Les sports

Les Bleus victimes de la politique politicienne

Les enseignements de la Coupe du monde de football

Céline Tabou / 1er juillet 2010

Les représentants du gouvernement ont, à de nombreuses reprises, montré leur manque de soutien vis-à-vis de l’équipe de France de football. Mais, connaissant les enjeux de cette compétition mondiale, pourquoi et pour quelle raison ces hauts dirigeants politiques ont-ils cherché à discréditer et déstabiliser les joueurs de l’équipe, sensés représenter la France officiellement ?

Les attaques ciblées de Rama Yade

L’équipe de France versus 2010 n’était pas en forme, loin s’en faut. La défaite face à l’équipe de Chine, à La Réunion, ne laissait planer aucun doute. Ordinairement, c’est dans ces moments difficiles que les joueurs ont besoin de soutien. Comment le gouvernement français s’y est-il pris pour appeler les Français à soutenir leur équipe ?
Le premier représentant de l’État qui s’est exprimé sur le sujet, c’est Rama Yade. Le 6 juin, la secrétaire d’État aux Sports a donné le ton sur Radio J : «  Je n’aurais pas choisi cet hôtel. Si la France va loin [dans la compétition, NDLR], le choix aura été bon. Par contre, si les résultats ne sont pas à la mesure de nos attentes, les instances devront s’expliquer. Il faudra logiquement en tirer les conséquences. J’attends que l’équipe de France nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant de son hôtel  ».
A 2 jours de l’ouverture de la Coupe, le gouvernement avait choisi son camp en marquant contre son équipe ! Pourquoi le gouvernement avait-il besoin de jeter le discrédit sur les Bleus et souligner par avance : « les instances devront s’expliquer »  ? Le monde entier découvre l’ampleur de la crise entre le gouvernement qui pointe les Bleus et les instances officielles du Football.
Très remontés contre la ministre, les joueurs décident d’éviter Rama Yade lors d’une sortie dans les bidonvilles de Knysna, le 13 juin. C’est le premier acte de rébellion collective des Bleus.

Les propos de Rama Yade prennent une telle ampleur que cette sortie séparée aggrave encore plus les tensions. C’est Eric Abidal qui est conduit à s’exprimer devant les médias. Parlant de l’action conjointe et réussie entre les joueurs danois et les autorités du pays, il déclare : « Peut-être que les Danois s’entendent bien avec leurs autorités, d’où le montage d’une opération commune. Chez nous, ce n’est pas le cas. Donc on a fait différemment ». Sous-entendu, en évitant de croiser Rama Yade dans le bidonville.
Le clash est évident. Les Bleus n’ont pas apprécié d’être traités injustement. Les critiques sur le statut des joueurs ne vont pas s’arrêter.

Les manœuvres politiciennes de Rama Yade avaient pour but d’alimenter un débat de politique intérieure française. Voulant surfer sur la vague des économies à faire et de la chasse au gaspillage pour justifier la politique d’austérité gouvernementale, la secrétaire d’État au Sport a surtout eu un revers de bâton. En effet, selon le quotidien "Le Canard Enchainé", la chambre d’hôtel de Rama Yade était plus chère que celle des Bleus. Après avoir appelé « à la décence en temps de crise » , elle devait passer deux nuits à 667 euros par jour dans un hôtel cinq étoiles de Georgetown, et cinq autres chambres à 340 euros pour des membres de son cabinet.

La débâcle des Bleus

Face à ces critiques, l’état d’esprit des joueurs ne devaient pas être au plus haut. Sur la défensive, et sous pression, les Bleus sont entrés plus difficilement dans la compétition. Le premier match des Bleus contre l’Uruguay, le 11 juin, cinq jours après la polémique de Rama Yade, finit par un match nul. Malgré le résultat, l’esprit reste combattif, et les joueurs pensent que les choses vont s’améliorer. Beaucoup d’équipes ont eu la même destinée au départ. Mais la défaite contre le Mexique, le 17 juin, achève les joueurs.
C’est dans ce contexte que la presse divulgue des soi-disant propos de Nicolas Anelka qui conduiront à son exclusion. Dans un élan de solidarité avec leur coéquipier, les joueurs marquent leur mécontentement par le boycott d’une séance d’entraînement. Le traitement considéré injuste envers Nicolas Anelka a conduit à la deuxième rébellion collective.
A partir de là, les déclarations politiciennes s’enchainent, notamment après la défaite contre l’Afrique du Sud. Les joueurs sont traités de « caïds immatures », « voyous », « enfants gâtés »,… les qualificatifs volent bas. Les politiciens tentent de moraliser le débat et de tirer la couverture à eux afin de se faire le porte-parole de l’opinion publique déçue par la sortie des Bleus du Mondial.
La FIFA ne se trompe pas en lançant ses avertissements aux autorités françaises : face à la tournure que prend la situation, l’instance supérieure du Football a rappelé qu’il ne devait pas y avoir d’ingérence politique dans le Football, sous peine de voir l’équipe de France exclue de toutes compétitions internationales. Quelle humiliation pour tous ceux qui ont utilisé les Bleus pour les besoins de la politique intérieure ! La réception secrète de Thierry Henri restera dans les annales de l’ingérence politique et de la manipulation de l’opinion.

Céline Tabou


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