> Unissons nous contre la destruction du patrimoine culturel réunionnais
7 mars 2007, 21:46, par khal torabully
Bonjour.
Permettez-moi l’hospitalité de vos colonnes afin de m’adresser aux signataires du texte
concernant la destruction du monument décrit dans l’article de ce jour.
Avec mes remerciements anticipés,
Khal Torabully
Madame, Monsieur,
Vous appelez les Réunionnais à protester contre la destruction d’un
monument pouvant servir de liant entre les parcours et histoires des
réunionnais de diverses origines. Permettez-moi de signaler que cela
dépasse le cadre strict de votre île qui a vu se recontrer les humanités
que vous signalez, humanités qui de nos jours, se connectent dans leur désir d’histoire, et ce, par-delà les frontières.
Tout d’abord, je tiens à souligner le fait que j’approuve votre approche qui consiste à considérer l’histoire hors des cloisonnements ethniques ou idéologiques et comme référents d’un récit à partager, en écho à la praxis de Paul Ricoeur, comme je l’avais exposé dans mon article paru dans Africultures (N° 67, publié le 15/06/2006), plaidant pour un dialogue entre les mémoires de l’engagisme et de l’esclavage.
Cette exigence n’est pas étrangère à celle d’un travail de mémoire, que je préfère de loin
à un "devoir de mémoire", car il répond à un impératif de dignité
doublé d’un part-pris d’utiliser les rémanences historiques comme des
outils de construction par-delà les clivages ou blocages stériles.
Cela ne signifie nullement un gommage de faits spécifiques, comme dans
le cas précis que vous portez à l’attention des lecteurs de
Témoignages. Il s’agit, comme vous le faites de bon aloi, d’opérer une
mise en relation entre des mémoires que l’historiographie a souvent
séparées, voire, opposées. Cela ne signifie pas, non plus, que chacune
ou chacun ne doive assumer ses responsabilités, au vu des faits et des
informations démontrant des situations criminelles ou abusives, afin d’avancer en posant des leçons et des actes concrets, débarrasés de lectures exclusives, coupables.
Je tiens à signaler que cette perspective transcommunautariste a
alimenté le cahier des charges de l’Unesco en amont de son classement de l’Aapravasi Ghat à Maurice en 2006, car ce lieu a accueilli le coolie africain et l’engagé d’Asie, et il était essentiel, dans l’esprit de la coolitude, de favoriser ce travail de mise en relations dans un lieu ouvert à la diversité des faits historiques. J’ai abondé dans cette démarche car Maurice a aussi besoin de "marqueurs historiques" d’un nouveau genre, qui ne se contentent pas de signaler, par des traces empilées les unes sur les autres, ou les unes à côté des autres, des récits multiples, souvent coupés les uns des autres. Comme La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Fiji, l’Afrique du Sud... l’heure des "chocs des identités" impose de les relier pour mieux saisir un paysage humain fait de la diversité intrinsèque des parcours.
Aussi, je regrette comme vous l’ablation de ce lieu de mémoires.
A l’heure où les pays revendiquent un passé, au devant des accélérations des histoires mises en présence, et parfois, en concurrence, le cas que vous soulevez mérite que l’on s’y arrête, car il est impensable de rendre à la poussière les traces des récits à conjoindre pour un meilleur vivre ensemble.
Bonjour.
Permettez-moi l’hospitalité de vos colonnes afin de m’adresser aux signataires du texte
concernant la destruction du monument décrit dans l’article de ce jour.
Avec mes remerciements anticipés,
Khal Torabully
Madame, Monsieur,
Vous appelez les Réunionnais à protester contre la destruction d’un
monument pouvant servir de liant entre les parcours et histoires des
réunionnais de diverses origines. Permettez-moi de signaler que cela
dépasse le cadre strict de votre île qui a vu se recontrer les humanités
que vous signalez, humanités qui de nos jours, se connectent dans leur désir d’histoire, et ce, par-delà les frontières.
Tout d’abord, je tiens à souligner le fait que j’approuve votre approche qui consiste à considérer l’histoire hors des cloisonnements ethniques ou idéologiques et comme référents d’un récit à partager, en écho à la praxis de Paul Ricoeur, comme je l’avais exposé dans mon article paru dans Africultures (N° 67, publié le 15/06/2006), plaidant pour un dialogue entre les mémoires de l’engagisme et de l’esclavage.
Cette exigence n’est pas étrangère à celle d’un travail de mémoire, que je préfère de loin
à un "devoir de mémoire", car il répond à un impératif de dignité
doublé d’un part-pris d’utiliser les rémanences historiques comme des
outils de construction par-delà les clivages ou blocages stériles.
Cela ne signifie nullement un gommage de faits spécifiques, comme dans
le cas précis que vous portez à l’attention des lecteurs de
Témoignages. Il s’agit, comme vous le faites de bon aloi, d’opérer une
mise en relation entre des mémoires que l’historiographie a souvent
séparées, voire, opposées. Cela ne signifie pas, non plus, que chacune
ou chacun ne doive assumer ses responsabilités, au vu des faits et des
informations démontrant des situations criminelles ou abusives, afin d’avancer en posant des leçons et des actes concrets, débarrasés de lectures exclusives, coupables.
Je tiens à signaler que cette perspective transcommunautariste a
alimenté le cahier des charges de l’Unesco en amont de son classement de l’Aapravasi Ghat à Maurice en 2006, car ce lieu a accueilli le coolie africain et l’engagé d’Asie, et il était essentiel, dans l’esprit de la coolitude, de favoriser ce travail de mise en relations dans un lieu ouvert à la diversité des faits historiques. J’ai abondé dans cette démarche car Maurice a aussi besoin de "marqueurs historiques" d’un nouveau genre, qui ne se contentent pas de signaler, par des traces empilées les unes sur les autres, ou les unes à côté des autres, des récits multiples, souvent coupés les uns des autres. Comme La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Fiji, l’Afrique du Sud... l’heure des "chocs des identités" impose de les relier pour mieux saisir un paysage humain fait de la diversité intrinsèque des parcours.
Aussi, je regrette comme vous l’ablation de ce lieu de mémoires.
A l’heure où les pays revendiquent un passé, au devant des accélérations des histoires mises en présence, et parfois, en concurrence, le cas que vous soulevez mérite que l’on s’y arrête, car il est impensable de rendre à la poussière les traces des récits à conjoindre pour un meilleur vivre ensemble.
Avec vous,
Khal Torabully
Le 7/03/O6