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> « Reconstruire nos institutions et nos politiques »

9 octobre 2008, 06:13, par zenfantbondiè

A moyen-long terme, je crois que le système se remettra en route : parce qu’il ne peut en être autrement, à moins de supposer possible, que l’édifice économique mondial ne finisse par s’effondrer, ce qui n’est pas exclut. Possible en effet que les mesures politiques, même coordonnées, ne parviennent à réveiller la confiance des milieux financiers, et surtout celle des (trés nombreux) petits épargnants. Qui ne sont pas tous des spéculateurs, mais dont les dépôts cependant alimentent les marchés. Nous sommes tous des boursicoteurs, sans le savoir parfois, par déléguation, au travers de nos caisses de retraites, par exemple.

Il y a des raisons structurelles à cette crise boursière : la discordance des cotations, la titrisation excessive, l’extréme dissémination des sources de financements, et bien d’autres encore, qui mériteraient d’être mieux encadrées. Mais il en est une particulièrement perverse : la possibilité de dériver vers des places off-shore, les risques alarmants, lisibles sur des lignes de bilans, via des coquilles créées ex-nihilo, pour éviter de déplaire aux actionnaires, et plus généralement aux investisseurs potentiels. Ce qu’on ne souhaite pas avaler en début de repas, de toute façon, en tant que convives autour d’un même repas, il faudra bien l’avaler, avant le dessert. Il en est une autre, non moins dangereuse, qui est la pression constante, irréfrénée, de ces mêmes personnes (ou organismes, dont les fonds de pension), cet appétit insatiable, pour ramasser des dividendes toujours de plus en plus importants, qui fausse la réalité, et érode peu à peu, le fonctionnement normal et sain d’une entreprise, fut elle cotée en bourse : générer des bénéfices solides pour investir, et non sacrifier les ressources humaines et des outils de production, pour créer artificiellement de la richesse ; Ce à quoi nous assistons, impuissants, depuis déjà quelques années, avec l’ouverture des frontières et la libre circulation des capitaux, sans que nos décideurs ne le déplorent, faisant plutôt les éloges et l’apologie, de la mondialisation, en caressant dans le sens du poil, ces méga-monopoles qui se mettent en place, au prétexte qu’ils seront d’autant plus costauds, s’ils sont plus gros.

Ils ont oublié la parabole du chêne et du roseau, de La Fontaine, mais c’est compréhensible, s’ils préférent suivre des matchs de sumo. Pendant que nous, consommateurs béats, contribuables rétifs, électeurs dans le brouillard, nous nous réjouissions d’une inflation jugulée, et surtout de pouvoir acheter moins cher, et souvent de qualité discutable, ce qui avant, demandait une part de salaire horaire plus grande, négligeant la longévité du produit, au profit de l’opportunité de l’acquérir ; S’exonérant avec largesse, des détresses sociales induites, des savoirs-faire dilapidés, et d’une dépendance éco-addictive d’autant plus grande, que nous sommes devenus accros à notre sacro-saint pouvoir d’achat, délaissant l’essentiel pour des hochets d’hommes dits modernes ; Pauvres de nous, c’est par ces futiles richesses transitoires, que nous sommes, malgré nous, complices d’une nouvelle forme d’esclavage qui asservit des millions de personnes dans les pays producteurs. Qui sans nous, n’en doutons pas, auraient trouvé d’autres moyens de mieux pouvoir s’épanouir, en se libérant des dominations qui les exploitent (Nous, occidentaux, ayons la décence de le reconnaitre, nous avons participé à entraver la marche de la plus grande partie de nos voisins sur cette terre, vers plus de progrés sociaux, au titre seul de nos conforts quotidiens).

Et il y a des raisons conjoncturelles : la crise n’est pas que boursière, et cela fait un moment que les moteurs américain et européen, qui tirent vers le haut, les croissances des pays émergents, s’étouffent peu à peu des retours de gaz de leurs endettements chroniques, liant leurs créanciers asiatiques, dans une boucle infernale, qui vire à la spirale mortifère. Les paniques, qui s’agitent par soubresauts, et font frissonner d’effroi les brookers, ne sont pas totalement irrationnelles : elles ont un ressenti profond, mal défini parce que multiforme, mais pourtant bien pressenti par la plupart des acteurs, quoiqu’en disent certains, visiblement inquiets de ne pas être suffisamment rassurants. La menace de récession, voire de dépression, qui s’affine, la récente flambée des coûts pétroliers, des conflits moyen-orientaux qui s’enlisent, d’autres qui surgissent et d’autres encore qui couvent, les désaccords persistants qui creusent les fossés entre les nouveaux blocs mondiaux : l’avenir est instable, et plus gravement, il est de moins en moins contrôlable, en dépit des Davos et des G-delta, censés réunir les raisons de chacun, pour aboutir à un consensus global, de plus en plus hypothétique.

Aujourd’hui, le monde des finances est alité : d’abord sous perfusion, il est en cours de ré-animation, et gageons que ce grand corps malade finira par renaitre, au mieux, tel Phénix, de ses cendres, au pire, tel un zombie, issu d’un sépulcre nauséabond, à l’aide d’artifices, plus proches des pratiques magiques de la communication, et des thérapies de groupes, que de vrais traitements médi-conomiques radicals, plus aptes certainement, à revitaliser cet organisme atteint de pathologies diverses, qui vont des troubles psycho-somatiques, jusqu’à l’élimination de ses déchets, en passant par le plus soucieux, la probité de sa propre alimentation.

L’argent souffre d’une surestimation de sa valeur, et c’est cet orgueil qui pourrit sa propre utilisation : un peu d’humilité nous apporterait beaucoup d’Humanité.

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