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> Madagascar : référendum dans la confusion

10 avril 2007, 13:12, par paul A Razakasoa

Bonjour, A propos du récent referendum constitutionnel malgache, je vous adresse ,çi- après, un article publié dans une revue "Jureco" en 1991. Cela fait 14 ans et l’article n’a rien perdu de son actualité.C’est un peu long et je vous prie de bien vouloir m’excuser.
Paul.A. Razakasoa.
Antananarivo

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Une Constitution ? pour quoi faire…
Par Pierre Ranjeva
La Lettre mensuelle de Jureco n°54 Juin 1991

Malheur aux peuples qui ont besoin de grands hommes (B. Brecht)

En trente ans d’indépendance, nous voici à la veille d’être dotés d’une troisième Constitution. Nous sommes bien les héritiers de la France avec sa « croyance tenace, congénitale à la démocratie française, selon laquelle, il convient de rechercher dans un aménagement des institutions la solution des problèmes politiques ,sinon des difficultés économiques… » (1)
La Grande Bretagne, les Etats-Unis et la Confédération Helvétique ne connaissent pas moins , comme toutes les nations et tous les Etats , de graves crises , mais ne voient pas la nécessité soit de formaliser leur tradition soit d modifier de fond en comble leur Charte fondamentale. C’est peut être l’explication de leur adaptabilité au monde car , au lieu de perdre leur temps à disserter sur le « sexe des anges institutionnels », ils peuvent consacrer leur énergie à faire face aux vrais problèmes.
Au demeurant, une Constitution fournira au moins l’occasion à nos « spécialistes » et « experts » de disserter brillamment et à l’envi sur des thèmes aussi constructifs , au plan économique et social , que le mono ou le bicamérisme, la séparation des pouvoirs etc…
Et nous nous extasierons sur ces brillants produits des universités francophones et l’amoncellement de leurs gloses constitutionnelles.
Cela dit, nous ne sommes pas chez Jureco des adversaires d’une réforme constitutionnelle mais nous pensons que, dans la situation actuelle de notre société civile et des archétypes dominants , la Constitution , même la plus libérale , ne peut donner qu’un pouvoir autoritaire , Saint Vincent de Paul ou le Mahatma Gandhi porté à la présidence de la République Malgache aurait été , par la force du contexte , des dictateurs.
Il faut le reconnaître, Madagascar n’a pratiquement jamais connu, au cours de son histoire , la liberté. De tout temps, l’autorité a été sacralisée et le « fanjakana » considéré comme la source même de la pitance, le « ray aman-dreny » , le « père et la mère » à respecter : les Malgaches, sauf au cours de quelques soubresauts violents, ont voué à tous les régimes , un respect quasi – idolâtre , même si cette idolâtrie n’était que d’apparence.
Sous la colonisation, c’était à qui crierait « Vive la France », ensuite la loi cadre a été le fin du fin, puis Tsiranana le « père de la Patrie dont le successeur, en 1968, n’était pas encore né », Ramanantsoa la pureté d’une « maison de verre », Ratsiraka « le grand combattant » etc…
Qui demain sera « l’indépassable dirigeant aimé et respecté … » ?
Le chef idolâtré , ses collaborateurs , ses subordonnés et ses adversaires n’ayant aucune assise électorale , comment s’étonner si tout émane de lui et comment éviter que même la nomination à un haut poste , qui vous revient naturellement par votre formation et votre expérience , ne soit considérée comme une faveur.
Tel est le contexte dans lequel nous vivons et toute Constitution qui n’en tiendrait pas compte ne serait que poudre aux yeux, « un hommage que le vice rend à la vertu ».
Voulons-nous réellement entrer dans le monde moderne et rejoindre la grande cohorte triomphante des démocraties ? Alors, il faut faire fi des arguties et subtilités juridiques pour édicter une Charte souple dont les lignes de force seront orientées vers la libération des esprits et des hommes.
Dans cette perspective, la Constitution pourrait essentiellement affirmer des principes qui auront valeur légale et , à l’instar du système américain ou helvétique , ne tracer que les grandes lignes de la répartition des pouvoirs afin de permettre l’adaptation , par amendements de la loi Fondamentale en fonction de l’évolution du monde changeant et insaisissable dans lequel nous vivons .
En fait , plus qu’à un renforcement ou à un affaiblissement de l’exécutif, du législatif ou du judiciaire , une Constitution chez nous doit aider à l’émergence d’une puissante société civile car « le grand soin d’un gouvernement , a dit Tocqueville , doit être d’habituer les peuples à se passer de lui ».
Tout le reste est , au pis une mystification, au mieux un faux problème.

1. « Les institutions et la vie politique, de 1945 à nos jours » Marcel Merle in Histoire de la France , dirigée par Georges Duby p 597 Larousse 1987

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