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> Les profs dans le collimateur de Ségolène Royal

27 mars 2007, 21:12, par MERE COURAGE DECOURAGEE

En effet, il serait temps de réviser le temps de travail des profs ou de revoir à la hausse le coefficient appliqué aux 18 h de face à face.

Professeur de lettres modernes en collège "banal", j’enseigne sur trois niveaux et à quatre classes, soit 104 élèves qui produisent chaque semaine un travail écrit dont l’amplitude varie en fonction de l’avancement des séances voire de ma propre charge de travail.

Chaque élève possède 6 à 8 notes trimestrielles lui permettant de mesurer son évolution.

Est-ce du stakhanovisme ? Je ne le crois pas !

Pensez vous que nous puissions évaluer un élève sur ses compétences sans l’avoir testé sur au-moins deux devoirs de chaque type, auxquels il serait bon d’ajouter une évaluation d’orthographe ?

Pensez vous qu’il soit possible de corriger un devoir ; d’expression écrite, de synthèse de lecture, d’étude de la langue, en moins de 15 minutes (souvent plus) ?

Par conséquent mon temps de correction hebdomadaire est de 14 h, il me reste 13h/45 pour effectuer le reste de mes tâches.

Présente, 24h semaine sur mon établissement, je consacre 6 h à la recherche de documents,photocopies, tâches administratives, suivi des élèves sur ordinateur, rencontre avec les élèves, les collègues autour des problèmes ou des projets, voire harmonisation des devoirs et des corrections,il ne me reste alors que 7h/45.

Pensez vous que nous puissions préparer un contrôle et une correction motivée par les erreurs en moins d’une heure par classe et par semaine, soit 4h ? Je ne dispose alors que de 3h/45 pour actualiser mes lectures , concevoir ou préparer mes séquences.

C’est évidemment insuffisant ! Cependant, malgré mes 30 ans d’expérience, je continue à renover voire à innover car mon public change, les auteurs publient,l’actualité offre chaque jour de nouvelles voies à exploiter.

Il me reste les périodes de vacance durant lesquelles je vaque au sens transitif du verbe : vaquer à ses occupations.

C’est également insuffisant pour rencontrer les parents,assister aux réunions institutionnelles de l’équipe éducative en fin d’après midi, aux conseils de classe, aux ccordinations : collège/élémentaire, collège/lycée. Cependant je respecte mes obligations compte tenu de l’importance de ma matière, d’ailleurs ne pas les respecter m’exposerait au blâme de ma hiérarchie, des parents et des élèves.

Il n’est pas étonnant que nous "craquions" à mener ce rythme infernal qui obére nos soirées, nos week-end, nos congés (si mal traités) d’autant que peu de citoyens s’alarment de la diminution drastique des heures d’enseignement des lettres en direction d’un public particulièrement fragilisé par la paupérisation.

Fille d’ouvriers francophones, dans les années soixante à soixante-dix, j’ai bénéficié de 6 à 7 heures de français hebdomadaires durant mes études secondaires, mes enseignants avaient le temps de m’accompagner dans mes lectures et mes écrits, aujourd’hui cette pédagogie de comptable qui se cache derrière l’alibi des termes : autonomie, volonté personnelle, méthode, rationalisation ne permet plus ni aux élèves ni aux enseignants de travailler efficacement.

Enfin je n’évoquerai même pas les conditions de stress dans lesquelles enseignants et élèves sont plongés par l’obligation de résultats qui remplace l’obligation de moyens.

Pour beaucoup d’entre nous l’institution est devenue kafkaïenne puisque nos missions se sont accrues conjointement aux besoins et qu’à aucun moment il n’a été question, malgré nos revendications, de nous donner les moyens de répondre aux demandes sauf en nous intimant un ordre "do it".

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