Le droit du sang est une bêtise. Il faut le droit du sol parce qu’il y a toujours quelqu’un qui a une idée folle dans la tête. Parce qu’on a toujours un sang qui n’est pas suffisamment pur. Un enfant né en France a le droit de devenir Français. C’est pour ça que la France est devenue un beau pays ». Voilà ce que Nicolas Sarkozy rétorquait en 2003 à Jean-Marie Le Pen lors d’un débat télévisé devenu célèbre.
Fabien Grasser
Moins de cinq ans plus tard, c’est sans complexe - bien entendu - que Nicolas Sarkozy s’apprête à piétiner cette belle profession de foi, tout comme il en va désormais d’autres grands principes républicains et démocratiques.
Vendredi, son secrétaire d’État à l’Outre-mer, Christian Estrosi, annonçait en effet la suppression à Mayotte du droit du sol pour les enfants nés de parents en situation irrégulière. En cela, Estrosi, l’un des plus fervents cire-talonnettes de Sarkozy, ne fait que reprendre une revendication avancée depuis des années par les élus majoritairement de droite de cette minuscule île française de l’océan Indien.
Car Mayotte est littéralement envahie par les clandestins des Comores et singulièrement de la très instable île voisine d’Anjouan. Au point qu’un tiers des habitants de Mayotte seraient aujourd’hui clandestins tandis que l’unique maternité de l’île détient le record du nombre de naissances en France, principalement du fait de Comoriennes venant y accoucher afin que leurs enfants puissent un jour acquérir la précieuse nationalité française.
Pour bien comprendre cette situation, un retour de quelque trente années en arrière s’impose : quand en 1975, les Comoriens sont consultés sur leur avenir, les habitants de trois des quatre îles de l’archipel se prononcent pour l’indépendance. Seuls les Mahorais choisissent le maintien dans la République, à la faveur d’un vote manipulé. Et c’est déjà sans complexe que le président Giscard décide de « conserver » Mayotte, foulant aux pieds un principe intangible du droit international, à savoir l’indivisibilité d’une nation.
Pour les Comores, la suite est connue : coups d’État et autres manœuvres tordues orchestrées par la France maintiennent les Comores dans un état de sous-développement et d’instabilité chroniques. Quand en 2001, le gouvernement Jospin accorde aux Mahorais le droit de rester définitivement Français, les euros pleuvent par centaines de millions sur « l’île aux parfums ». Et Mayotte attire toujours davantage de Comoriens partageant avec les Mahorais la même langue, la même culture, la même Histoire.
Si la petite île ne présente guère d’atouts économiques, elle occupe en revanche une position stratégique déterminante. Postée en sentinelle à l’entrée du canal de Mozambique, elle est un « porte-avions » idéal pour projeter des troupes vers l’Afrique et, au-delà, vers le Golfe et ses champs pétroliers.
Au regard de ces intérêts, la politique de Sarkozy ne diffère pas de celle de ses prédécesseurs. Mais il serait toutefois erroné de voir dans l’annonce de la suppression du droit du sol à Mayotte une mesure spécifique pour cette île. Comme le soulignent des associations de lutte contre le racisme, dans cette affaire, Mayotte n’est qu’un prétexte. Il en va de même avec les tests ADN pour les étrangers ou la détention de sûreté au sujet de laquelle Sarkozy défie le Conseil constitutionnel : l’important est de faire passer le principe afin de pouvoir ensuite l’élargir, sinon le généraliser.
Or la criminalisation des étrangers ou le contrôle biologique des populations sont des poisons pour la démocratie car il s’agit de principes inspirés par les totalitarismes, voir carrément puisés dans l’arsenal législatif nazi dans le cas de la détention de sûreté. À croire, comme le déclarait Sarkozy en 2003, que « quelqu’un à une idée folle dans la tête ».
ARTICLE PUBLIE DANS UN QUOTIDIEN LUXEMBOURGEOIS
Poisons
Le droit du sang est une bêtise. Il faut le droit du sol parce qu’il y a toujours quelqu’un qui a une idée folle dans la tête. Parce qu’on a toujours un sang qui n’est pas suffisamment pur. Un enfant né en France a le droit de devenir Français. C’est pour ça que la France est devenue un beau pays ». Voilà ce que Nicolas Sarkozy rétorquait en 2003 à Jean-Marie Le Pen lors d’un débat télévisé devenu célèbre.
Fabien Grasser
Moins de cinq ans plus tard, c’est sans complexe - bien entendu - que Nicolas Sarkozy s’apprête à piétiner cette belle profession de foi, tout comme il en va désormais d’autres grands principes républicains et démocratiques.
Vendredi, son secrétaire d’État à l’Outre-mer, Christian Estrosi, annonçait en effet la suppression à Mayotte du droit du sol pour les enfants nés de parents en situation irrégulière. En cela, Estrosi, l’un des plus fervents cire-talonnettes de Sarkozy, ne fait que reprendre une revendication avancée depuis des années par les élus majoritairement de droite de cette minuscule île française de l’océan Indien.
Car Mayotte est littéralement envahie par les clandestins des Comores et singulièrement de la très instable île voisine d’Anjouan. Au point qu’un tiers des habitants de Mayotte seraient aujourd’hui clandestins tandis que l’unique maternité de l’île détient le record du nombre de naissances en France, principalement du fait de Comoriennes venant y accoucher afin que leurs enfants puissent un jour acquérir la précieuse nationalité française.
Pour bien comprendre cette situation, un retour de quelque trente années en arrière s’impose : quand en 1975, les Comoriens sont consultés sur leur avenir, les habitants de trois des quatre îles de l’archipel se prononcent pour l’indépendance. Seuls les Mahorais choisissent le maintien dans la République, à la faveur d’un vote manipulé. Et c’est déjà sans complexe que le président Giscard décide de « conserver » Mayotte, foulant aux pieds un principe intangible du droit international, à savoir l’indivisibilité d’une nation.
Pour les Comores, la suite est connue : coups d’État et autres manœuvres tordues orchestrées par la France maintiennent les Comores dans un état de sous-développement et d’instabilité chroniques. Quand en 2001, le gouvernement Jospin accorde aux Mahorais le droit de rester définitivement Français, les euros pleuvent par centaines de millions sur « l’île aux parfums ». Et Mayotte attire toujours davantage de Comoriens partageant avec les Mahorais la même langue, la même culture, la même Histoire.
Si la petite île ne présente guère d’atouts économiques, elle occupe en revanche une position stratégique déterminante. Postée en sentinelle à l’entrée du canal de Mozambique, elle est un « porte-avions » idéal pour projeter des troupes vers l’Afrique et, au-delà, vers le Golfe et ses champs pétroliers.
Au regard de ces intérêts, la politique de Sarkozy ne diffère pas de celle de ses prédécesseurs. Mais il serait toutefois erroné de voir dans l’annonce de la suppression du droit du sol à Mayotte une mesure spécifique pour cette île. Comme le soulignent des associations de lutte contre le racisme, dans cette affaire, Mayotte n’est qu’un prétexte. Il en va de même avec les tests ADN pour les étrangers ou la détention de sûreté au sujet de laquelle Sarkozy défie le Conseil constitutionnel : l’important est de faire passer le principe afin de pouvoir ensuite l’élargir, sinon le généraliser.
Or la criminalisation des étrangers ou le contrôle biologique des populations sont des poisons pour la démocratie car il s’agit de principes inspirés par les totalitarismes, voir carrément puisés dans l’arsenal législatif nazi dans le cas de la détention de sûreté. À croire, comme le déclarait Sarkozy en 2003, que « quelqu’un à une idée folle dans la tête ».
Voir en ligne : Le Luxembourg s’intèresse aux Comores