J.O. Londres 2012

Les JO vus par un philosophe prof d’EPS

Le capitalisme prédateur à l’œuvre

Témoignages.re / 13 août 2012

Fabien Ollier est un prof d’EPS qui n’aime pas le sport. Ce n’est déjà pas commun. Mais ce n’est pas tout. Fabien Ollier est diplômé d’un DEA de philosophie. Pour lui, c’est simple, « le sport ne devrait plus être ». Pourquoi ? Parce qu’il est « une forme d’activité physique qui ne permet pas de prendre conscience de son corps, ni de celui des autres ». Mais aussi parce qu’il est « le reflet et le moteur du capitalisme prédateur ».

Que racontent ces Jeux olympiques de Londres ?
— Il y a au moins cinq grandes caractéristiques dans ces JO qui confortent notre critique du sport.
La première est l’indécence de la gabegie olympique. Ces Jeux devaient être ceux des économies. Au final, le budget a été multiplié par cinq. Et ce sont les contribuables anglais qui vont payer la note. Par ailleurs, tous les économistes savent que ces JO ne rapporteront rien. C’est un choix de société entre 15 jours d’opulence pour une dizaine de milliers de machines musculaires, qui ne produisent aucune richesse pour la société, ou des emplois dignes de ce nom pour 4 millions de personnes.
Bref, ces Jeux démontrent que le sport est en collusion directe avec le capital transnational dont la seule ambition est le profit.

Deuxième caractéristique : Derrière ce spectacle pompier pour grands gamins, il y a un affairisme mafieux. Je m’appuie sur le travail de Jacques Soppelsa, professeur de Géopolitique à la Sorbonne, qui, dans un article publié dans "Le Monde", écrit que ces Jeux de Londres sont ceux du crime organisé autour des paris truqués, de la vente de billets et de produits dopants et de tractations frauduleuses entre partenaires de l’olympisme. Les Jeux sont un eldorado pour le capitalisme prédateur, mais aussi pour les mafias. Le CIO est parfaitement au courant de ces pratiques. En ce sens, il y participe.

Troisième caractéristique : on assiste aux premiers Jeux "Big Brother". Derrière la fête olympique, il y a un quadrillage militaro-policier de l’espace public quotidien. Une caméra pour 16 personnes. Un agent de sécurité pour 5 athlètes, 40.000 militaires et policiers, la défense aérienne et maritime sur le pied de guerre, sans compter les milices olympiques qui veillent au respect des droits labellisés JO. Même l’œil de la mascotte, qui prend la forme d’un cyclope, est un objectif de caméra !
Cette privation de liberté est rendue possible par cet élan populaire soi-disant lié au sport. En toute autre circonstance — le terrorisme par exemple —, cela aurait provoqué l’indignation des associations de défense des droits de l’Homme et des libertés individuelles, mais dès qu’il s’agit de la foire olympique, c’est l’union sacrée sportive et l’autocensure.

Quatrième caractéristique : ces Jeux sont les premiers à intégrer le voile islamique. Pour s’enrichir, le CIO a accepté la pression des pays du Golfe (Arabie saoudite en tête) et de l’Iran, bafouant au passage sa propre charte olympique qui interdit les signes ostentatoires d’appartenance religieuse. Il s’agit pour les régimes islamistes d’imposer leur modèle de maltraitance des femmes sous prétexte de "relativisme culturel" au sein d’un symbole occidental — certes très contestable — d’universalité que sont censés représenter les Jeux. On voit bien là à quel point le CIO est prêt à se compromettre au nom de stratégies commerciales et politiques.

Enfin, ces Jeux auront été ceux de la complicité directe du CIO avec la dictature syrienne. Au lieu de soutenir les athlètes syriens qui menaient campagne au risque de leur vie pour que la Syrie d’Assad soit privée de JO, le CIO a admis la délégation d’athlètes officiels du régime syrien. Il est clair que la Russie qui organisera les JO 2014 et la Chine qui a organisé les JO 2008 ne sont pas pour rien dans cette diplomatie d’ennoblissement par l’olympisme de la dictature syrienne.
Ce tour d’horizon permet d’avoir un regard plus critique sur ces JO que celui que nous proposent la propagande olympique et les médias à sa botte.

Malgré tout, l’intérêt du public ne se dément pas…
— Je conteste d’abord l’idée selon laquelle le public est au rendez-vous de ces Jeux de Londres. Même en Angleterre, il n’en est rien. Il n’y a pas de réel engouement. Il ne faut pas oublier les mouvements de contestation (qu’on peut comparer à celui des Indignés) au moment de l’ouverture des JO. Malgré cette propagande mise en place par la machinerie olympique pour "bouffer du sport tous les jours", il y a quand même des résistances.
Ceci dit, c’est vrai que le sport est devenu un opium du peuple. Une religion pour des masses qui subissent depuis plusieurs décennies un véritable lavage de cerveau par le biais du pilonnage des résultats sportifs et des "fabuleuses" histoires sur les (héros) sportifs.
Tous les régimes politiques se servent des JO comme d’un voile occultant pour renforcer leur pouvoir sur leur peuple. C’est pour ça que le sport de compétition est un programme politique liberticide massif.

Quel rôle attribuez-vous aux sportifs dans cette "machinerie olympique" ? Victimes ou complices ?
- Une chose est certaine : s’il n’y avait pas de sportifs, la machine olympique ne tournerait pas. Les athlètes sont pris au berceau pour devenir des machines à records. D’une certaine façon, ils sont les premières victimes de l’idéologie et de la maltraitance corporelle sportives. Ils ont subi dès le plus jeune âge la sélection, l’entraînement abrutissant, les pressions des staffs techniques, les pressions des parents qui ont fait d’eux des instruments de leur propre désir de grandeur inassouvi…
Que leur seul rêve soit d’être le champion olympique est ainsi le résultat du rétrécissement de leur pensée. Un objectif, une obsession : être le premier. Dès lors, il est bien difficile pour ces athlètes de prendre position d’un point de vue politique et social. Et cela, même s’ils se revendiquent par ailleurs "citoyens".
Une grande majorité d’entre eux sont obnubilés par leurs propres résultats et ne crachent pas sur les produits dopants pour parvenir à leur fin.
Le sport génère des mentalités d’égoïstes, de parvenus et de mégalomanes. Les athlètes sont confortés par la starification dont ils font l’objet. Et leurs émoluments leur assurent un train de vie de pacha.
En ce sens, ils sont des alliés objectifs de cette machinerie olympique et parfois même des alliés subjectifs. Nombreux sont ceux à promouvoir ce modèle de la rage imbécile de vaincre.
Alors sont-ils en mesure de prendre de la distance ? On en a fait des machines. Je crois que les athlètes sont castrés psychiquement. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas la capacité de penser, mais la réflexion étant un obstacle à la performance, ils la nient. Volontairement ou sous l’effet de machines à influencer particulièrement puissantes.

Votre critique du sport est pour le moins radicale. N’y a-t-il rien à garder ?
- Selon moi, le sport ne devrait plus être. Il est le reflet et le moteur du capitalisme prédateur. Attention, je ne confonds pas le sport avec l’activité physique. La question concerne l’activité physique libre : quelle activité pourrait être émancipatrice pour l’humanité ?
Ce qui est certain, c’est que dans sa logique de perfectionnisme infini, le sport est une forme d’activité physique qui ne permet pas de prendre conscience de son corps, ni de celui des autres (corps de la nature compris). Le corps n’y est rien d’autre qu’une machine complexe répondant à des stimulations.
En exigeant des sportifs qu’ils éliminent perpétuellement leurs adversaires — le but du sport, ne l’oublions jamais, est d’empêcher que l’autre en fasse —, le sport est plutôt une pratique d’abrutissement et d’exténuation qui fabrique des "cybernanthropes".
Je ne propose pas une utopie. En revanche, j’estime que la signification imaginaire du corps que l’institution sportive promeut dans la société pousse les individus à entrer dans une logique mortifère de productivisme démesuré.

 Source : Blog In et Out Nouvel Observateur 



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  • LE CAPITALISME PRÉDATEUR À L’ŒUVRE
    Les JO vus par un philosophe prof d’EPS

    13 août 2012

    Fabien Ollier est un prof d’EPS qui n’aime pas le sport. Ce n’est déjà pas commun. Mais ce n’est pas tout. Fabien Ollier est diplômé d’un DEA de philosophie. Pour lui, c’est simple, « le sport ne devrait plus être ». Pourquoi ? Parce qu’il est « une forme d’activité physique qui ne permet pas de prendre conscience de son corps, ni de celui des autres ». Mais aussi parce qu’il est « le reflet et le moteur du capitalisme prédateur ».

    Que racontent ces Jeux olympiques de Londres ? — Il y a au moins cinq grandes caractéristiques dans ces JO qui confortent notre critique du sport. La première est l’indécence de la gabegie olympique. Ces Jeux devaient être ceux des économies. Au final, le budget a été multiplié par cinq. Et ce sont les contribuables anglais qui vont payer la note. Par ailleurs, tous les économistes savent que ces JO ne rapporteront rien. C’est un choix de société entre 15 jours d’opulence pour une dizaine de milliers de machines musculaires, qui ne produisent aucune richesse pour la société, ou des emplois dignes de ce nom pour 4 millions de personnes. Bref, ces Jeux démontrent que le sport est en collusion directe avec le capital transnational dont la seule ambition est le profit.

    Deuxième caractéristique : Derrière ce spectacle pompier pour grands gamins, il y a un affairisme mafieux...

    Troisième caractéristique :

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    Source : Blog In et Out Nouvel Observateur

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