant des actions sur le terrain en faveur de nout kiltir, notamment lors des fêtes de "Témoignages". Il a également publié divers ouvrages à ce sujet et régulièrement notre journal donne sa place au créole. Il est d’ailleurs le seul journal à La Réunion qui publie tous les jours un éditorial en français et un éditorial en créole.

Mais le P.C.R. a aussi contribué à ce qu’un maximum de nos compatriotes s’engagent dans cette lutte, quelles que soient leurs opinions politiques. Sur ce front de lutte comme sur tous les autres au service de notre peuple, il a toujours prôné l’union des Réunionnais dans le respect de leur diversité. C’est pourquoi nous pensons particulièrement à l’œuvre accomplie par des associations culturelles comme Lofis la lang kréol La Rénion, l’UDIR, Tikouti, Ankraké, etc., mais aussi des institutions comme le Conseil de la Culture, de l’Éducation et de l’Environnement ainsi que de nombreux artistes. Sur la base des dernières avancées, la batay pour nout lang kréol i kontinu !

Correspondant

Des propositions du Comité consultatif

Voici des extraits du résumé du rapport publié cette semaine par le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales, avec des inter-titres de "Témoignages" :

« Depuis une quinzaine d’années, des avancées ont été réalisées dans les domaines d’action répertoriés par la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires : l’enseignement en langue régionale a connu une croissance régulière de ses effectifs, mais qui est restée inégale selon les territoires et les langues ; celles-ci ont été progressivement reconnues dans les domaines de la création culturelle et du patrimoine, des médias ou des services publics en général, mais cette reconnaissance a eu des retombées limitées, malgré l’inscription en 2008 des langues régionales dans la Constitution.

Ces progrès ont généralement été le résultat des efforts conjugués de l’État, des collectivités territoriales et des services publics, des associations et de l’ensemble des acteurs de terrain. Les enquêtes dont le Comité a pu prendre connaissance montrent toutefois que le déclin de la plupart des langues régionales parlées en France métropolitaine, lié à l’extinction croissante de la transmission familiale et à la mobilité géographique, n’est pas enrayé.

Une campagne d’information et de sensibilisation

Aussi le Comité propose-t-il de donner une nouvelle impulsion aux dynamiques existantes. Cette relance passe par un acte juridique fort, qui pourrait prendre la forme d’une loi, complétée d’un Code des langues de France susceptible de rassembler l’ensemble des normes applicables aux langues régionales, avec le triple objectif de confirmer l’implication de la communauté nationale, de clarifier le droit et d’élargir le rôle des collectivités territoriales sur la base d’une responsabilité partagée avec l’État.

Cette intervention législative doit avoir pour corollaire une campagne d’information et de sensibilisation, afin de mieux faire connaître à l’ensemble des citoyens français la réalité des langues de France aujourd’hui, en ce qu’elles participent à l’identité et à la culture de notre pays.

Des politiques différenciées

Cette politique passe également par la reconnaissance de la diversité des langues concernées : langues régionales et langues non-territoriales, langues parlées en France métropolitaine et dans les Outre-mer, langues transfrontalières, langues solidement implantées et langues en situation de précarité.

Aussi, un travail approfondi de révision de la liste des langues de France établie par la délégation générale à la langue française et aux langues de France, qui devra relever d’un comité d’experts dûment mandatés, doit permettre, en affinant leur classification, d’offrir aux pouvoirs publics un "baromètre" de la situation de chaque langue.

Les pouvoirs publics pourront ainsi mettre en œuvre des politiques différenciées, en fonction de la responsabilité de l’État à l’égard de la protection de chacune de ces langues. Prendre en compte la spécificité des Outre-mer est, à cet égard, essentiel.

Renforcer les politiques sectorielles

De manière complémentaire, le Comité estime qu’il est indispensable de poursuivre et de renforcer les politiques sectorielles déjà engagées :

• l’éducation et plus particulièrement les premiers apprentissages demeurent la priorité, compte tenu de leur rôle dans la transmission intergénérationnelle des savoirs et des pratiques ; la loi de refondation de l’école du 9 juillet 2013 donne désormais une assise juridique solide pour développer l’offre d’enseignement sur le territoire, former davantage de personnels compétents, et réformer profondément l’enseignement des langues dans les Outre-mer. Une articulation avec l’apprentissage des langues étrangères s’impose ;

• la culture donne la curiosité et l’envie d’apprendre ces langues ; elle relève d’une compétence partagée entre l’État et les différents niveaux de collectivités territoriales ; le Comité fait des propositions afin de favoriser l’accès des créations en langues régionales aux dispositifs de soutien de droit commun, et afin de mettre davantage à profit les technologies numériques pour faciliter l’accès des citoyens au patrimoine en langue régionale ;

• dans le domaine des médias, le Comité recommande que l’expression en langues régionales occupe une place accrue dans les médias audiovisuels en régions et que l’émergence des chaînes d’information par internet, ainsi que les besoins en formation dans ce secteur, puissent être réellement pris en compte dans la répartition des moyens publics, grâce à un Fonds prévu à cet effet ;

• enfin, l’accès aux langues régionales dans la vie sociale, administrative et économique doit être facilité afin de donner une plus grande visibilité aux langues régionales au quotidien ; cet effort passe notamment par une clarification du droit applicable dans le fonctionnement des services publics, qui pourrait prendre la forme de chartes d’usage des langues régionales. Il passe également par un encouragement aux médiations bilingues, notamment dans les domaines des transports et des services sociaux, et par le développement de la formation professionnelle des agents.

C’est dans la mesure où ces propositions feront l’objet d’une politique publique globale et coordonnée qu’elles contribueront à libérer les pratiques et pourront avoir un impact significatif. La France pourra alors donner tout son sens à l’expression de sa diversité culturelle, dont la vitalité des langues parlées sur son territoire est un volet essentiel ».


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