Nou lé Kapab

Pourquoi, malgré la crise, bann magazin lé plein mèm ?

Interview

Témoignages.re / 23 décembre 2011

Malgré la crise et l’aggravation de la situation sociale, en cette période de fêtes, les magasins ne désemplissent pas et le chiffre d’affaires des enseignes ne cesse d’augmenter. Nous avons voulu comprendre la situation et casser les idées reçues en interrogeant Jean-Hugues Ratenon, président de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté.

2011 a été marqué par l’aggravation de la situation sociale, dans quel état se trouve la population réunionnaise aujourd’hui ?
— La population réunionnaise est contrainte à suivre le mouvement, on ne lui laisse aucun choix, ni aucune perspective d’où il se sent libre de dire que son avenir sera meilleur. La population est de plus en plus pauvre, il n’y a qu’à voir le nombre augmentant de personnes dans les CCAS de nos communes, et entendre ceux qui souffrent quotidiennement et qui en appellent à la charité et au bon sens de ceux qui détiennent les pouvoirs entre leurs mains.
La population est effectivement désespérée, le moral n’est pas au beau fixe, il suffit de se pencher sur les chiffres. 75% de la population est prête à une mobilisation face à la persécution subie par la politique du gouvernement de Sarkozy.
L’INSEE comme le Pôle Emploi annoncent les chiffres désastreux pour l’année 2011 et disent que la situation ne s’améliorera pas, au contraire, elle va en s’aggravant.
Sur le plan national, on entend parler de récession en cette fin de 2011. Il est sûr qu’en 2012, la récession sera présente.
Tout cela pèse sur le moral des Réunionnais. La population réunionnaise d’aujourd’hui ne peut certainement plus investir, ni épargner, il vit dans la routine en attendant des jours meilleurs.

Malgré cette situation, en cette période de fêtes, les magasins ne désemplissent pas et voient leur chiffre d’affaires augmenter, comment l’expliquer ?
— On ne se l’explique pas, on constate les faits. Il faut croire que nous vivons dans un monde où la consommation est devenue un geste mécanique, et que la loi du marché en tire son plus grand profit.
En ces jours de fêtes, le monde du commerce s’accapare effectivement toutes les opportunités à une augmentation de son chiffre d’affaires, il jouit de grasse abondance. Mais ceci n’est certainement pas un heureux hasard, ni une manne qui tombe du ciel, mais plutôt le résultat d’une situation qu’il a su créer, anticiper sur le gain, notamment par la conquête du monde publicitaire et la notoriété d’un label commercial ajusté sur le calendrier des fêtes et qui certainement trompe la population.
Cependant, chaque année à cette même période, nous constatons la même recrudescence de foule dans les magasins, ceci n’est pas plus inhabituel que les autres années. Ce qui est intéressant de savoir, c’est de connaître le chiffre d’affaires des magasins et de prendre connaissance de son évolution ou pas au fil des années.
On peut aussi dire que c’est le seul moment de l’année où le Réunionnais évacue tout le stress, c’est un moment de rêve, même si le rêve est éphémère.
Par rapport à la cherté de la vie, les dépenses ne sont pas identiques au chariot d’hier et d’aujourd’hui, notamment le chariot n’est pas rempli pareil, n’a pas les mêmes produits.
Le Réunionnais consomme également en cédant aux caprices des enfants influencés par rapport au discours dans le milieu scolaire.
Le véhicule, qui reste le moyen de communication des Réunionnais, s’observe en grand nombre sur les parkings des grandes surfaces, mais le véhicule n’est pas proportionnel au nombre de personnes.
On peut parler également de la pression de la pensée unique, la pression médiatique, la publicité oblige le consommateur à faire comme son voisin.
Plusieurs facteurs de danger créent donc ce phénomène de surconsommation.

Quels conseils donner à la population réunionnaise ? Quels sont les pièges à éviter ?
— Eviter d’être consommateur pour la consommation. Réfléchissez bien à vos dépenses, ne tombez pas dans le piège de la publicité qui regorge vos boîtes aux lettres.
Il ne faut pas tomber dans le piège de la surconsommation, des achats superflus.
A l’heure d’internet, il faut comparer les prix d’un magasin à l’autre et inspecter les offres.
Faire attention au piège des prix d’appels, c’est-à-dire des prix bas pour attirer les foules dans les enseignes.


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