Nou lé Kapab

Celle qu’on oublie, celle qu’on fustige, celle qui se venge

SOMALIE :

Témoignages.re / 23 septembre 2011

À l’heure où le thème de la France-Afrique revient à la mode (Cf notre article « Pourquoi Robert Bourgi a-t-il parlé ? »), il paraît judicieux de remettre la Somalie sur le devant de la scène. La famine prétendument de retour (alors qu’elle ne s’est jamais arrêtée) et le procès unanime que l’Occident fait de la piraterie somalienne, nous font dire que cette Corne de l’Afrique, est loin d’être celle [de La Corne] d’abondance, sauf si nous parlons en termes de déchets hautement toxiques.

En effet, depuis l’effondrement du dernier gouvernement central de Somalie en 1991, la situation n’a fait qu’empirer. Le vide politique et surtout juridique a permis à l’Occident de se sentir d’autant plus libre de piller toutes les ressources exploitables. La Somalie étant déjà le territoire de nombreux conflits, il est évidemment tellement plus avantageux de nourrir ces tensions en rajoutant de l’huile sur le feu. Le plus probant c’est l’image que nos chers médias nous renvoient des « pirates ». Présentés comme des fous avec dans une main un fusil (probablement français) et dans l’autre un Coran (arme qui semble effrayer plus efficacement les américains que nos fusils...), les pirates somaliens ont bon nombre de raisons de s’en prendre aux différentes flottes capitalistes.

Dépourvues de marine et de gardes-côtes, ces eaux prodigieusement poissonneuses ont été l’El Dorado offert aux gros chalutiers européens mais principalement asiatiques. Les « gentils pêcheurs asiatiques » (notamment les Sud-Coréens, les Chinois et les Japonais, ces derniers étant les champions internationaux de la chasse à Moby Dick et autres Flipper...) peuvent donc récolter en une nuit des tonnes de homards, thon, crevettes, requins dans la plus légitime illégalité, ce que les « méchants pêcheurs locaux » peinent à obtenir en une année.

Les « gentils pêcheurs asiatiques » peuvent récolter en une nuit
ce que les « méchants pêcheurs locaux » peinent à obtenir en une année.

Non contents d’avoir épuisé nos propres réserves nous continuons gaiement chez nos amis africains qui, rappelons-le ont grand besoin de notre « savoir-faire ».

Les eaux somaliennes, une poubelle sûre

Mais si l’histoire était si simple... Non rajoutons les circonstances probantes, cela va rendre le tout plus joyeux. En effet, en tant que bons Occidentaux bien-pensants, ayant une consommation criminelle, et une politique du nucléaire tout à fait « brillante », nous nous devons de nettoyer toute la pollution que cela engendre. Ainsi nous devons traiter nos déchets avec respect. Ces pourquoi des entreprises et hôpitaux européens ont aussitôt trouvé dans les eaux somaliennes, une poubelle sûre, où aucun de ces écolos peines-à-jouir viendraient ramener leur science... Le profit ne s’arrête jamais surtout quand on peut se débarrasser de ce qui est... ma foi embarrassant, mais pas grand-chose, juste quelques barils de déchets nucléaires...

Dès la disparition du gouvernement, de mystérieuses flottes se sont mises à déposer ces charmants colis dans l’océan, et qui, oh surprise, sont apparus sur les plages somaliennes après un fameux tsunami de 2005. La population côtière souffre d’étranges éruptions cutanées, de nausées, les nouveaux nés présentent des malformations, mais non ça ne peut pas être lié à ces barils énigmatiques. Cela doit être la famine (qui a bon dos… Surtout quand on semble connaître les responsables de l’exploitation massive de la première ressource du pays), mais surtout pas le plomb, les métaux lourds comme le cadmium et le mercure retrouvés dans les eaux somaliennes selon Ahmedou Ould-Abdallah, l’envoyé des Nations Unies en Somalie. De plus, ce dernier a déclaré « il n’y a pas eu de nettoyage, d’aucune indemnisation, et pas [d’action] de prévention ». Normal, c’est la faute à « Pas de Chance » (et à la mafia italienne qui se charge de transporter et de faire disparaître les barils).

Ainsi c’est dans ce contexte que sont apparus les dangereux terroristes qui troublent un des passages maritimes les plus importants : les fameux « pirates somaliens », qui auraient dû nous dérouler un tapis rouge plus moelleux encore, pour nos petites affaires. Les pêcheurs voulaient au départ, faire payer une taxe pour la pêche, et protéger son écosystème marin, et se présentent comme étant « Volontaires des Garde-côtes de la Somalie ». Sugule Ali, un des leaders des pirates, a déclaré que « Nous considérons que les bandits des mers [sont] ceux qui pêchent illégalement et utilisent nos mers comme une décharge et rejettent leurs déchets dans nos mers et viennent [naviguer] en armes sur nos mers ».

Les eaux somaliennes, un lieu hautement stratégique

Il faut aussi noter qu’ils défendent des mers qui sont, devant le Canal de Suez, là où se déroule le transit de 20% de l’approvisionnement mondial de pétrole. Lieu stratégique en effet en plein devant la porte de la méditerranée (ce qui amène les déchets nucléaires à faire un retour à l’envoyeur).

Ainsi, nous ne pouvons légitimer les actes de violence, mais il est nécessaire de comprendre que ce sont les seuls moyens pour les pêcheurs somaliens de se battre contre des forces occidentales qui ont le monopole de l’usage de la violence.

Il ne s’agit pas d’excuser les actes de violence,
mais d’essayer de comprendre les tenants et les aboutissants

Les résultats de l’enquête du site de presse indépendant somalien, le WardherNews, montrent qu’au moins 70% de la population locale « soutient fermement le piratage en tant que forme de défense nationale des eaux territoriales du pays ». Ainsi, il devient, à la suite de notre analyse, presque évident que certains événements regrettables (comme l’attaque du PAM -Programme Alimentaire Mondial) sont le fait de certaines personnes qui en se faisant passer pour des pirates de la cause somalienne, donnent l’occasion à la presse occidentale de discréditer la coalition des pêcheurs et des prétextes pour effrayer les plaisanciers.


Nou ar trouve !

Remerciements à toutes et tous ceux qui ont participé à l’élaboration de ce journal, Elody M., Emeline V., Gilles L., Béatrice L., Robin N., Stephane M., Merci à nos lecteurs et lectrices ! Retrouvez-nous sur FB « L’Az Do Fèr », sur le blog www.noulekapab.com! RDV Vendredi prochain !
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