J.O. Londres 2012

« JO de Londres : Les déplorables conditions de vie des agents d’entretien »

Ce que les télés ne montrent pas

Témoignages.re / 4 août 2012

Dans son édition d’hier, notre confrère "l’Humanité" lève le voile sur un des aspects méconnus des Jeux Olympiques de Londres : les agents d’entretien sont hébergés dans des conditions indignes, en échange d’un loyer exorbitant. Voici cet article.

Les nettoyeurs et les femmes de ménage du site olympique, le plus souvent venus de l’étranger, ont été installés sur un terrain vague, dans des baraquements que leurs occupants comparent à des taudis.
Les athlètes du monde entier ont maintenant pris possession du village olympique. Malgré les petits désagréments quotidiens de la circulation à Londres, voire la nourriture ou des lits trop petits, ils bénéficient du confort et de toutes sortes de facilités pour concourir au plus haut niveau. Cependant, les Jeux Olympiques ont leur part d’ombre crasse. Un événement d’une telle dimension mobilise en effet des milliers de travailleurs temporaires et, parmi eux, les agents d’entretien, le plus souvent des femmes, les «  cleaners  ». Leur camp a été posé sur un terrain laissé à l’abandon de l’est de Londres à proximité du village olympique. Entre canal et rocades, il est difficile d’accès, soigneusement gardé, à l’abri du regard du public. Une brève 
incursion y est carrément impossible. Pourtant, on peut voir une centaine de préfabriqués alignés et serrés les uns contre les autres. Ils accueillent une dizaine de personnes chacun.

Une toilette pour 25 personnes

Les conditions de vie imposées aux nettoyeurs et aux femmes d’entretien y sont déplorables. Telle est la bombe lâchée par “le Daily Mail” quelques jours avant l’ouverture des JO, suscitant indignation et vague mea culpa. Jugez plutôt. Il y a une cabine de toilette pour 25 personnes et une douche pour 75 ! La pluie qui ne manque pas de tomber sur Londres provoque des inondations dans une partie des baraquements et rend le terrain boueux. Les occupants de ces cabines métalliques, ils sont des centaines la plupart venus de l’étranger pour travailler, doivent acquitter à la société de nettoyage qui les a embauchés 18 livres par jour à titre de loyer, soit 550 livres par mois (700 euros). Un vrai racket.

700 euros de loyer

« Je ne pouvais pas le croire quand j’ai vu l’endroit où les gens dormaient, explique ainsi Andrea Munoz, un étudiant venu de 
Madrid. Quand j’ai vu aussi les portes en métal et la grande tour au milieu, ça m’a fait penser à une prison. C’est horrible. ». Il estimait pouvoir obtenir là un petit job, mais aussitôt, il a préféré faire demi-tour. Ses deux copains sont restés, mais il se dit persuadé qu’ils vont le regretter. Un jeune Hongrois de vingt-quatre ans a également témoigné des «  très mauvaises conditions  » régnant dans ce camp, le comparant à un taudis, sale et avec peu d’espace. Plusieurs jeunes femmes auraient déjà quitté les lieux, parce qu’elles ne supportaient pas l’idée de devoir dormir dans une chambre avec des hommes.
Le Locog, le Comité d’organisation des Jeux, avait obtenu l’agrément du conseil de Newham, quartier où est situé le campement, malgré les réticences des autorités sanitaires. Toutefois, leurs mises en garde n’ont pas été jugées suffisantes pour empêcher l’occupation du site parce qu’elle était temporaire, et l’accord a été finalement donné.

Visites interdites

Dans le collimateur également, Spotless International Services. Cette société en charge du camp a prétendu que le nombre de toilettes et de douches dépassait les exigences légales, et comble du bien-être, qu’une connexion à Internet avait été prévue. «  Ce n’est pas une prison. On ne force personne à rester. Beaucoup de nos employés viennent de régions où le chômage est très élevé et sont très contents de travailler lors des Jeux Olympiques. Il y aura toujours des mécontents sur le site, mais c’est une honte qu’ils ne soient pas venus en discuter avec nous parce qu’il y a des procédures en place pour résoudre ces problèmes  », a déclaré furieux le patron, Craig Lovett.
L’un de ces protocoles consiste à enfermer les secrets à double tour. Les travailleurs ont dû signer un contrat comportant une clause de confidentialité et de silence avec la société afin de ne pas parler à la presse, et ils sont interdits de visites familiales pour des «  raisons de sécurité  ». Mais trop tard, Andrea Munoz et quelques autres ont déjà parlé.

(Source "l’Humanité")


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